Comme l’a rappelé Christophe Terrain, président de l’AGPM, le congrès du maïs de Bordeaux est le dernier en son genre. L’an prochain, les trois sections spécialisées de la FNSEA, l’AGPM (maïs), l’AGPB (blé) et la Fop (oléoprotéagineux) seront regroupées en une seule entité. Il n’y aura donc plus qu’un seul congrès commun, qui devrait avoir lieu en juin 2006 à Paris. Ce regroupement permettra une mutualisation des moyens. En attendant, l’ambiance n’est pas au beau fixe chez les maïsiculteurs. Ils se remettent difficilement d’un été médiatique « chaud ». L’annonce du ministre de l’Agriculture de son soutien pour le lancement d’un programme de retenues d’eau a été bien accueillie.
Un certain malaise était perceptible à ce dernier congrès du maïs qui s’est déroulé à Bordeaux les 13 et 14 septembre 2005 à Bordeaux. « Le moral des maïsiculteurs est dans les chaussettes », a résumé Christophe Terrain, président de l’AGPM, Association générale des producteurs de maïs, faisant référence aux difficultés de commercialisation, mais surtout aux remises en cause du maïs en raison de l’irrigation, notamment par le président de l’UFC-Que Choisir au cours de l’été 2005. « Le fait que l’attaque vienne non pas de nos détracteurs habituels, c’est-à-dire les écologistes, mais d’une association de consommateurs, a été particulièrement déstabilisant», précise le président. « Il faut redonner des raisons de se lever le matin aux agriculteurs », reconnaît le président de l’AGPM.
Il manque 450 millions de m3
Daniel Martin, président de la section irrigants, estime que que les attaques de cet été ont été « injustes» : « Nous nous mobilisons depuis des années pour faire des économies d’eau. Nous ne pouvons être tenus pour responsables des dérèglements climatiques et de la sécheresse. A cela, nous faisons des propositions concrètes : la création de retenues collinaires». L’AGPM irrigant a chiffré que le déficit de stockage en eau était équivalent à 450 millions de mètres cubes. Pour combler ce déficit, il faudrait un budget de 1,35 milliard d’euros, soit 135 millions d’euros sur 10 ans. « Ce budget devra être réparti entre les partenaires et les collectivités. Nous sommes prêts à prendre nos responsabilités : nous participons au financement des ouvrages à hauteur de 20 %. Nous attendons des réponses du gouvernement ».
Lancement d’un programme décennal
Les réponses sont venues de Dominique Bussereau le jour même. Celui-ci a insisté sur la nécessité de lancer un programme de retenues d’eau pour résoudre les problèmes hydrauliques du maïs. Selon le ministre, « il faut travailler rapidement sur des solutions de retenues de substitution, véritable alternative». « Je souhaite m’engager à vos côtés pour construire un programme décennal de création de retenues de taille modeste, pour deux ou trois agriculteurs», explique-t-il. Les conditions de réalisation seront précisées dans le cadre de la loi sur l’eau. « Leur financement pourrait être assuré avec le concours des collectivités territoriales et des agences de l’eau. Le ministère de l’Agriculture réservera vingt millions d’euros sur son budget 2006 », a affirmé Dominique Bussereau. Celui-ci avait été plutôt bien accueilli au congrès. « Les propos que vous avez tenus le 22 août à propos du maïs irrigué nous ont fait chaud au cœur. Merci ! », a lancé Christophe Terrain, suivi d’applaudissements dans la salle.
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L’AGPM a bien compris l’enjeu de la communication sur son métier et la nécessité d’être plus transparent. « On ne peut plus répondre à la critique de l’irrigation par l’argument “sans eau, je ne gagne pas ma vie”. Les citoyens n’y sont pas sensibles. Il nous faut élaborer un véritable plan de communication », a expliqué Daniel Martin, président de la section irrigants.
OGM : appel à des règles de coexistence
Autre sujet d’actualité : les OGM. « J’espère vraiment que nous ne regarderons pas indéfiniment le train des OGM passer», a lancé Christophe Terrain. « Il importe désormais de fixer des règles de coexistence dans le respect de chacune des filières, a-t-il poursuivi. C’est dans cet objectif que nous conduisons, en partenariat, depuis 2002, un programme visant à préciser les modalités opérationnelles de coexistence de la réception des semences à la sortie des silos. » Dans ce cadre, 15 agriculteurs cultivent 80 ha de maïs OMG. Selon lui, ces essais ont permis de faire la démonstration que l’on peut cultiver des maïs non-OGM en présence d’OGM. « Attention ! Nos clients et les clients de nos clients ne veulent pas d’OGM », a rappelé Bernard Valluis, de Soufflet Agriculture. « Actuellement, nous travaillons à moins de 0,1 % de contamination en OGM. Il nous faudra appliquer des règles d’isolement au-delà de la règlementation. Si nous ne le faisons pas, nous aurons encore des crises d’hystérie sur ce problème», met-il en garde.
Claude Allègre, ancien ministre de la Recherche, est venu conforter la position des maïsiculteurs. « Je n’ai jamais vu personne malade ou mort à cause des OGM.C’est un fait avéré. Et quand on entend les propos du type “je ne veux pas que ma salade bio soit contaminée par du maïs OGM”, cela a autant de sens que “je ne veux pas que mon canari soit engrossé par mon chien” ». Claude Allègre a précisé que l’Académie des sciences va mener des actions juridiques envers les faucheurs d’OGM. Marion Guillou, présidente de l’Inra, a elle aussi précisé qu’elle plaidait pour les essais au champs.