Le Conseil général de l’agriculture de l’alimentation et des espaces ruraux s’est penché, à la demande du ministre, sur le plan EcoAntibio 2012-2016. Le rapport, rendu public le 11 avril, décrit une approche participative, dans le cadre du plan, très positive mais pointe du doigt plusieurs aspects à faire évoluer pour un éventuel prochain plan.
Le Conseil général de l’agriculture de l’alimentation et des espaces ruraux (CGAAER) a salué les résultats du plan EcoAntibio 2012-2016 dans un rapport mis en ligne le 11 avril, tout en alertant sur « une pression réglementaire » à bien évaluer. « Le défi est bien de trouver et de suivre la ligne de crête entre le répressif et l’incitatif », écrivaient donc Pascale Briand, Inspectrice générale de l’agriculture, Catherine Dupuy et Lionel Parle, inspecteurs généraux de santé publique, les auteurs du rapport. « Il s’agit […] pour l’administration d’ajuster au plus près le niveau de pression réglementaire à l’impact réel des mesures sur l’effet recherché, en gardant bien présent le souci de la compétitivité des élevages dans le marché communautaire ou mondial ». Les auteurs mettent en avant le côté participatif de la réflexion et de la mise en œuvre du plan EcoAntibio 2012-2016 comme l’un des principaux facteurs de son succès. Un aspect à conserver dans le cadre d’un prochain plan.
Une approche participative efficace
Pascale Briand, Catherine Dupuy et Lionel Parle critiquent cependant certains points comme l’indicateur quantitatif choisi, le poids de matière active vendue, qui manquerait de pertinence aux dires des professionnels. Les auteurs évoquent aussi la difficulté de suivi de « la pharmacie d’élevage » où se retrouvent des antibiotiques afin de traiter rapidement des maladies détectées par l’éleveur (mammite, panaris, otite…). Ils incitent donc le vétérinaire à utiliser une signature électronique, à la suite d’échanges de mails avec l’éleveur, pour valider l’utilisation de ces antibiotiques avant un éventuel traitement afin d’éviter toute automédication déplacée. « Les contrôles officiels », permettant de détecter une utilisation illégale des médicaments vétérinaires, sont « les parents pauvres » du plan, remarquent aussi les auteurs citant « un arsenal répressif fragile ».
Pas d’étude sur les alternatives aux antibiotiques
Autre point noir : l’étude des alternatives aux antibiotiques. « À la fin du plan EcoAntibio 2012-2016 le recensement des traitements alternatifs disponibles n’est pas réalisé et leur évaluation n’est pas engagée », à l’exception de quelques cas. « Cette situation est lourde de conséquences en termes d’évaluation des besoins de recherche. En effet, si des réductions de consommation d’antibiotiques ont été obtenues au cours du premier plan, ces succès ne pourront être poursuivis qu’en recherchant de nouvelles pistes d’actions », relevaient les auteurs. Ils proposent également de créer un site internet pour favoriser les échanges d’information sur l’antibiorésistance, comme le prévoyait le plan. Cette plate-forme n’a pas vu le jour. Le rapport met aussi en avant l’importance d’inclure des représentants de l’industrie, du commerce agroalimentaires et des représentants des consommateurs dans le(s) comité(s) de pilotage du prochain plan. De plus, les auteurs estiment que c’est aux filières elles-mêmes de décider des objectifs quantitatifs de réduction.
Un manque de pertinence pour l’indicateur évaluant l’utilisation des antibiotiques
Les professionnels interrogés dans le cadre du rapport du CGAAER sur l’évaluation du plan EcoAntibio 2012-2016 mettent en avant le fait que l’indicateur utilisé, le poids de matière active vendue, n’était sans doute pas le plus pertinent. Les auteurs expliquent que « la communication basée sur la consommation des antibiotiques chez les animaux aurait participé à la dévalorisation des activités d’élevage à un moment » déjà de remise en cause de ces activités. De plus, « les vétérinaires praticiens ont senti une mise en cause de leur responsabilité de prescripteurs dans le développement des résistances bactériennes ». La fiabilité de l’indicateur a été également contestée. Les auteurs recommandent donc de prendre un autre indicateur qui refléterait « l’exposition des animaux aux antibiotiques », serait « exprimé par espèce et par type de production », « établi à partir de données recueillies au plus près des animaux traités » et « élaboré selon une méthode harmonisée au niveau de l’Union Européenne ».
Une baisse de 20,1 % de « l’exposition des antibiotiques » en cinq ans
« Entre 2012 et 2015, l’exposition des animaux aux antibiotiques, toutes espèces animales et toutes familles d’antibiotiques confondues, a diminué de 20,1 % par rapport à 2011 » rapportait le ministère de l’Agriculture dans un communiqué du 17 novembre 2016, à la suite de deux publications de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). L’objectif d’EcoAntibio était une réduction de 25 % entre 2012 et 2016. Toujours selon le ministère, « une baisse de l’exposition a été observée pour toutes les espèces animales par rapport à l’année 2011 (bovins -9,5 %, porcs -24,1 %, volailles -22,1 %, lapins -17,8 %, chats et chiens - 9,5 %) ». Fin 2017, seront connus les résultats définitifs du plan EcoAntibio 2012-2016.