Les communes forestières ont signé un contrat d’objectifs en mars dernier qui vaut jusqu’à 2020. L’accroissement de la récolte reste un objectif ambitieux de ce contrat face, souvent, à l'incompréhension du grand public. Au lendemain du congrès national des communes forestières le 17 juin, Dominique Jarlier, leur président, revient sur les défis à relever pour la filière d’ici 2020.
Le contrat d’objectifs a été signé au mois de mars pour la période 2016-2020. Comment les communes forestières ont vécu les négociations, puis la signature ?
Avant tout, les communes forestières ont signé ce contrat. Donc a priori, il nous convient. Néanmoins, certains points n’ont pas fait l’unanimité au sein de la FNCOFOR (Fédération nationale des communes forestières). Par exemple, nous n’avons pas obtenu l’augmentation du nombre d’agents de l’Office national des forêts au service de la gestion des forêts communales. Le nombre d’agents mobilisés dépend de la récolte. Or, dans certaines régions du Sud, notamment le Sud-Est et certaines zones du Sud-Ouest, il y a peu de récoltes. Ces régions auraient souhaité une plus grande mobilisation des agents de l’office.
L’objectif du contrat pour les communes est une augmentation de la récolte de bois d’ici à 2020. Pensez-vous le tenir ?
Oui. Nous devons augmenter la récolte de 700 000 mètres cubes. Dans certaines régions, les récoltes ont été décalées. Cela nous permettra de sortir de nouveaux volumes. Par contre, ce ne sera pas forcément du bois de qualité.
Pourquoi ?
Il y a du bois de qualité en stock, notamment dans le Massif central. Nous avons du gros sapin, mais nous n’arrivons pas à le vendre. Les industries ne sont pas forcément adaptées à transformer ce type de bois.
Et en feuillus ?
Les prix du chêne ont augmenté, ça va. Pour le hêtre, on trouve des possibilités de vente. Une demande de la FNCOFOR est de renouveler le label Union européenne. Ce dispositif a bien fonctionné cette année pour relocaliser la transformation.
Comment espérez-vous augmenter les ventes d’ici à 2020 ?
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Pour augmenter les ventes, il nous faut augmenter les volumes de contrats. Ces contrats garantissent un prix et des volumes. C’est une garantie pour les fournisseurs et pour les transformateurs. L’approvisionnement, la recherche du bois, etc., cela a un coût. Nous estimons qu’il revient à 5 euros par mètre cube. Aujourd’hui, les contrats entre l’ONF et l’acheteur permettront de limiter cela. Nous espérons que ce type de vente représentera 30 % des ventes d’ici 2020, contre 17 % aujourd’hui.
En France métropolitaine, l’opposition citoyenne à l’exploitation de la forêt est forte…
« Notre priorité, c'est la reconnaissance du droit des élus à gérer leur patrimoine forestier »
Oui, c’est un frein majeur à nos activités. En milieu rural, les considérations idéologiques ne sont pas si fortes. Ce n’est pas compliqué d’exploiter. En revanche, on trouve une forte opposition pour les forêts périurbaines. Autour de Paris, c’est quasiment impossible d’exploiter les forêts. Les gens ne veulent pas voir d’arbres coupés. C’est comme pour l’élevage et l’abattage : les gens veulent des saucisses, mais sans tuer de cochons…
Comment comptez-vous lever ce frein ?
On veut expliquer. Il faut expliquer aux gens que la forêt peut être exploitée durablement. Les gens de la ville ne le comprennent pas toujours. Mais c’est compliqué, il n’y a pas que les considérations idéologiques sur la protection de la nature. À Fontainebleau par exemple, d’un côté les gens ne veulent pas que l’on coupe, de l’autre, ils se plaignent de la sénescence des arbres. L’interprofession France Bois Forêt nous aide. Un budget de deux à trois millions d’euros devrait être programmé pour la communication vers le grand public. Ce n’est pas aussi conséquent que dans d’autres secteurs pour un budget com’, mais c’est déjà ça !
Quelle est l’étape suivante pour la mise en œuvre concrète du contrat d’objectifs, localement notamment ?
Dès la signature du contrat, nous avons engagé la révision de la charte de la forêt communale. Ce document contractuel précise les relations entre les communes et l’ONF, à savoir les prestations qui rentrent dans le cadre du régime forestier et celles qui relèvent de conventions, donc sont rémunérées. La charte s’applique sur tout le territoire national, des adaptations régionales sont proposées pour tenir compte des spécificités des espaces forestiers : forêts de montagne, méditerranéennes, littorales, etc. Un comité de synthèse va se réunir début juillet et la rédaction finale est prévue à l’automne. Les élus et les équipes des communes forestières contribuent largement à ce travail. Notre priorité, c’est la reconnaissance du droit des élus à prendre les décisions principales concernant la gestion de leur patrimoine forestier.