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Élevage bovin : la FNB veut reconstruire une vision commune pour la filière

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L’assemblée générale de la Fédération nationale bovine (FNB), les 3 et 4 février à Bourg-en-Bresse tentera de jeter les bases d’une vision commune des acteurs de la filière bovine française. En présentant ces travaux, le président Jean-Pierre Fleury a décrit une filière désorganisée, notamment en raison, selon lui, du comportement du n°1 de la viande, le groupe Bigard.

« Les chemins divergent entre l’industrie et les éleveurs », lançait le président de la FNB Jean-Pierre Fleury le 26 janvier en présentant les travaux de la future assemblée générale de sa fédération (3-4 février à Bourg-en-Bresse). Une divergence qui n’est pas celle de deux acteurs qui négocient et finissent par s’entendre sur des prix. « La construction du prix par des rapports de force normaux ne se fait plus », poursuit Jean-Pierre Fleury. La divergence est bien plus profonde et opposerait deux modèles. L’un, qui considère la viande comme de simples muscles ou minerais, qui doit être produite aux prix mondiaux ; l’autre, un modèle français qui s’appuie sur des races à viande et une offre importante émanant du troupeau allaitant. Tandis que le leader industriel français table, selon les éleveurs, sur le premier modèle, les éleveurs, eux marquent leur préférence pour le second.

L’identité des races à viande est perdue

« Aujourd’hui, les seules réponses qu’on nous fait sont qu’il faut saturer les outils industriels", regrette Jean-Pierre Fleury qui se scandalise lorsqu’un industriel lui explique « qu’il se mêle de ce qui ne le regarde pas ». Conséquence de cette stratégie essentiellement volume : « Les cotations ne veulent plus rien dire ». Dans la foulée, explique-t-il, l’identité des races à viande est perdue. « On a perdu la main sur nos races à viande », dit-il. À commencer par la race charolaise qui n’atteint plus la valeur ajoutée qu’elle pourrait dégager. Dans la foulée, c’est aussi le travail des éleveurs qui est « dépersonnalisé ».

C’est dans ce contexte que l’assemblée de la FNB organise deux tables rondes, l’une sur la segmentation des marchés, l’autre sur les nouvelles relations commerciales. Les distributeurs ont été invités. Carrefour sera présent, le groupement Leclerc semble s’annoncer. Jean-Paul Bigard a également été invité sans avoir encore donné de réponse.

Quels sont les besoins du marché ?

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Parallèlement, les dirigeants de la FNB ont fait la tournée des opérateurs de la filière. Rencontres avec des distributeurs : « On est bien accueillis ». Rencontre également avec le nouveau président de Coop de France.

La FNB évoque cette période comme celle d’une « refondation ». Mais celle-ci doit absolument passer par « le repositionnement du troupeau allaitant. » Jean-Pierre Fleury rêve d’une vision commune de la filière bovine, avec des négociations sur les prix réunissant les distributeurs, les industriels et les éleveurs. Discussions enseigne par enseigne évidemment pour ne pas être en butte aux règles de la concurrence. Mais pour cela, il faudrait que les industriels, et leur leader Bigard en particulier, se livrent davantage, informent davantage sur leur situation économique, leurs besoins et ceux du consommateur qui ne se réduit pas qu’à une notion de prix. « Dites-nous ce dont le marché a besoin », lance Jean-Pierre Fleury.

Prix : la grande déprime depuis juin

En juin 2014, lors d’une table ronde de la profession bovine au ministère de l’Agriculture, le prix moyen pondéré de la viande bovine atteignait péniblement 3,71 € le kilo. Aujourd’hui, explique-t-on à la FNB, il est descendu à 3,51 €. En porc, même phénomène. Par rapport à l'objectif de 1,40 €/kg sur le marché de Plérin en juillet, "il manque aujourd'hui 30 centimes", explique Xavier Beulin. Conséquence, selon Thierry Coué, président de la FRSEA de Bretagne, les élevages porcins perdent en moyenne 6000 €/semaine.

Sur le long terme, la situation relative des éleveurs s’est nettement dégradée. Depuis la crise de la vache folle (2001), les prix consommateurs de la viande bovine ont augmenté de 62 % ; les coûts de production en élevage ont progressé, eux, de 58 %. Quant aux prix payés aux éleveurs, ils n’ont augmenté que de10-15 % selon les cas. Des éleveurs dont la productivité a progressé de 2,5 % par an, mais une augmentation qui a davantage profité à l’aval qu’à l’amont selon Jean-Pierre Fleury.