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Écophyto 2 : l’AGPB demande des mesures « véritablement opérationnelles »

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Philippe Pinta, président de l’Association générale des producteurs de blé (AGPB), a demandé au gouvernement, lors d’une conférence de presse tenue le 17 novembre, la mise en place de mesures « véritablement opérationnelles » dans la réduction des utilisations de phytosanitaires. Les céréaliers considèrent que la publication de ces objectifs d’Écophyto 2, « qui viennent d’en haut », sans la concertation prévue avec le terrain, est « le contre-exemple » de ce qu’il fallait faire.

Les producteurs de blé « digèrent très mal » le dispositif qui a été annoncé par le ministère de l’Agriculture début novembre, a déclaré Philippe Pinta. « Nous voulons un système intelligent » de réduction des pesticides, a renchéri Jean-François Isambert, producteur de blé à Évry, dans l’Essonne, et secrétaire général de l’AGPB, spécifiant que « l’on ne mesure pas l’état de découragement et de colère des producteurs sur le terrain ».

Phytos : réduire les épandages des plus gros utilisateurs

« Nous proposons une approche pragmatique », a précisé Pierre-Olivier Drège, directeur général de l’AGPB, citant la méthode allemande pour réduire l’utilisation des phytos en grandes cultures. Pour faire baisser la moyenne des épandages, l’administration allemande a pour priorité d’amener les exploitations qui traitent le plus à réduire leurs épandages, les rapprochant de la référence. Or, côté français Écophyto 2 demande aussi bien aux exploitants qui traitent peu qu’à ceux qui sont moins précautionneux de réduire leurs traitements de 50 %. « À l’inverse de ce système aveugle, qui demande à tous de réduire de 50 % leurs épandages, le système allemand a l’avantage de réduire les distorsions entre producteurs », a complété Pierre-Olivier Drège. De plus, outre-Rhin, la référence d’épandage est régionale et tient compte de la pluviométrie de l’année, pour correspondre au plus près aux réalités du terrain.
« On se demande où est la parole du Premier ministre » quand il avait annoncé le 3 septembre une concertation « très en amont » avec les professionnels et la définition, avec eux, d’une méthode pour réduire l’utilisation de phytosanitaires, a commenté Philippe Pinta.

DPA : vers moins de rigidités à la réintégration des sommes

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Par ailleurs, l’AGPB demande que le système de dotation pour aléas (DPA) ne soit plus rigide comme il l’est actuellement. Le mécanisme est très peu utilisé par les producteurs de grandes cultures parce qu’au moment de réintégrer les sommes accumulées, il faut l’autorisation du préfet et parce que la réintégration des sommes est assujettie à la fiscalité comme un gain exceptionnel, a expliqué Pierre-Olivier Drège. Sur ce dossier, l’AGPB a bon espoir de voir intégrée dans la loi de finances rectificative une prise en compte de l’assouplissement demandé.
Enfin, à propos des discussions qui s’ouvriront prochainement dans le cadre de la Cop 21, l’AGPB tient à affirmer « le rôle central des grandes cultures » : « Ces productions performantes constituent une fabuleuse pompe à carbone qui capte 290 millions de tonnes de CO2 par an, sept fois plus qu’il en est émis pour cultiver ». L’AGPB a réaffirmé le 17 novembre sa détermination à réduire par l’innovation ces émissions sans que cela porte atteinte à l’ambition de production du secteur ni à sa compétitivité ».

Les céréaliers demandent les moyens d’être « libres d’entreprendre »

Les trois enjeux développés par l’AGPB le 17 novembre, ont comme tronc commun la demande des céréaliers de disposer des moyens d’être « libres d’entreprendre ». D’où la chasse aux rigidités (DPA) et aux mesures « sorties d’un chapeau » (Écophyto 2), explique-t-on à l’AGPB. Les producteurs veulent pouvoir « saisir les opportunités qui s’offrent à la France » dans un secteur, les céréales, « qui contribue à relever le défi alimentaire et à œuvrer pour la paix » en exportant 50 % de sa production vers les pays du Sud de la Méditerranée. « Dans les moments qu’il traverse, notre pays doit valoriser et mettre en avant ses atouts », a déclaré Philippe Pinta, citant les céréales, « une chance pour la France ».