Le directeur exécutif de l’Efsa est venu défendre devant les eurodéputés agricoles le fonctionnement de son institution en charge de l’évaluation des risques sanitaires dans l’UE, qui avec le budget dont elle dispose, doit trouver un juste milieu entre indépendance, transparence et exigence scientifique.
Auditionné pour la première fois par les eurodéputés de la commission de l’agriculture le 11 avril, le directeur exécutif de l’Autorité européenne de la sécurité des aliments (Efsa), Bernhard Url, est venu défendre la politique d’indépendance mise en place par son institution souvent critiquée pour ses liens avec l’industrie dans des dossiers comme l’évaluation des risques du glyphosate ou des OGM.
L’eurodéputé vert José Bové, entre autres, lui a demandé que l’Efsa arrête de baser ses évaluations sur des études menées par l’industrie et qu’elle mène elle-même ces travaux. Une exigence qui, il l’admet, demande d’augmenter le budget de l’Agence. « Cela demanderait des centaines de millions d’euros par an de budget supplémentaire de ne pas faire porter le financement des études aux demandeurs », a répondu Bernhard Url qui a également assuré que l’Efsa « prenait en compte toutes les études existantes sur un sujet donné, indépendamment de l’identité de celui qui les a commandées, et pas seulement celles des demandeurs ».
Indépendance et transparence
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Le directeur de l’Autorité européenne a également été interrogé à plusieurs reprises sur les risques de conflits d’intérêts qui pèsent sur les experts. « L’Efsa a la politique la plus stricte du monde en matière d’indépendance mais il faut trouver un équilibre entre cette exigence et l’excellence scientifique qui suppose que nous fassions appel à des chercheurs qui ont pu à un moment avoir des liens avec l’industrie », a justifié Bernhard Url. Il a, à ce titre, rappelé que les experts de l’Efsa sont « prêtés » gratuitement par les États membres. « Or avec la crise financière des dernières années, il est de plus en plus difficile pour ces États de laisser partir gratuitement – pour 50 jours par an maximum – leurs meilleurs éléments. C’est un des défis les plus importants pour l’avenir de l’Efsa : comment mobiliser ces experts sans les rémunérer ? Sur ce point nous aurons besoin du soutien politique du Parlement européen », a prévenu Bernhard Url.
Enfin, sur l’accès aux données brutes d’évaluation des risques du glyphosate notamment que demandent de nombreux opposants à l’herbicide de Monsanto (1) : là encore, le patron de l’Efsa a fait valoir une question d’équilibre entre la transparence et l’obligation de protéger la propriété intellectuelle. Et de préciser : « Il est normal qu’une entreprise qui investit des millions d’euros dans une étude ne souhaite pas qu’un concurrent puisse s’en servir pour aller demander une autorisation de mise sur le marché dans un autre pays, en Chine par exemple ».
(1) Voir n° 3573 du 19/12/2016