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Reportage — Elections aux chambres d’agriculture Dordogne : un dissident trouble le jeu

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La FDSEA de Dordogne se serait bien passée de la candidature d’Eric Chassagne pour les élections aux chambres d’agriculture. Le premier vice-président de la chambre d’agriculture a créé la surprise en renonçant à se rallier à la liste menée par le président de la FDSEA Benoît Fayol. Ayant démissionné il y a plusieurs semaines de la FDSEA, il assume sa dissidence sans complexe. Son but : « gagner la chambre et mettre fin à des décisions prises sans concertation ». Dans cette division, la Confédération paysanne, qui avait réalisé 39 % des voix en 2001 contre 46 % pour la FDSEA, se dit officiellement prête à diriger la chambre dans quelques semaines. La Coordination rurale espère également voir son score de 2001 (14,5 %) progresser. Du fil à retordre pour la FDSEA qui joue ici très gros…

«Le mouvement paysan » d’Eric Chassagne, premier vice-président sortant de la chambre d’agriculture, sème le trouble en Dordogne pour les élections aux chambres d’agriculture. Quatre listes sont présentées dans le département, la FDSEA-JA (46,2 % en 2001), la Confédération paysanne (39,3 %), la Coordination rurale (14,5 %) et le « mouvement paysan » d’Eric Chassagne.

Sa liste est concurrente de celle de la FDSEA menée par le président actuel du syndicat, Benoît Fayol. Eric Chassagne, ancien président de la Fédé, assure que sa liste n’est pas composée « des pions d’organisations nationales dont le seul objectif est la conquête du pouvoir ». Le ton est donné. Eric Chassagne, fringant et tête de liste débordé, assure n’avoir rien à perdre mais plutôt tout à gagner. Au Café de Paris, à Périgueux, il dénonce « le manque de clarté et de loyauté de l’ancienne équipe» dont il faisait partie encore récemment. Eric Chassagne a quitté la FDSEA, il y a environ 3 mois au motif, selon lui, que « les décisions étaient prises trop souvent à l’insue des membres du bureau ». C’est aussi le changement de président à la tête de la chambre d’agriculture en la personne de Jean-Pierre Raynaud, troisième de la liste FDSEA-JA aujourd’hui, qui l’a fait douter sur la clarté de la politique menée. En cas de nouvelle victoire de la liste FDSEA, Jean-Pierre Raynaud devrait retrouver sa place de président.

Un objectif de « gagner »

Eric Chassagne, ancien président de la fédé dont le successeur depuis deux ans est Benoît Fayol, assure ne pas avoir monté sa liste pour des convenances personnelles. D’ailleurs, si « le mouvement paysan » ne trouve pas son électorat d’ici le 31 janvier, ce producteur de porcs, aux 12 procès pour des problèmes de voisinage (il en gagné six), risque de le payer cher. Il ne se fait aucune illusion dans le cas d’un score marginal pour son mouvement. Il ne sera pas « aidé » dans ses procès. Sans compter sur sa demande d’autorisation d’exploiter suite aux 8 années de procédure pour une autorisation partielle. Tel est le risque d’une dissidence. Mais Eric Chassagne assure « qu’il a fait son temps dans ce syndicalisme (FNSEA : ndlr) ». Son objectif « est de gagner » l’élection. « Le combat renforce ma conviction », souligne-t-il, même si constituer une liste n’est pas facile notamment en raison des « pressions de la fédé sur les membres du mouvement paysan ». Sans oublier les modestes 55 euros que chaque co-listier a mis dans un pot commun pour la campagne. De quoi payer les tracts. Pour le reste, chaque membre de la liste ratisse la campagne… à ses frais ! Cette liste a la particularité de présenter 6 femmes, « ce qui équivaut au taux de féminisation de la profession dans le département », et d’être ouverte « aux pluriactifs et aux bio ». A la question d’un rapprochement avec un autre syndicat plutôt que la création d’une nouvelle liste, Eric Chassagne explique que la Coordination rurale 24 est « plus libérale que nous ». Exit donc une liste d’union.

« Un parlement paysan »

Eric Chassagne fait la proposition de créer « un parlement paysan », organe consultatif de l’agriculture départementale composé de l’ensemble des représentants des CRDA (centres régionaux de développement agricole). Une manière de jouer la transparence afin de soumette la décision des sessions de chambre d’agriculture à ce « parlement paysan ». Cette réflexion passe aussi par la volonté d’offrir plus de « proximité» et de « services» aux agriculteurs avec « la diffusion d’un guide de prestations gratuites ». Il s’agit aussi pour le « mouvement paysan » de proposer aux agriculteurs une visite annuelle gratuite d’un technicien et d’encadrer les services payants de la chambre. Plus globalement, les finances de la chambres d’agriculture sont à « assainir » en raison de « déficits successifs » qui ont abouti à un plan social. En ligne de mire : le nouveau projet de pôle interconsulaire qui doit regrouper les trois chambres (commerce, métier et agriculture) à l’extérieur de Périgueux. « Un projet global de 15,6 millions d’euros que nous n’avons pas les moyens de financer», assure Eric Chassagne qui est décidé à « remettre en cause le projet».

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« Le pôle interconsulaire, source d’économies »

Un projet défendu sans complexe par le dynamique Benoît Fayol, actuel président de la FDSEA qui l’affirme dans son tract de campagne : « la mutualisation des moyens à l’intérieur du pôle interconsulaire sera source d’économies et se fera sans charge supplémentaire pour le monde agricole». Il n’y voit que des avantages dans un contexte de pression immobilière de la ville de Périgueux pour récupérer les bâtiments de la chambre d’agriculture située en plein centre. L’emprunt réalisé avoisine les 220 000 euros par an sur une période de 15 à 20 ans, explique-t-il. Le projet devrait sortir de terre en 2008-2009 sauf si les élections aux chambres d’agriculture en décident autrement. Les syndicats minoritaires dans le département font bloc contre le projet jugé « démesuré » et « trop coûteux ». Sur le fond, Benoît Fayol assure qu’ils sont les seuls à parler de « revenu» tout en ne vantant pas un seul modèle agricole mais en mettant en avant « les 25 filières de qualité du Périgord ». « Tous ensemble, nous avons démontré notre capacité à résister à des modèles en affirmant le nôtre. C’est tout sauf un hasard, si en Dordogne, nous, actifs agricoles, sommes quatre fois plus nombreux que la moyenne nationale », souligne le programme de campagne. Au menu : « un programme réaliste » : la défense des prix rémunérateurs, la poursuite du développement de nouveaux marchés, la lutte pour la revalorisation des retraites agricoles et la promotion de l’installation.

Accusé de semer le trouble dans le département par « ambition personnelle » ou « vengeance » Eric Chassagne n’est crédité par ses détracteurs que de… 5 % au motif que « notre réseau ne comprend pas sa candidature ». Il n’empêche. La présence d’une liste dissidente risque d’affaiblir la liste FDSEA/JA au profit de son principal concurrent : la Confédération paysanne. Et le déplacement de Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA et de Philippe Meurs, président des JA, le 18 janvier pour l’assemblée générale de la fédé a pris un écho particulier. Confiance affichée mais le risque est réel. « Perdre pour moi, c’est passer derrière la Confédération payanne », explique le leader de la fédé avant de se reprendre… « Nous ferons plus de 50 % », assure Benoît Fayol.

La Confédération veut un débat de fond

« Electoralement, la liste dissidente peut jouer en notre faveur. Mais cela parasite le débat de fond de la campagne », estime Jean-Paul Landat, porte-parole de la Confédération paysanne et également tête de liste. Bien qu’en position de minoritaire à la chambre d’agriculture, il nous y accueille sans problème dans une salle de réunion. « Cela est normal », lance-t-il, regrettant que son syndicat n’est pas de local à lui, alors que 2 représentants sont présents au bureau de la chambre. « Aujourd’hui, nous sommes prêts à diriger la chambre », assure-t-il en admettant qu’en 2001 « ce n’était pas le cas »quand ils avaient obtenu 39 % des suffrages . « Nous avons pris nos dispositions dans nos exploitations pour être entièrement disponibles », explique-t-il. En 5e position sur la liste, figure Brigitte Allain. L’ancienne porte-parole nationale de la Confédération paysanne poursuit son engagement syndical et se prépare avec ses confrères à diriger la chambre de son département. Très calme face à la possibilité qui pourrait s’offrir à son syndicat, Jean-Paul Landat entend d’abord gagner sur les idées plutôt que sur les divisions de la FDSEA. Pour cet ancien secrétaire général du CDJA 24, le dossier de l’installation est « le véritable fil rouge » de sa campagne. « Nous devons anticiper les installations en préparant la transmission. Beaucoup trop de cédants n’ont pas confiance en l’avenir de leur métier», analyse-t-il. « Il faut revoir la politique d’aides à l’installation. Trop de personnes ne sont pas aidées. Le rôle des commissions cantonales pluralistes doit être redéfini. Nous souhaitons mobiliser des moyens pour former les gens et leur donner une mission d’enquête, de veille et d’avenir de leur territoire », explique-t-il. La construction de la nouvelle chambre d’agriculture occupe également une place importante dans le programme de la Confédération paysanne, qui entend « tout remettre à plat si elle est élue majoritaire ». « Nous étions favorables à un premier projet de réunion de tous les services départementaux en rapport avec l’agriculture. Le coût affiché devait être raisonnable. Puis on nous a imposé un projet de chambre consulaire, plus cher » explique Jean-Paul Landat. Pour lui, « c’est le changement de directeur à la chambre d’agriculture qui a modifié ce choix». « Nous avons voté une surtaxe de 2 points des cotisations par les agriculteurs, sur l’ancien projet. Or personne ne nous a dit que ce vote était pour une reconduction tacite de la surtaxe sur plusieurs années », ajoute-t-il.

Une Coordination rurale « constructive »

« Après 6 ans d’absence, revoilà la Coordination rurale ! », s’amusent les militants de la Confédération paysanne dans leur lettre. Le troisième syndicat national avait réalisé en Dordogne 14,5 %, pas assez pour dépasser le seuil de représentativité de 15% et avoir un siège dans les CDOA. Pour 2007, Lucien Pomédio, tête de liste de la Coordination 24 veut réaliser « au moins 15 % » et « pourquoi pas 20 %» espère-t-il, en rappelant le score de 25% réalisé en 1995. « On va mettre le doigt là où il faut. Nous avons un rôle constructif. Nous ne voulons pas casser pour casser mais proposer quelque chose de différent», lance Alain Queyral, second sur la liste CR et élu dans l’assemblée plénière de la chambre. « Nous avons été les seuls à voter contre le projet de nouvelle chambre d’agriculture », rappellent les deux leaders. Nous accueillant également dans les locaux de la chambre d’agriculture, ils sont chaleureusement salués par Benoît Fayol à leur arrivée. Une bonne entente semble donc régner parmi les élus, même en période électorale. « Aucun élu ne sait lire le budget de la chambre. 5 à 6 personnes ont été licenciées à cause de problèmes de gestion », dénonce Alain Queyral qui rappelle pourtant que la Dordogne est « l’un des départements français qui reçoivent le plus gros chèque du conseil général ». Le syndicat veut que soit fait « un état des lieux complet du projet de nouvelle chambre ». « Nous n’avons pas les moyens de faire du grand luxe. Il faut faire des coupes claires dans les budgets de construction», souhaite Alain Queyral. Autre cheval de bataille pour la Coordination rurale en Dordogne : les OGM. Le syndicat affiche ouvertement son opposition à la culture en plein champ des OGM « en l’absence de réponse scientifique claire sur leur innocuité ». « Ce sujet a déclenché la scission de la Fédé en deux», s’amuse Alain Queyral qui connaît bien « les dissensions de la FDSEA 24 ». Eric Chassagne a-t-il la capacité d’être devant la liste FDSEA de Benoît Fayol ? « Il va rassembler, c’est sûr. C’est quelqu’un de connu», estime Alain Queyral. Le pluralisme syndical agricole semble avoir trouvé sa place en Dordogne, les 3 syndicats nous ayant reçu, tour à tour, sans complexe dans les locaux de la chambre d’agriculture. Pourtant, l’élection sera à couteau tiré et revêt un caractère tout particulier cette année en raison de la liste dissidente à la FDSEA. Un scrutin qui laissera certainement des traces dans cette bonne ambiance apparente…