Point saillant du plan de filière présenté par les interprofessions de la volaille de chair : celles-ci projettent d’investir massivement dans leurs outils. Parmi les objectifs principaux, faire reculer les importations de volaille standard, développer de nouveaux débouchés export et faire progresser les parts de marchés des produits labels et bio. Ces filières demandent un accompagnement de l’État, notamment financier et réglementaire.
Dans leur plan de filière, présenté dans ses grandes lignes à Agra Presse le 6 décembre, les interprofessions volailles de chair mettent en avant trois objectifs principaux : faire reculer les importations de volaille standard, trouver de nouveaux débouchés à l’export et développer la production de volailles bio et labels. Le point commun entre ces stratégies, est qu’elles passent par un investissement important dans les outils.
En volaille standard, la filière affiche deux objectifs : la reconquête de 10 % des parts de marché en cinq ans sur le marché intérieur et l’ouverture de nouveaux marchés à l’export. La reconquête du marché intérieur est l’objectif affiché par la filière volaille depuis plusieurs années, après s’être faite déborder par les importations en restauration hors domicile depuis une dizaine d’années. L’objectif serait de revenir à des niveaux d’importations proches de ceux des années 2000. À l’export, les interprofessions souhaitent cibler des destinations à fort potentiel, et déployer des actions de filière, pour dépasser les approches lancées seules par certaines entreprises. Les investissements nécessaires sont évalués à 2,7 milliards d’euros sur cinq ans, et sur l’ensemble de la filière.
Hausse de 50 % du bio en cinq ans
La deuxième partie concerne les volailles sous labels (label rouge, AOP, IGP) et bio pour lesquelles la filière fixe plusieurs objectifs chiffrés : hausse de 50 % du bio en 5 ans (idem pour les produits labels) ; faire passer la part des produits de découpe de 30 à 50 % du marché des labels ; doubler les exportations de labels et augmenter les ventes de labels en RHD de 20 %. Les investissements nécessaires sont estimés à 90 millions d’euros, uniquement sur les bâtiments d’élevage.
La filière s’engage également à faire aboutir avant la fin du premier semestre 2018 l’interprofession volaille de chair, qui doit rassembler les différentes interprofessions existantes (poulet de chair, dinde, pintade, canard à rôtir).
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Réorientation des fonds Casdar
En contrepartie, la filière demande des soutiens à l’investissement (un peu plus de 1 Mrd€ de PCAEA sur cinq ans pour la volaille standard), et aux travaux de recherche appliquée (réorientation des fonds Casdar vers la volaille). D’un point de vue réglementaire, elle demande l’encadrement des promotions et le relèvement du seuil de revente à perte ; elle souhaite plusieurs harmonisations réglementaires en Europe (construction de bâtiments, travailleurs détachés, mais aussi faire perdurer l’étiquetage de l’origine dans les plats transformés ; elle est en revanche opposée à l’étiquetage des modes d’élevage à l’échelle européenne. Elle demande enfin un appui à la filière dans les négociations d’accords commerciaux internationaux, et se dit inquiète des négociations en cours avec le Mercosur.
L’aval trop timide dans certaines filières, selon la FNSEA
Les Jeunes agriculteurs, la FNSEA et ses associations spécialisées constatent, dans un communiqué le 30 novembre, « un manque de volonté manifeste de certains acteurs de l’aval, dans certaines filières, d’avancer sur la partie économique : répartition de la valeur, gestion de la volatilité des prix, investissements dans l’amont ». Les syndicats interpellent les interprofessions qui « doivent prouver qu’elles sont capables de fixer un cap pour structurer leur filière, (et) qu’elles sont à la hauteur des enjeux ». Ils préviennent qu’ils « ne se contenteront pas de coquilles vides, de déclarations d’intention, de guides de bonnes pratiques, ni même de groupes de travail sur la contractualisation ». « Dans ces États généraux de l’alimentation, tout le monde s’exprime sur la montée en gamme de l’aval, mais on voit peu l’aval s’engager, étaye le président de la Fédération nationale porcine (FNP), Paul Auffray. Et on parle peu du retour de la valeur au producteur ». La FNSEA a été reçue le 7 décembre par Edouard Philippe et Stéphane Travert, pour aborder notamment le sujet des plans de filière. « Beaucoup de travail a été accompli, commente sa présidente, Christiane Lambert, dans une vidéo mise en ligne le jour même. Les associations spécialisées poussent pour que les deux volets soient bien traités, c’est-à-dire la montée en gamme attendue – produire pour tous les marchés – mais aussi un retour de valeur pour les agriculteurs ». La FNSEA a exigé que la loi promise par le Président de la République soit votée au plus vite, c’est-à-dire au premier trimestre 2018.