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Entretien « Du bon, du bio, et en quantité »

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Les Coteaux Nantais allient des convictions fortes, avec une centaine d'hectares de vergers exploités en biodynamie, et une efficacité économique bien réelle. La société, premier producteur de pommes bio en France, a créé une centaine d'emplois en quinze ans. Entretien avec son président, Benoît van Ossel.

Vous avez choisi de travailler en biodynamie. Pourquoi ? Et quelles sont les contraintes de ce mode de production, dont le cahier des charges est encore plus strict que celui de la bio ?

La biodynamie, c'est une évolution logique quand on choisit l'agriculture biologique. Certains nous prennent pour des illuminés, parce que la biodynamie s'appuie notamment sur le cycle lunaire, mais peu importe. Il s'agit d'une agriculture très respectueuse de la nature. Le sol en est le composant le plus important et l'apport de compost, les préparations biodynamiques et la biodiversité sont au centre de nos pratiques, qui consistent à générer des défenses naturelles au niveau des arbres. La biodynamie nécessite une surveillance de chaque instant et d'excellentes connaissances agronomiques. Sur nos 111 salariés, 19 sont en permanence sur les vergers.

C'est sûr, en termes de rendements, nous sommes loin du conventionnel. Quand eux produisent 75 à 80 tonnes de pommes par hectare, nous en récoltons 30 à 33 tonnes. Mais ce sont des fruits de grande qualité, que nous pouvons valoriser. Et nous avons créé une centaine d'emplois en quinze ans. C'est bien la preuve que notre modèle économique fonctionne !

Les Coteaux Nantais sont même devenus un acteur incontournable des fruits bio en France…

En arboriculture biodynamique, nous représentons 75 % de la production française. Et surtout, nous sommes le premier producteur de pommes et poires bio en France, avec 12 à 15 % de la production, avec un cahier des charges plus strict que celui de la majeure partie du marché. Cela prouve que l'on peut produire du bon, du bio et en quantité.

Cette position forte nous permet, malgré des coûts de main d'œuvre importants, de vendre nos fruits « Demeter » (label de la biodynamie, ndlr*) à peine plus chers que des fruits bio classiques et surtout, seulement 20 % plus chers que des produits conventionnels. J'en profite pour dire que nous produisons un grand nombre de variétés différentes : 39 pour les pommes et 8 pour les poires. Nos autres productions, comme la rhubarbe, le coing ou les fraises sont importantes pour l'équilibre de nos vergers mais marginales en termes de volumes.

« Nous avons créé une centaine d'emplois en quinze ans. C'est bien la preuve que notre modèle économique fonctionne ! » Benoît van Ossel, président des Coteaux Nantais

Vous avez développé une activité de transformation qui pèse dé-sormais la moitié de vos ventes. Pourquoi ?

Quand j'ai repris l'entreprise en 1998, en association avec Robert Dugast et Michel Delhommeau, qui est le fils d'un des fondateurs, les fruits frais représentaient 96 % de l'activité. Aujourd'hui, les ventes reposent à 46 % sur les produits transformés. Nous avons voulu développer des productions autres que la pomme et la poire et la transformation pour garder les salariés toute l'année. Cette activité de transformation nous permet aussi de valoriser des fruits de deuxième et troisième choix. Nous produisons ainsi des purées, des compotes, des confitures, des jus de fruits, du pétillant, des cidres ou encore du vinaigre. Là aussi, nous défendons notre état d'esprit. Nos compotes sont conçues en fonction des arrivages et de la saisonnalité. Les mélanges de variété, le goût et la texture ne sont pas toujours les mêmes, à contre-courant de l'homogénéisation qui est la règle dans l'industrie agroalimentaire.

Comment sécurisez-vous vos approvisionnements ?

C'est un vrai sujet car dans les fruits, les bonnes et les mauvaises années se succèdent en termes de quantité de récolte. Nous avons racheté des vergers et exploitons maintenant 72 hectares sur la centaine que nous possédons. Chaque année, nous étendons un peu la surface exploitée.

Nous travaillons aussi avec des partenaires locaux ou plus lointains selon les catégories de fruits. Tous ne poussent pas dans les Pays de la Loire ! Cette année par exemple, la récolte n'a atteint que 1 700 tonnes, contre 2 000 en moyenne. Nous allons terminer la saison plus tôt que l'an passé, parce que nous n'aurons plus de fruits frais.

Les Coteaux Nantais travaillent-ils beaucoup en réseau ?

Nous avons effectivement plusieurs réseaux de partenaires. C'est très important pour nous, notamment pour la recherche. Nous sommes en relation étroite avec dix autres arboriculteurs en biodynamie dans toute l'Europe. Avec eux, nous organisons des voyages d'études et nous menons des recherches communes. Nous avons ainsi un projet de sélection variétale avec deux instituts de recherche renommés, le FIBL en Suisse et l'institut Louis Bolk aux Pays Bas. Nous sommes par ailleurs membres de l'association européenne de producteurs de pommes et poires bio (Europaisches Bio Obst Forum), qui regroupe 46 exploitations européennes.

Nous travaillons aussi en partenariat au niveau local. De façon très étroite avec six producteurs, bientôt huit, à travers « Les Vergers d'avenir », qui représentent une centaine d'hectares. Nous contractualisons une partie de leur production et ils sont déjà en biodynamie pour 70 % des surfaces.

Nous travaillons aussi avec Bio Loire Océan pour nos approvisionnements pour les marques Planète Bio et Vergers de Ker Nantais, à destination de la grande distribution. Ces produits sont bio mais pas Demeter. Ce serait trop difficile à valoriser sur ce circuit.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le projet de déménagement du MIN (1) de Nantes**, lié au transfert du CHU sur le site actuel du MIN ?

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Nous appelons de nos vœux un vrai projet collaboratif sur le futur MIN de Nantes, à côté duquel doit être développé un pôle agroalimentaire. Mais j'ai bien peur que les projets de déménagement liés au transfert du CHU n'aboutissent à une explosion du MIN, comme à Lyon. Ce serait vraiment dommage.

J'aimerais vous en dire un peu plus ! Mais nous n'avons pas encore d'information précise sur les conditions du transfert, sur les services qui seront offerts sur le futur site et sur les dédommagements envisagés. Avec MIN Avenir, l'association des entreprises du MIN, créée avec la CCI, nous avons instauré un vrai dialogue avec Nantes Métropole et espérons bien être fixés avant fin juin, afin de ne pas mettre en péril certaines de nos entreprises. Sinon, des acteurs importants comme Pomona, Transgourmet ou Promo-cash vont se lancer sur des projets qui leur seront propres, et ce serait l'explosion du MIN. Alors qu'une gestion adéquate du dossier, avec l'adjonction d'un pôle recherche et d'une plateforme logistique, pourrait créer une vraie dynamique de groupe !

Ce déménagement va nécessiter des investissements…

Nous investissons chaque année entre 7 et 10 % de notre chiffre d'affaires. Pour ce déménagement, que nous allions sur le futur pôle agroalimentaire ou pas, nous prévoyons une enveloppe de 3,5 à 4 millions d'euros dans les deux ans. Ce qui ne nous empêche pas de continuer à investir à rythme soutenu en attendant. Cette année, nous prévoyons d'engager plus d'un million d'euros, tant dans les vergers que dans la transformation. À Vertou, notre verger historique, nous augmentons les capacités de notre station fruitière pour passer de 5 500 tonnes à 7 500 tonnes de fruits calibrés, soit une enveloppe de 750 000 euros. Nous investissons aussi 280 000 euros pour une unité de conditionnement de jus en bag-in-box. Enfin, nous augmentons la surface de vergers exploitée de 4 à 5 hectares pour 220 000 euros.

Les Coteaux Nantais pourraient-ils quitter le MIN ?

Parallèlement aux Coteaux Nantais, j'ai deux entreprises de distribution, Provinces Bio et Kerbio, qui doivent rester sur le MIN. Pour Coteaux Nantais, nous avons actuellement une partie de notre transformation sur le MIN et je suis le premier à vouloir aller sur le pôle agroalimentaire. Mais il nous faut 1,5 à 2 ha pour ce projet et nous souhaitons acheter le terrain. La municipalité envisage pour l'heure des surfaces bien moindres. Ce n'est pas du tout adapté à nos besoins !

(1) Marché d'intérêt national

BENOÎT VAN OSSEL : UN PARCOURS SINGULIER

Anversois d'origine, Benoît van Os-sel est installé en France de longue date. Aux Coteaux Nantais, il a apporté sa vision du management et du développement d'entreprise, après avoir occupé plusieurs postes de direction générale, notamment chez Pilote (camping cars). Egalement distributeur de produits bio, il est actif à la CCI et la CRCI dans des associations de chefs d'entreprise du pays nantais et consul de Belgique pour le grand Ouest. Dernier projet en date, l'achat d'un village pour développer une ferme pédagogique, dans le respect des principes de la biodynamie, afin de mieux préparer l'avenir en bio pour les futures générations. Pour la gestion des Coteaux Nantais, Benoît van Ossel s'appuie sur ses deux associés, Robert Dugast, responsable des vergers et Michel Delhommeau, fils d'un des cofondateurs de l'entreprise et directeur général. Et pour la ferme pédagogique, plus d'un tiers des salariés de Coteaux Nantais s'investissent dans des groupes de travail constitués pour élaborer le projet !

COTEAUX NANTAIS EN CHIFFRES

Chiffre d'affaires 2014 : 15,5 millions d'euros (et une croissance annuelle moyenne proche de 10 %)

Nombre de salariés : 111, auxquels s'ajoutent 80 à 130 saisonniers pour la récolte Part des ventes à l'export : 17 % (80 % en produits transformés)

Part des ventes dans les circuits spécialisés : 91,2 %

96 hectares de vergers en propre, dont 72 ha exploités

6 000 tonnes de fruits calibrés et / ou transformés chaque année, dont un tiers issus des vergers de l'entreprise

* QU'EST-CE QUE LE LABEL DEMETER ?

Le label Demeter sigle les produits qui respectent les principes de la biodynamie. Présent dans une cinquantaine de pays, il est bien développé en Allemagne, où il représente 13 % de l'agriculture biologique, selon les Coteaux Nantais. En France, 1 % seulement de la production biologique porte ce label.

** LE MIN DE NANTES DÉMÉNAGERA EN 2018

Le site actuel du MIN de Nantes a été choisi pour accueillir le futur bâtiment du CHU. Ce qui contraint les professionnels, dont les Coteaux Nantais, à déménager en 2018. Nantes Métropole prévoit un transfert du MIN de Nantes à Rezé, une commune limitrophe de Nantes au sud de la Loire.

Une vingtaine d'hectares sont prévus pour accueillir les carreaux du MIN et une zone adjacente un peu plus grande est réservée pour accueillir un pôle agroalimentaire. Aujourd'hui, une centaine d'entreprises sont présentes sur le MIN, soit environ 1 000 salariés. C'est le deuxième marché de gros de France. Les craintes des professionnels sont multiples.

Dans les grands groupes, les circuits de décision sont tels que certaines réponses deviennent urgentes afin de bâtir le projet de déménagement. Des entreprises de plus petite taille s'inquiètent pour leur pérennité si les compensations envisagées sont insuffisantes.