À la suite des manifestations, l’exécutif a « renforcé » le plan de souveraineté pour l’élevage qu’il avait présenté lors du dernier Sommet de Cournon. Au menu : des précisions, quelques concrétisations, et des « objectifs chiffrés de production alignés avec l’évolution de la consommation ».
C’est un « plan renforcé de reconquête de notre souveraineté sur l’élevage » que le gouvernement a présenté le 25 février au Salon de l’agriculture. Un deuxième acte, après une première présentation au Sommet de l’élevage en octobre. Après les récentes manifestations, suivies par de nombreux éleveurs, ce plan a été enrichi d’un nouvel axe : l’exécutif s’engage à fixer des « objectifs chiffrés de production alignés avec l’évolution de la consommation ». « Nous devons produire ce que nous consommons », résume le ministère dans son dossier de presse. Ces objectifs seront établis « d’ici la fin du mois d’avril » grâce à une « consultation des filières d’élevage », qui étudiera aussi « les principaux leviers à mobiliser ou obstacles à surmonter ». Un travail qui aboutira à des plans par filière publiés « avant la fin du premier semestre », ainsi qu’à « l’adjonction de mesures transversales au plan ».
De nombreuses mesures du plan avaient déjà été présentées, comme les avantages fiscaux et sociaux à hauteur de 150 M€ pour les éleveurs bovins (défiscalisation du cheptel) déjà promis par Gabriel Attal courant février. En matière de soutien financier, le gouvernement annonce un plan visant à fournir 400 M€ de prêts garantis au secteur de l’élevage dès juillet. Une enveloppe déjà prévue dans la loi de finances 2024. Concernant l’étiquetage, l’exécutif a publié le décret protégeant les dénominations utilisées pour désigner les denrées alimentaires d’origine animale (1). Le gouvernement veut aussi obliger la restauration collective à intégrer dans ses menus 100 % des produits « durables et de qualité » pour les viandes et poissons.
Campagne de communication et manuels scolaires
Autre objectif : protéger l’image du secteur, l’un des principaux postes émetteurs de gaz à effet de serre de l’agriculture, avec les engrais. La consommation de viande, par exemple, ne « doit pas être stigmatisée », selon le plan. « La réduction de la taille de notre cheptel d’élevage en France n’a jamais constitué et ne saurait constituer un objectif de politique publique », affirme aussi le document. « Les baisses d’émissions du secteur de l’élevage à l’horizon 2030 identifiées dans la planification écologique […] peuvent être atteintes sans réduire la taille du cheptel par rapport à 2023, en agissant sur les autres leviers », comme l’alimentation animale, ajoute-t-il. Une orientation qui reprend le message d’Interbev à l’automne dernier.
Autre mesure déjà annoncée : une campagne de communication de 3 M€ sur les métiers agricoles. Enfin, un groupe de travail interministériel se penchera sur les manuels scolaires « pour objectiver si des raccourcis conduisant à des stigmatisations ou informations inexactes à l’aune des connaissances scientifiques existantes sont présents, et le cas échéant, inviter à les corriger ». Le plan compote aussi un large volet très attendu sur la simplification des procédures administratives (lire ci-après).
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Alors que les organisations de ruminants de la FNSEA craignaient il y a peu un « plan au rabais », le président de la FNB (éleveurs de bovins viande, FNSEA) Patrick Bénézit estime que « dans les intentions, tout y est ». « Encore faut-il que ces cases-là soient bien remplies », tempère-t-il, notant un « besoin de préciser énormément de points » (loi Egalim 4, réciprocité des normes, souplesses sur la gestion des prairies, etc.).
La FNPL veut défiscaliser les fourrages
De son côté, la FNPL (producteurs de lait, FNSEA) regrette que les stocks de fourrage ne soient pas concernés par les mesures fiscales et sociales, comme l’a expliqué le syndicat en conférence de presse le 27 février. « Cette mesure va permettre d’accompagner l’inflation de la valeur de nos troupeaux », souligne le trésorier de la FNPL, Yohann Barbe, qui note « la volonté d’avancer » du gouvernement. Cependant, le syndicat voudrait « la même mesure fiscale et sociale sur les stocks fourragers » dont la valeur augmente également. « Cette hausse de la valeur de nos stocks crée artificiellement du revenu, mais ce revenu n’est pas disponible », souligne Yohann Barbe. Par ailleurs, la FNPL se félicite que le nombre de jours de remplacement ouvrant droit au crédit d’impôt soit porté de 14 à 17 jours par an. En revanche, il regrette que sa demande de simplification du paiement n’ait pas été retenue. « Nous voulons que les agriculteurs n’aient pas à avancer la trésorerie », explique Yohann Barbe.
Du côté des viandes blanches, on salue aussi « des annonces qui vont clairement dans le bon sens », comme le résume le directeur d’Anvol (interprofession des volailles de chair) Yann Nédélec. La filière attend désormais la pérennisation imminente de l’obligation d’afficher l’origine de la viande en restauration, ainsi qu’une disposition similaire pour les produits transformés. L’interprofession espère un texte au niveau français en mars, avant une éventuelle évolution au niveau européen via le règlement Inco (information du consommateur). Quant à la FNP (éleveurs de porcs, FNSEA), elle salue notamment la simplification à venir des procédures administratives (lire ci-après).