Bientôt, on ne dira plus : « Hier, j'ai mangé une bonne poire, bien tendre », mais « j'ai cuisiné un steak trois étoiles ». Comprenne qui pourra. Avec l'entrée en vigueur le 13 décembre de la nouvelle dénomination des morceaux de viande (bœuf, agneau, veau) vendus en libre-service c'est tout un pan de notre tradition culinaire qui nous échappe. Le tort n'est aucunement d'acheter sa viande sous vide en supermarché plutôt qu'à la boucherie de coin, le tort c'est de choisir de remplacer des appellations reconnues par des pictogrammes. Et qu'on ne se trompe pas de débat. Le changement quand il participe à une amélioration est à saluer. Quand il participe, comme dans le cas présent, à un appauvrissement, il est à déplorer. Pourquoi en effet, ne pas avoir choisi de renseigner et d'apprendre aux consommateurs le « pourquoi du comment » de ces noms évocateurs d'un point de vue gustatif ? D'un côté, on parle de soutenir la filière viande et de l'autre on lui enlève une de ses particularités, c'est curieux, non ?
Une uniformisation des termes qui rejoint une uniformisation des goûts et des saveurs.
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« Le gouvernement donne sa bénédiction à un modèle économique qui lamine notre agriculture, piétine les artisans et écorche la noblesse de nos métiers », écrit Christian Le Lann, le président de la confédération française de la boucherie–charcuterie et traiteurs dans une tribune publiée dans Libération le 9 décembre. Difficile de lui donner tort. Sans compter que ce choix de remplacer des appellations qui ont du sens par des appellations standards et des étoiles, ne rendra pas la viande meilleure, ni le plat plus goûteux. Un bon pot-au-feu ne se résume pas en effet à la cuisson dans un bouillon d'un morceau appelé « pot-au-feu ». Ces nouvelles dénominations berceront juste d'illusion le consommateur qui risque à l'usage d'y trouver un os…