Emmanuel Macron a affirmé le 27 novembre que le glyphosate serait interdit en France « au plus tard dans trois ans », malgré un vote européen autorisant cet herbicide pour cinq ans de plus.
« J’ai demandé au gouvernement de prendre les dispositions nécessaires pour que l’utilisation du glyphosate soit interdite en France dès que des alternatives auront été trouvées, et au plus tard dans 3 ans », a écrit le chef de l’État sur son compte Twitter le 27 novembre, jour du vote du renouvellement de l’autorisation du glyphosate à Bruxelles. Matignon rappelle dans un communiqué que les ministères de l’Agriculture et de la Transition écologique doivent remettre « début décembre » des propositions pour limiter l’usage des pesticides dans l’agriculture. « La priorité doit être donnée à la recherche des alternatives afin de pouvoir sortir le plus vite possible du glyphosate », indique-t-on encore.
Et Stéphane Travert d’expliquer : « Nous allons mobiliser la recherche, l’innovation pour que demain nous puissions modifier les pratiques agronomiques au service des agriculteurs, mais aussi de notre environnement », a expliqué le ministre. Il s’agit aussi de mobiliser « l’ensemble des professionnels pour trouver des alternatives durables dans le temps demandé par le président de la République : trois ans », a ajouté le ministre sur LCI, alors que celui-ci a été chahuté par les médias pour avoir déclaré qu’il était satisfait du vote à Bruxelles, avant que le président de la République ne vienne le contredire.
La France fait « bande à part », déplore la FNSEA
La FNSEA a pris acte du vote des 28, saluant le « pragmatisme » d’un grand nombre d’États et déplorant que la France ait choisi de « faire bande à part ». « Le temps politique reste en décalage avec le temps de la recherche scientifique », poursuit le syndicat qui dit œuvrer pour « qu’aucun agriculteur ne se retrouve devant une impasse technique ». Et de mettre en avant son « contrat de solutions » pour réduire les phytos. La FNSEA a invité Stéphane Travert le 27 novembre sur la plateforme d’innovation TerraLab, ex-Ferme 112 dans la Marne, pour lui présenter « les techniques et les pratiques qui font l’objet d’expérimentations et qui permettent d’envisager cette trajectoire de progrès », explique-t-elle dans un communiqué. Mais d’après son secrétaire général Jérôme Despey, la profession agricole « n’acceptera pas une surtransposition française pendant 2 ans tandis que les autres pays de l’UE produiraient avec des contraintes moindres ».
L’Organisation des producteurs de grains (OPG) de la CR ne voit « pas de victoire » dans le vote des 28. « Il n’y a pas de temps à perdre pour identifier des pratiques qui nous permettront de réduire la chimie dans toutes nos interventions comme nous le réalisons au quotidien depuis de nombreuses années », d’après son communiqué.
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La Conf' réclame une clause de sauvegarde
La Confédération paysanne a, elle, condamné le feu vert de l’UE au glyphosate. « Nous demandons le retrait le plus rapidement possible du glyphosate, assorti des mesures économiques et commerciales qui permettront aux paysans de travailler et d’avoir un revenu sans ce symbole de l’agro-industrie qui les empoisonne », selon un communiqué. Des alternatives existent, réaffirme la Conf’. Pour les mettre en œuvre, elle attend un soutien via le plan de 5 Mrd d’euros. Des mesures commerciales doivent s’y ajouter : « Si une clause de sauvegarde a été une option nécessaire sur le diméthoate, qu’elle en soit une pour le glyphosate ».
Des ONG « scandalisées »
Générations Futures, Foodwatch et la Ligue contre le cancer se disent « scandalisées » par le renouvellement du glyphosate. « En accordant un sursis supplémentaire à Monsanto, Bayer et compagnie, la Commission européenne balaie le principe de précaution et la santé du revers de la main, de même que la voix des millions de citoyens qui ne veulent plus de l’herbicide le plus controversé de la planète », dénoncent dans un communiqué commun les trois organisations. Pour elles, « le gouvernement (français) doit maintenant mener le pays vers une sortie du glyphosate, en accompagnant les agriculteurs, comme il s’y est engagé, et ce indépendamment du verdict » européen.