En cette période d’États généraux de l’alimentation, les désaccords perdurent au sein de la filière viande, notamment dans le cas de la démarche « Éleveurs et Engagés », initiée par la Fédération nationale bovine en 2016.
« Éleveurs et engagés », la démarche lancée par la Fédération nationale bovine (FNB), et anciennement appelée « Cœur de gamme », ne fait pas consensus dans la filière alors qu’elle a été mise en avant par Emmanuel Macron, le 11 octobre à Rungis. En effet, le 17 octobre, Jean-Paul Bigard, président de Culture viande, syndicat des industriels de la viande, a estimé que cette démarche « n’est pas pérenne et qu’elle vient torpiller tout ce qui a été fait auparavant. Dans un contexte apaisé, le moment semble bienvenu pour sortir de cette démarche, imposée au chantage, et au résultat mitigé ».
Le même jour, la FNB, les Jeunes agriculteurs et Serge Papin, p.-d.g. de Système U, présentaient les résultats positifs de cette démarche avec un retour supplémentaire de 0,80 € à 1 €/kg de carcasse à l’éleveur. Pour Laurent Courtois, éleveur de 160 charolaises dans le Haut-Beaujolais, la démarche « Éleveurs et engagés » a permis même de multiplier par deux son revenu. « Une vache sur quatre passe dans la démarche “Éleveurs et engagés”, ce qui correspond à la fin de l’année entre 7 000 et 8 000 euros supplémentaires », affirmait-il le 17 octobre. En moyenne, 5 500 vaches rentrent dans la démarche par mois. Une démarche avec cahier des charges et contrats entre les trois maillons de la filière. Sept enseignes sur neuf l’ont validée – dont E. Leclerc – et la respectent plus ou moins.
Une démarche pour revaloriser la vache à viande
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D’après Serge Papin, toutes catégories de bovins confondues, « la démarche “Éleveurs et engagés” n’est qu’à 15 % de son potentiel ». Interrogé sur les propos de Jean-Paul Bigard, il répond : « Si Bigard a dit cela, c’est bon signe ! C’est que cela commence à marcher ! ». Quant à Bruno Dufayet, président de la FNB, il ne s’est pas déclaré « surpris » par les propos de Jean-Paul Bigard. « C’est quelque chose de nouveau et tout le monde n’a pas le même temps de réaction », a-t-il conclu. Il espère « à terme que toutes les vaches [allaitantes, ndlr] rentrent dans cette démarche ». Une façon de revaloriser le marché par rapport à la vache laitière de réforme.
Le cahier des charges d’« Éleveurs et engagés » reste assez léger, même s’il comprend des durées minimales de maturation de la viande. « C’est le même temps de maturation qu’en label rouge », fait observer Bruno Dufayet. Il évoque des discussions en cours avec les viandes label rouge pour qu’« Éleveurs et engagés » devienne la base minimale des cahiers des charges de l’ensemble des labels. Alice Avisse, éleveuse de 60 vaches allaitante et de 220 bovins à l’engraissement, soulève cependant discrètement l’un des points négatifs de la démarche : « Quand notre bête part, on ne sait pas si elle entre ou non dans la démarche. On ne le sait qu’a posteriori », en fonction de la qualité de la carcasse, jugée une fois l’animal abattu.
Une vache sur quatre passe dans la démarche « Éleveurs et engagés »