Avant d’accepter de nouveaux membres, l’Union prendra en compte désormais la capacité de son budget agricole à en supporter le choc. Sans décourager l’élan de la Croatie ou de l’ancienne République yougoslave de Macédoine, cet engagement clair pris par la Commission de Bruxelles lors de la présentation de ses rapports de suivi des pays candidats remet passablement en question la perspective d’une adhésion d’Ankara.
D’autant plus que, abstraction faite des sommes considérables que seraient en droit d’exiger ses agriculteurs une fois dans l’UE – l’ancien commissaire européen Franz Fischler citait des chiffres vertigineux – la Turquie elle-même semble encore très éloignée des préoccupations européennes. Quand l’Europe parle sécurité alimentaire et protection des consommateurs, elle répond approvisionnement et productivité.
Plus préoccupée par la nécessité de subvenir aux besoins de plus de 70 millions d’habitants que par l’orthodoxie libérale bruxelloise, la Turquie s’apprête à renforcer le lien entre les subventions versées aux exploitations et les volumes de production. Une idée fustigée par la Commission tant elle va à contre-courant de la politique de découplage des soutiens engagée par la Communauté depuis 2003.
Au final, en une année, malgré l’ouverture des négociations d’adhésion, le 3 octobre 2005, la Turquie n’a pas fait de réel pas vers une adhésion. Que ce soit à propos des relations commerciales bilatérales ou de la construction d’une administration apte à gérer les aides européennes, les griefs se sont multipliés.