Abonné

Dominique Chargé présent sur tous les fronts de la coopération laitière

- - 6 min

Loi Sapin 2, intégration des industriels, valeurs de la coopération, la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL) se veut présente sur tous les tableaux. Du moins peut-on le penser à lire le discours de Dominique Chargé, son président, lors de la clôture de l’assemblée générale du syndicat.

Dominique Chargé, président de la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL), attaque fort dès les premières phrases de son discours de clôture, lors de l’assemblée générale du syndicat le 13 avril. « À l’heure où des entreprises, grandes et petites, se disent en lien avec les producteurs et se revendiquent proches du terrain… tout en se fournissant par opportunité ailleurs ; 
à l’heure où toute entité peut se prévaloir de démarches RSE… en ne faisant qu’un rapport annuel subtilement maquillé en Développement durable ; 
à l’heure, enfin, où des grandes enseignes ont pour stratégie d’intégrer des filières entières… en réduisant le maillon de la transformation au simple rôle de prestataire pour mieux s’accaparer l’image du producteur », s’exclame-t-il en introduction. Absurdité de la loi Sapin II, transparence « chimérique » des négociations commerciales, intégration des industriels par la distribution, Dominique Chargé, avance sur tous les fronts dans son discours, point par point. « Laissez donc l’économie aux mains des entreprises, laissez-nous fonctionner… sans nous empêcher ! Nous n’avons surtout pas besoin d’un empilement de textes qui vient comprimer un peu plus notre fonctionnement. La sur-législation n’est pas vertueuse », déclare-t-il.

La transparence chimérique de la Loi Sapin 2

Et Dominique Chargé d’ajouter au sujet de la loi Sapin 2 : « Donner de la visibilité sur les prix payés aux producteurs à nos clients : c’est non seulement impossible techniquement mais c’est un non-sens commercial. […] Je vous le dis : ce qui se joue actuellement, c’est l’intégration de nos entreprises, et, in fine, de nos filières par le maillon de la distribution. […] Nous sommes donc toujours en attente de dispositions claires sur l’application de cette dernière loi, alors même que certains décrets relatifs à la Loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche (LMAP) votée en 2014, sont à peine parus et se trouvent déjà modifiés par la loi Sapin : c’est tout simplement absurde ». Viennent ensuite le rappel du poids des charges sociales pour les entreprises agricoles, la TVA sociale, la consolidation du crédit compétitivité emploi (CICE), les négociations entre la Nouvelle-Zélande et l’Europe et aussi la défiscalisation du gasoil pour les camions de collecte de lait en zone de montagne. Dominique Chargé se positionne pour l’Europe et reprend les propos du président du Cniel, Thierry Roquefeuil : « Nous avons besoin de plus et de mieux d’Europe ». Il revient sur l’aide à la réduction de la production mise en place fin 2016 par Bruxelles et affiche sa position pour que cette aide « trouve une certaine forme d’automaticité dans sa mise en œuvre ».

« Nous avons la puissance des hommes »

Dominique Chargé n’est pas contre une « responsabilisation des acteurs dès lors qu’ils auraient recours à l’intervention au-delà d’une première tranche de 109 000 tonnes ». Il flirte avec le sujet du déséquilibre des marchés entre protéine et matière grasse avant d’attaquer, non ouvertement, l’accord entre Système U et Schreiber (1) qui voit l’américain racheter une laiterie en France (approvisionné par du lait français) pour approvisionner l’enseigne en marque distributeur : « Toute initiative qui aboutirait à augmenter les capacités industrielles sur un segment de marché qui en a déjà trop conduira immanquablement : d’abord, à une exaspération de la concurrence entre les acteurs puis, mécaniquement, à une baisse de la valorisation globale sur ce segment et, in fine, à une baisse du prix du lait transformé ». Tout au long du discours, il réitéra les valeurs de la coopération, sa présence sur le territoire, la co-construction des hommes. « Nous avons tout et nous pouvons tout », selon lui.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

(1) « Système U confie sa gamme de produits laitiers à un industriel américain », Olivia Detroyat, Le Figaro du 20 mars 2017.

« Ce qui se joue actuellement, c’est l’intégration de nos entreprises, et de nos filières par le maillon de la distribution »

Crise laitière : « Il y a un écart de plus en plus grand dans notre sociétariat », selon Dominique Chargé

« Il y a un écart de plus en plus grand dans notre sociétariat », a estimé Dominique Chargé, président de la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL), le 13 avril lors d’une conférence de presse, précédant l’assemblée générale du syndicat. D’après lui, « un tiers des producteurs sont en situation difficile, un tiers en position stable et un tiers plutôt performants ». Il a annoncé une année 2017 difficile : « Le prix du lait ne pourra pas atteindre celui dont les producteurs ont besoin pour refaire leur trésorerie après deux ans de crise ». Le taux de cessation d’activité en 2016 est de l’ordre de 6 %, « soit le double des autres années », selon lui, alertant cependant sur des regroupements entre exploitations cette année-là. Il a également rappelé le soutien des coopératives auprès des producteurs durant la crise, évoquant même des décalages d’investissement de la part de ces dernières. Un soutien qu’il qualifie de non « durable » sur le long terme, afin de ne pas entamer le développement économique des entreprises. « Certaines contraintes d’arbitrage » entre les membres des coopératives apparaissent donc, d’après lui.