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Echec d'Ecophyto 2, troisième mouture en vue

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Le ministère de l’Agriculture a publié des indicateurs actualisés sur les utilisations de pesticides dont les chiffres peinent à dessiner une nette amélioration, avec une réduction des épandages restant très éloignés des objectifs d’Ecophyto2 +. Les discussions pour élaborer le plan suivant devraient démarrer début 2023.

« Baisse tendancielle » pour le ministère, ou dégradation de la situation pour Générations Futures : difficile d’y voir clair dans les chiffres publiés mi-novembre par la Rue de Varenne sur les utilisations de pesticides. Certes, la moyenne triennale des ventes est au plus bas depuis 2009 à 42 800 t. Mais les ventes ont progressé dans l’absolu de 0,7 % entre 2020 et 2021, après une hausse marquée de 20 % entre 2020 et 2019.

De même concernant le nombre de doses unité (Nodu), l’indicateur retenu par le plan Ecophyto2 +. À 94,8 Mha, la moyenne triennale 2018-2020 n’a jamais été aussi basse depuis 2010. Mais le Nodu 2020 marque une hausse de 17 % par rapport à 2019. Et si le ministère semble plutôt optimiste pour 2021, avançant un Nodu provisoire à 85,7 Mha, l’indicateur reste très éloigné des objectifs du plan Ecophyto2 +. Avec une ambition de baisse de 25 % des utilisations entre 2009 et 2020, le Nodu 2020 aurait déjà dû être inférieur à 62 Mha.

Seul le Nodu des molécules classées comme cancérigènes avérés (CMR1) respecte l’horizon fixé par le plan. Avec 1,2 Mha, le Nodu 2020 des CMR1 serait le plus bas jamais enregistré, représentant une baisse de plus de 80 % par rapport au Nodu 2009. Un succès qui, comme le rappelle le ministère de l’Agriculture lui-même, est dû au non-renouvellement des substances CMR1, « tel que le prévoit la réglementation européenne ». Depuis 2009, un règlement impose en particulier de ne renouveler aucune molécule de cette classe.

Un nouveau plan en discussion dès 2023

Sur le glyphosate, François Veillerette de Générations Futures n’hésite pas à dénoncer « un échec du plan Pompili ». Alors que l’ex-ministre de la Transition écologique avait annoncé une interdiction pour « plus de la moitié » des utilisations en septembre 2020, les chiffres demeurent têtus. Le Nodu 2021 du glyphosate, estimé à 4,3 Mha, ne se voit dépassé que par 2017 (4,1 Mha). Et la moyenne triennale 2018-2020 est également l’un des chiffres les plus élevés de l’historique juste derrière l’estimation 2016-2018 (4,2 Mha). Des indicateurs qui montrent, pour François Veillerette, « les difficultés à faire baisser de manière significative une molécule en particulier ».

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Le ministère n’hésite cependant pas, dans son communiqué du 15 novembre, à noter que les baisses de certains indicateurs « sont le résultat concret de la mise en œuvre des plans Écophyto successifs ». Se disant « mobilisé et engagé », le gouvernement estime que les transitions sont « pleinement en cours » dans le pays. L’agriculture biologique, illustre le communiqué, représente par exemple désormais 2,78 millions d’hectares en France, soit une part de 10,3 % de SAU. Un sujet qui fera sans doute partie des réflexions que Marc Fesneau lancera début 2023, afin de renouveler le plan Ecophyto2 + qui arrivera à échéance en 2024.

Dans le communiqué, le ministère de l’Agriculture confirme que ce futur plan s’inscrira dans l’orientation prise depuis l’arrivée de Julien Denormandie, et déjà matérialisée dans le plan de relance ou France 2030. Pour le gouvernement, la recherche et l’innovation constituent désormais « un axe essentiel ». « Il s’agit de développer des solutions nouvelles, que ce soit dans la sélection variétale, le biocontrôle, la robotique ou encore le numérique que les agriculteurs mobilisent pour mettre en œuvre la protection intégrée des cultures », détaille la rue de Varenne.

François Veillerette et Générations Futures ont d’autres suggestions sur les mesures qui permettront au futur plan d’éviter les écueils des précédents. Côté baton, « il faut augmenter de manière forte la redevance pour pollution diffuse », invite le militant. Côté carotte, le gouvernement devrait selon lui offrir des « encouragements pour ceux qui prennent des risques », notamment au travers d’un accès facilité à un conseil indépendant.

« Le plan Pompili sur le glyphosate est un échec »