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Eau : Bruxelles prépare une stratégie prudente

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Dans sa stratégie sur la résilience en eau, qui doit être officiellement présentée le 4 juin, la Commission européenne reste prudente sur la plupart des sujets les plus polémiques, ne prenant pas position (dans un sens ou dans l’autre) concernant la constitution de réserves pour l’agriculture notamment. Quelques actions sont envisagées pour les années à venir : un programme de gestion intégrée des nutriments, une intégration de la résilience hydrique dans les plans stratégiques de la Pac ou une meilleure application du principe pollueur-payeur.

Dans son projet de stratégie sur la résilience en eau, dont Agra a obtenu une copie et qui sera présentée le 4 juin, la Commission européenne prévoit de fixer « un objectif idéal de réduction des prélèvements d’eau » d’ici 2030 dont le chiffre reste à préciser. Et Bruxelles recommande aux États membres de fixer des objectifs d’économie d’eau aux niveaux appropriés, en particulier pour les bassins hydrographiques touchés par le stress hydrique. Sur la question du stockage de l’eau, la stratégie reste très prudente. Se contentant d’indiquer que la question « des réservoirs et autres ouvrages artificiels nécessite un large débat car de nombreux secteurs économiques ont besoin d’un approvisionnement stable en eau et ont souvent des besoins variables au cours de l’année ». Le texte précise que la gestion de l’eau doit « privilégier les solutions fondées sur la nature » mais également « s’appuyer sur des ouvrages artificiels » dont il faut « évaluer soigneusement les impacts environnementaux et s’assurer qu’ils s’inscrivent dans une stratégie intégrée et durable de gestion de l’eau, prenant dûment en compte les scénarios climatiques à long terme afin d’éviter les investissements bloqués ».

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Sur le volet agricole, la Commission européenne indique que la future Pac devra prévoir des mesures « de transition visant à soutenir et à récompenser les agriculteurs engagés dans des changements structurels et transformateurs pour améliorer la performance environnementale et climatique de leurs exploitations, notamment en vue d’une meilleure gestion de l’eau ». Elle estime « crucial de veiller à ce que les États membres exploitent au maximum ces possibilités et intègrent mieux la résilience hydrique dans les plans stratégiques de la Pac, en favorisant l’innovation, l’échange de connaissances et en renforçant les capacités de leurs services de conseil agricole ». Un groupe thématique dédié, afin de mieux intégrer la résilience hydrique dans la conception et la mise en œuvre des plans stratégiques, pourrait être mis en place. L’exécutif européen recommande d’identifier les zones d’intervention prioritaires soumises à des pressions accrues liées au changement climatique et aux prélèvements ou à la pollution d’eau. L’objectif serait d’y encourager les approches collectives pour que les agriculteurs concernés adoptent les mêmes mesures et aient un impact à l’échelle régionale grâce à des interventions de coopération.

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Concernant la qualité de l’eau, le texte souligne la nécessaire réduction de la pollution par les nutriments et les pesticides, sans toutefois proposer de réelle mesure pour y parvenir. Seul un programme de gestion intégrée des nutriments, qui, entre autres, soutiendra la construction de réservoirs de stockage du lisier, sera lancé en 2026. Inquiétant pour le lobby du secteur biologique IFOAM, qui constate un manque d’actions concrètes pour protéger efficacement les ressources en eau de la pollution par les pesticides, « l’une des menaces les plus critiques et persistantes pour les systèmes hydriques européens », et pour réduire l’utilisation des pesticides de synthèse en agriculture. L’organisation ne peut que regretter le « peu d’attention accordée à l’agriculture biologique » dans le projet de Bruxelles.

À ce stade, très peu de dispositions contraignantes sont en effet envisagées. Toutefois, un débat public sera lancé en 2026-2027 sur les principaux enjeux de gouvernance, notamment le rôle de la tarification de l’eau pour promouvoir l’efficacité hydrique, le principe du pollueur-payeur et la gouvernance nationale de l’eau qui en découle.