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Vin Émoi après le rachat de vignes par un Chinois à Gevrey-Chambertin

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Le rachat de deux hectares de vignes par un investisseur chinois dans l’appellation de Gevrey-Chambertin (Côte d’Or), annoncé le 22 août par le président du syndicat des vignerons de l’appellation, suscite un vif émoi chez les viticulteurs et dans la société en général.

L’investisseur chinois Louis Ng Chi Sing, qui a racheté le château de Gevrey-Chambertin et les deux hectares de vignes qui sont autour, a provoqué un débat de société parce que cette opération touche à un sujet symbolique. Ce château classé datant du XIIe siècle appartenait à plusieurs membres d’une même famille française.

La crainte d’un emballement du foncier

De plus c’est la première acquisition chinoise de vigne en Bourgogne, les investisseurs chinois s’étant intéressés jusque-là principalement aux domaines viticoles du Bordelais. Enfin, ce premier rachat chinois en Bourgogne, qui en fait supposer d’autres à l’avenir, inquiète parce qu’il peut alimenter une flambée des prix du foncier.
Selon Jean-Michel Guillon, président du syndicat des vignerons de Gevrey-Chambertin, ce bien était estimé par plusieurs professionnels à 3,5 millions d’euros au départ. L’association des vignerons avait fait une proposition à 4 millions d’euros qui leur a été refusée, puis à 5 millions d’euros : « Les propriétaires en voulaient 7 millions et ils l’ont vendu à 8 », a déploré le responsable qui redoute désormais « une déferlante d’investisseurs étrangers en Bourgogne ». Louis Ng Chi Sing, qui vit à Hong Kong mais possède également la nationalité portugaise, est un proche collaborateur du magnat Stanley Ho à Macao, capitale mondiale des jeux d’argent. Tout cet ensemble, dont l’amertume des viticulteurs qui voulaient acheter le domaine, concourt à inquiéter le secteur, avec une certaine résonnance dans la société.

Investir dans la viticulture française est en soi un signe positif

Mais au-delà de ces inquiétudes, l’investissement d’un étranger dans la viticulture française de qualité est perçu aussi comme un signe positif. « Nous préférons voir des Chinois investir dans notre filière que dans d’autres ou dans la contrefaçon. Pour nous, le fait que des Chinois investissent ici est le signe que nous sommes attractifs », a commenté Bernard Farges, président de la Confédération nationale des producteurs de vins et eaux de vie à appellations d’origine contrôlées (Cnaoc).
De plus, « ce n’est pas uniquement l’achat des étrangers qui fait montrer les prix du foncier. Quand François Pinault a acheté 46 ares du prestigieux vignoble de Batard-Montrachet pour plus d’un million d’euros, on n’en a pas autant parlé », a ajouté Séverin Barioz, directeur de la Confédération des appellations et des vignerons de Bourgogne (CAVB). « Quand un Chinois achète de la vigne, cela se remarque. Mais quand les Chinois sont présents dans les fonds de pension, cela n’émeut personne. C’est peut-être indolore, mais ça a plus de conséquences », a-t-il poursuivi.

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