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Société En 10 ans, le regard de la société sur l’élevage a évolué

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Avec la crise de la vache folle, le consommateur avait violemment décrié l’élevage. Aujourd’hui, la production de méthane par les vaches ternit à nouveau l’image des éleveurs. Communiquer reste la solution pour inverser la tendance.

Lors de la conférence « Elevage et Société », le 20 octobre, pour les 10 ans de la Charte des bonnes pratiques d’élevage, Laurent Damiens, directeur de la communication du Centre national interprofessionnel de l’économie laitière (Cniel) et Louis Orenga, directeur du Centre d’information des viandes (CIV) ont montré que l’éleveur était plutôt bien vu par la société mais que l’impact de son activité sur l’environnement commençait à poser question. Laurent Damiens comme Louis Orenga ont mis en évidence une évolution du regard de l’élevage par la société. Ainsi, trois phases se distingueraient : l’avant 2001 avec la crise de la vache folle, la période 2001-2009 post-vache folle et pré-Grenelle de l’environnement et l’après-Grenelle de l’environnement en 2009. « La crise de la vache folle a porté un coup fatal » à l’élevage, selon Laurent Damiens. À cette époque, près d’un quart des Français (23%) n’ont plus confiance dans l’élevage, 60% considèrent que la qualité de l’alimentation des vaches laitières s’est dégradée et 33% estiment que les conditions de vie des vaches se sont détériorées. À la suite d’un puissant travail de communication, la tendance s’inverse et en 2006, Laurent Damiens annonce un « niveau de confiance multiplié par deux ». Le rôle des éleveurs dans le maintien de la vie rurale est reconnu à 90%, son rôle dans la qualité de vie des Français à 80%, dans l’entretien du paysage à 76%. En 2010, une nouvelle étude du Cniel montre que 88% des Français ont confiance dans leur éleveur laitier, 65% estiment qu’il respecte l’environnement et 74% que les vaches ont un impact positif sur l’environnement. Mais sur les 25% qui considèrent que les vaches ont un impact négatif, 57% déclarent que cet impact est lié aux dégagements de méthane par les animaux. Par ailleurs, dans les discours des anti-lait, 59% des arguments sont liés au réchauffement climatique alors que ceux concernant la santé restent stables (influence sur le taux de cancer…) entre 2006 et 2010.

Impact de l’élevage sur l’environnement, la nouvelle crainte du consommateur
Sur Internet, 20% des sujets sur l’élevage laitier abordent la production de méthane par les vaches et 51% des discours ont une connotation négative. En élevage allaitant, ce courant négatif porté par Internet se retrouve aussi, selon Louis Orenga. En 2007, selon une étude menée par le CIV, 13% des consommateurs estiment que l’élevage allaitant est négatif pour l’environnement. Trois ans plus tard, le chiffre monte à 23%. « Nous avons rarement vu une telle évolution en si peu de temps », déclare Louis Orenga. Si l’on demande au consommateur d’attribuer une note en matière de respect de l’environnement, l’élevage laitier obtient 6,3/10 et l’élevage allaitant 5,9/10. Comment réduire alors l’impact de l’élevage allaitant sur l’environnement ? La première réponse consiste à réduire sa consommation de viande rouge (24% en 2010 contre 17% en 2007). Toutes ces données montrent que l’environnement est devenu une préoccupation pour le consommateur. De plus, comme l’acte de production est déconnecté de l’acte de consommation, si le consommateur a, « a priori, une vraie sympathie pour l’éleveur », il a du mal à argumenter pourquoi. La solution pour Louis Orenga comme pour Laurent Damiens réside dans la communication, « sans nier les problématiques mondiales mais tout en relocalisant le débat avec des données liées aux systèmes d’élevage français. » D’autant plus que comme le rappelle Daniel Gremillet, vice-président de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture, « beaucoup de choses sont faites dans nos fermes » pour respecter l’environnement « mais l’on n’en parle pas ». Louis Orenga aura le mot de la fin : « Le XXe siècle aura été le siècle de la valorisation marketing car le consommateur connaissait le système de production. Le XXIe sera celui de la valorisation marketing et sociétale car le consommateur ne connaîtra plus ce système de production. »

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