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Données agricoles : initiatives pour une meilleure transparence des usages

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Le Salon de l’agriculture a été l’occasion de remettre en avant la problématique de l’usage des données agricoles par les grands opérateurs du numérique. La plateforme Api-Agro a lancé un manifeste et la charte Data Agri a annoncé ses premiers signataires.

À l’occasion de la présentation de la nouvelle version de son service, la plateforme d’échange de données agricoles Api-Agro a publié, le 26 février, un manifeste « pour l’avenir alimentaire de l’Europe et la souveraineté des données agricoles » soutenu par ses actionnaires (Acta, APCA, filières agricoles…) appelant au « déploiement d’une plateforme souveraine d’échange de données au service des usages agricoles » en Europe à même de garantir « un accès équitable aux données ».

« Les données seront demain un enjeu aussi important en agriculture que la possession du sol », a rappelé Sébastien Windsor, président d’Api-Agro, pour qui la plateforme vise à « ce que ces données ne soient pas accaparées » par les plateformes américaines ou chinoises. Cinquante organismes se seraient déjà inscrits sur la plateforme, qui a choisi comme nouveaux partenaires des entreprises françaises, la filiale de Dassaut Outscale et la start-up Dawex.

Ce manifeste est dans la droite ligne du rapport du think tank Renaissance numérique sur la valeur des données agricole, publié il y a un an. « Aujourd’hui un agriculteur n’a aucun contrat qui lui explique ce qu’il est fait des données collectées, rappelle la co-directrice de ce rapport Marine Pouyat. Il y a trois semaines, Google a été condamné par la Cnil, sur le principe de la transparence, qu’il ne respectait pas car l’information aux consommateurs était livrée de difficillement compréhensible et distillée. Je rêve de voir une décision de la Cnil dans le secteur agricole. »

« Le consentement n’est pas l’alpha et l’oméga de la souveraineté »

Pour assurer une meilleure transparence des usages, et assurer le consentement des utilisateurs, un projet a été lancé sur fonds Casdar, intitulé Multipass, qui vise à « démontrer aux organisations professionnelles agricoles l’intérêt et la faisabilité d’un écosystème de gestion des consentements au travers de quelques cas d’usages concrets ».

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Mais « le consentement n’est pas l’alpha et l’oméga de la souveraineté des agriculteurs, explique Marine Pouyat. Car ils ont besoin des outils qu’ils achètent et ils sont mal placés pour négocier les conditions d’utilisation des données. Donc on obtiendra facilement leur consentement. » Pour Marine Pouyat, le secteur agricole doit développer davantage la formation des agriculteurs sur ces sujets, et renforcer l’organisation économique pour peser davantage dans les négociations.

Lancée en avril 2018 par la FNSEA et les JA, la charte d’utilisation des données agricoles, Data Agri vise justement à défendre les agriculteurs dans la signature de contrats avec les fournisseurs de services numériques. Elle a officialisé, sur le Salon du machinisme agricole (Sima) le 27 février, la labellisation de quatre entreprises ou services utilisant des données d’agriculteurs. Il s’agit d’Ekylibre (logiciels de gestion pour agriculteurs), du Cube (conseil en élevage), de l’application Gari de Groupama (agrégateur d’applications pour agriculteurs), et d’Airinov (drones et conseil sur les cultures).

« D’autres signatures seront annoncées prochainement », promet Henri Bies-Péré, élu en charge du numérique à la FNSEA. Mais pas d’opérateur de grande envergure en vue, en particulier issu du machinisme : « Ce qui attirera les gros opérateurs, c’est une démarche européenne sur laquelle nous travaillons avec le Copa. »

« Ce qui attirera les gros opérateurs, c’est une démarche européenne »