L’élevage a des atouts pour contribuer à la diminution du réchauffement climatique. Le Centre d’information des viandes (CIV) fait d’ailleurs une analyse scientifique de la situation dans une publication à paraître le 20 novembre. Pour autant, les contraintes nécessaires pour réduire la production de gaz à effet de serre n’iront pas forcément dans le sens de l’efficacité économique.
Favoriser les prairies permanentes, modérer la fertilisation, augmenter le pâturage par rapport à la fauche… : ces propositions visant à diminuer les émissions de gaz à effet de serre ne seront pas forcément pour plaire aux éleveurs. Par exemple, « retourner les prairies », c’est-à-dire pratiquer un labour pour semer des céréales, permet de s’adapter à la fluctuation des marchés agricoles. Mais ce labour libère le carbone du sol dans l’atmosphère, ce qui contribue à augmenter l’effet de serre. Autre exemple : à la suite d’un incident climatique, l’éleveur peut être dans l’obligation de réensemencer une prairie, d’où labour, d’où libération de carbone, etc. Il pourra être difficile, dans le secteur de l’élevage, de faire cohabiter les contraintes économiques actuelles avec les nécessaires et indispensables contraintes que demande une moindre émission de gaz à effet de serre. Un constat que reconnaissait le 4 novembre Thomas Turini, chef de projet environnement au Centre d’information des viandes (CIV), à l’occasion de la future sortie d’une publication du CIV intitulée Élevage de ruminants et production de viande bovine et ovine : les influences sur le climat.
Des prairies, puits de carbone
Dans un environnement économique de plus en plus volatil et fluctuant, l’adaptabilité des systèmes d’élevage reste prioritaire. Pour autant, ce secteur a des atouts face à la problématique des émissions de gaz à effet de serre, notamment dans « le puits de carbone » que représentent les prairies, selon le CIV. En prenant pour exemple la crise de l’élevage, Pierre-Michel Rosner, directeur du CIV, analyse : « Entre retourner quelques prairies ou perdre tout un pan de notre élevage, il vaut mieux accepter quelques retournements », quitte à ne pas être à l’optimum côté gaz à effet de serre ! C’est ce juste milieu qu’il faudra trouver, entre économie et environnement, avec ou sans réglementation, mais surtout avec la Politique agricole commune. Et cela d’autant plus que « le déstockage va deux fois plus vite que le stockage ! Mieux vaut conserver les stocks déjà en place que chercher absolument à augmenter ces stocks. Il faut donc aller chercher des lieux de stockage ailleurs », fait remarquer Thomas Turini.
Les cycles biologiques sont longs
De son côté, Thomas Turini rappelle que le travail des éleveurs « se fait à partir de milieux naturels. On n’est pas dans des process industriels ! ». Selon lui, avec les gaz à effet de serre, « il faut réfléchir en termes de cycle » et non comme sur une ligne de production avec une entrée et une sortie. C’est un fait, les longs cycles biologiques cohabitent de plus en plus difficilement avec l’accélération de l’économie d’aujourd’hui. Il se plaît également à préciser que « non, l’élevage n’émet pas plus de gaz à effet de serre que les transports ! ». D’autant plus que les méthodes de calcul à l’origine de cette comparaison – qui avait fait grand bruit à l’époque – ne sont pas les mêmes. Et les cycles du carbone pris en compte non plus (cycle géochimique long pour les transports versus cycle biologique court pour l‘élevage). La publication du CIV, à l’origine de ces conclusions, doit sortir le 20 novembre prochain. Elle est « le premier travail très synthétique qui couvre l’ensemble des problématiques des gaz à effets de serre », selon Pierre-Michel Rosner, directeur du CIV. Plus d’un an de travail a été nécessaire pour effectuer une telle compilation.
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Effet de serre et élevage : face à la multitude de chiffres, il faut revenir à la méthode
Revenir à la méthode, c’est le credo du Centre d’information des viandes (CIV) pour expliquer les différences observées dans les chiffres au sujet de l’élevage et du climat. Deux méthodes ont été prises en compte par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) : respectivement l’analyse par cycle de vie et l’inventaire des émissions directes d’un secteur économique. L’analyse du cycle de vie évalue l’impact environnemental d’un produit (la viande) en relation avec une fonction (nourrir) particulière et tout au long de sa vie. C’est un calcul des émissions directes (élevage) et indirectes (abattage, transport, distribution, transformation…). La méthode du Giec, soit l’inventaire des émissions directes d’un secteur, ignore les émissions indirectes. Il est effectué dans un périmètre temporel (souvent une année), géographique (région, département…) et économique (transport, agriculture…). Les chiffres issus de ces deux méthodes ne sont donc pas comparables. De plus, ils se basent sur des évaluations qui sont amenées à être de plus en plus précises avec l’évolution des modèles, lesquels s’affinent avec le temps.
L’initiative « 4 pour 1 000 » une plaquette du ministère de l'Agriculture
« Un taux de croissance annuel du stock de carbone dans les sols de 4 pour 1 000 permettrait de stopper l’augmentation de la concentration de CO2 dans l’atmosphère », écrit le ministère de l’Agriculture sur la plaquette de présentation de l’initiative « 4 pour 1000 ». Lancée pour la Cop 21 en décembre prochain, cette initiative a pour but de « développer des actions concrètes sur le terrain qui bénéficient aux agriculteurs et aux éleveurs » afin « d’améliorer la teneur en matière organique des sols et encourager la séquestration de carbone ». Pour l’heure, le ministère invite États, collectivités territoriales, entreprises, ONG, établissements de recherche à participer à cette initiative…