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 Grippe aviaire Embargo européen sur les volailles et oeufs américains

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Suite à l’apparition d’un foyer de grippe aviaire particulièrement virulente (virus H5N2) dans l’Etat américain du Texas, la Commission européenne a décidé le 24 février d’interdire, avec effet immédiat, les importations de volailles, d'œufs et d’oiseaux de compagnie en provenance de tout le territoire des Etats-Unis. Cette mesure, applicable dans un premier temps jusqu’au 23 mars, sera probablement confirmée par le Comité permanent pour la chaîne alimentaire de l’UE, qui fera le point de la situation les 2 et 3 mars prochain au vu des précisions fournies par les experts américains.

En Asie, où la situation n’est toujours pas sous contrôle, selon la FAO, plusieurs pays ont commencé à assouplir leurs mesures de protection alors que de nouveaux foyers apparaissent chaque jour.

L'embargo décrété par l'UE sur les produits américains jusqu’au 23 mars concerne les volailles vivantes, les ratites, le gibier vivant à plumes sauvage ou d'élevage, les œufs à couver, les œufs destinés à la consommation humaine, et les oiseaux de compagnie.

Une régionalisation de ces mesures de restriction pourra être envisagée par la suite suivant l’évolution de la situation, a indiqué le commissaire en charge de la santé et des consommateurs, David Byrne, lors du Conseil agricole du 24 février à Bruxelles. La plupart des importations européennes proviennent de l’est du pays, épargné pour l’instant par la grippe aviaire.

Les exportations de produits avicoles américains vers l’UE sont constituées principalement d’oeufs (25% du total d’oeufs importés chaque année par l’UE , soit 7 200 tonnes en 2003, un commerce évalué à 20 millions d’euros) et de poussins d'1 jour (452 000 têtes en 2003, de dindonneaux essentiellement, soit 50% des importations totales de l’UE ou 2,5 millions d’euros). L’UE n’importe plus de viande de volaille américaine depuis plusieurs années du fait que les bains de chlore sont autorisés aux Etats-Unis pour désinfecter les carcasses.

Le virus H5N2 présente moins de risques pour la santé publique que le H5N1 qui a déjà fait 22 morts en Asie, mais il est tout aussi dévastateur pour les élevages.

Un autre virus beaucoup moins pathogène (de type H7) a été détecté début février dans trois autres Etats américains (Delaware, Pennsylvanie et New Jersey) mais l’UE n’avait alors pas jugé nécessaire de prendre des mesures de protection.

Washington espère une levée rapide de l'embargo

D'autres gros importateurs de volailles américaines comme le Japon, la Corée du Sud et la Chine ont mis en place des embargos similaires à celui décrété par l'UE. Mais la Russie, le premier client des Etats-Unis, et la Pologne n'ont suspendu que leurs importations en provenances des Etats atteints par la grippe aviaire.

"Nous allons travailler très dur pour obtenir la réouverture des marchés" qui ont fermé leurs frontières aux produits avicoles provenant de l'ensemble du territoire américain, a commenté la secrétaire américaine à l'agriculture, Ann Veneman, le 25 février.

"Vraiment il n'y a aucune justification pour arrêter les échanges ou même pour annoncer des restrictions commerciales à cause de la la grippe aviaire aux Etats-Unis, qui se réduit à une ferme située au Texas, un très grand Etat", a déclaré pour sa part James Sumner, président du USA Poultry and Egg Export Council, l'association regroupant 95% des exportateurs de volaille et d'oeufs du pays.

L'impact économique devrait cependant être, selon lui, plutôt limité. En 2002 les éleveurs américains ont vendu quelque 1,1 million de douzaines d'oeufs d'une valeur d'environ 2,5 millions de dollars. En 2003, les chiffres ont été un peu plus importants en raison de la grippe aviaire en Italie et aux Pays-Bas, qui a bénéficié aux exportations américaines, selon l'association.

Le total des exportations américaines de volailles en 2003 a avoisiné les 2,51 millions de tonnes, selon le département de l'agriculture (USDA).

- Au Canada, un foyer de grippe aviaire de type H7 a été détecté le 19 février dans la province de Colombie-brittanique (ouest). Les 16 000 volailles de l'exploitation concernée ont été abattues. Plusieurs pays tiers ont fermé leurs frontières aux produits canadiens dont le Brésil, le Japon et Hong Kong

Déjà près de 100 millions de volailles tuées en Asie

En date du 25 février, près de 100 millions de volailles étaient mortes ou avaient été détruites pour combattre la grippe aviaire qui sévit dans dix pays d'Asie, selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). La situation n'est toujours "pas claire" dans "certains pays" et des enquêtes épidémiologiques seront nécessaires pour circonscrire le virus, a mis en garde la FAO, qui a déjà dépensé 5,5 millions de dollars pour combattre la maladie.

Le virus H5N1 a été détecté en Thaïlande chez des félins (une panthère et deux chats morts et un tigre guéri), mais l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a jugé peu probable une aggravation des risques de transmission à l'homme.

Pour sa part, faisant le point de la situation en Asie lors du Conseil agricole du 24 février, le commissaire européen David Byrne a rappelé que les importations européennes de volailles thaïlandaises et d'animaux de compagnie d'Asie du sud-est ont été suspendues à ce stade jusqu'au 15 août prochain.

Une conférence des donateurs organisée par l'Office international des épizooties (OIE) et la FAO pour aider les pays asiatiques touchés à lutter contre l'épizootie devait s'ouvrir le 26 février à Bangkok.

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Voici le point de la situation pays par pays à cette date:

- En Thaïlande, quatre nouveaux foyers ont été annoncés le 20 février, portant le total à plus de 160 dans 32 provinces. Près de 36 millions de volailles ont déjà été abattues et 7 personnes sont mortes de la grippe aviaire. Une baisse de 0,2% de la croissance estimée cette année entre 7,7 et 8,1% est attendue du fait de l'épizootie qui a ravagé l'industrie exportatrice de poulets.

- Au Vietnam, quelque 37,5 millions de volailles sont mortes ou ont été abattues depuis le début officiel de l'épidémie, fin décembre. Quinze personnes sont mortes sur 23 contaminées. Les autorités ont toutefois autorisé le 20 février la vente de volailles dans les zones épargnées par le virus, à condition qu'elle soit préparée par les entreprises de l'Etat sous contrôle des services sanitaires.

- En Chine, où la présence du virus H5N1 a été confirmée dans une cinquantaine d'élevages répartis dans 16 des 31 régions du pays, les autorités ont commencé à lever les mesures de quarantaine autour de plusieurs foyers dans les provinces du Guangdong et du Hunan (sud), de l'Anhui (est, autour de Shanghaï) et dans la région du Xinjiang (nord-ouest).

Aucun cas de contamination humaine par le virus H5N1 n'a à ce jour été rapporté en Chine où plus de 5 millions de poulets, canards et oies ont été abattus à cause de l'épizootie.

- En Indonésie, près de 130 districts sont atteints et près de 15 millions de volailles ont été abattues.

- En Corée du Sud, près de 4,5 millions de poulets et de canards auraient été abattus du fait de la grippe aviaire sur un cheptel de 108 millions de tête, mais il s'agirait d'une souche moins dangereuse pour l'homme que le H5N1, selon le Centre américain pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC).

- Au Pakistan, où sévit le virus H7 moins dangereux, près de 4 millions de volailles auraient été abattues.

- Au Laos, environ du 70 000 poulets sont morts ou ont été abattus selon les dernières données officielles. Les autorités ont confirmé le 25 février qu'il s'agissait bien de la souche H5N1.

- Au Japon, un troisème cas suspect de grippe aviaire a été découvert dans une ferme de la préfecture de Nagano. Plusieurs dizaines de milliers de volailles ont été détruites depuis début janvier, date de l'apparition du virus H5N1 au Japon.

- A Taïwan, six nouveaux foyers de grippe aviaire (type H5N2) ont été signalés le 24 février. Près de 354 000 volailles ont déjà été tuées dans 18 élevages depuis l'apparition du H5N2 le 15 janvier.

Un laboratoire australien aurait trouvé

un médicament contre le virus H5N1

Le médicament Relenza, produit par le laboratoire pharmaceutique australien Biota aide à neutraliser le virus H5N1 responsable de la mort de 22 personnes en Asie, selon un organisme scientifique du gouvernement, le CSIRO.

«Les essais en laboratoire, ont montré que le Relenza est aussi efficace contre la grippe du poulet que contre d’autres formes de grippe qui affectent l’humain», a indiqué Jenny McKimm-Bresckin, scientifique du CSIRO, dans un communiqué.

«Dans le cas où la maladie viendrait effectivement à muter dans une forme transmissible entre humains, il est important de savoir que nous avons déjà un traitement possible», a-t-il ajouté.

Le cours de l’action Biota a grimpé de près de 40% à la Bourse de Sydney après l’annonce faite le 20 février.

(HC)

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