Abonné

Préservation de la faune En 2012, Agrifaune doit prendre de l’ampleur

- - 6 min

Pour son sixième anniversaire, le programme Agrifaune, qui vise à concilier agriculture et préservation de la faune, peut se targuer d’avoir lancé une réelle dynamique de terrain. Sans angélisme, les partenaires du réseau ont présenté, lors d’un colloque à Paris, ses avancées et ses perspectives. Ils souhaitent le voir monter en puissance, tant sur le plan professionnel que politique.

«Le programme Agrifaune doit passer à la vitesse supérieure pour atteindre son objectif : faire évoluer les pratiques agricoles sur le terrain », a lancée d’emblée Henri Sabarot, président du conseil d’administration de l’ONCFS, l’Office national de la chasse et de la faune sauvage, le 26 avril, en ouverture de la journée nationale Agrifaune. Cette troisième édition visait à faire le point sur l’avancée du programme et sur les grands chantiers ouverts. Lancé en 2006, à travers un partenariat entre l’ONCFS, la Fédération nationale de la chasse (FNC), l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA) et la FNSEA, ce programme entend démontrer que des exploitations agricoles savent concilier une agriculture performante et rentable avec la préservation de la faune sauvage et du petit gibier.

Créer un réseau de fermes de référence

Le réseau s’est développé, et compte désormais 70 départements impliqués dans des partenariats entre agriculteurs et chasseurs et 318 fermes adhérentes. Preuve de son intérêt, la convention de partenariat a été renouvelée en 2011 pour les cinq prochaines années. L’accent est mis sur le « développement d’un réseau de fermes de référence », rappelait Henri Sabarot, et sur l’acquisition de références sur les fermes du réseau, sur les critères agronomiques, environnementaux et économiques. « C’est en développant l’expertise technique, agricole et environnementale que nous serons en mesure d’aider les agriculteurs témoins à être les artisans et les porte-parole d’une agriculture plus durable et, je le crois, plus rentable », a-t-il précisé.

Porter le message auprès des pouvoirs publics

Mais son objectif est aussi politique. En pleine période de tractations pour la réforme de la Pac, « il est crucial que nous fassions entendre nos propositions à Bruxelles, qui nous semble encore loin des préoccupations des agriculteurs », a ajouté Bernard Baudin, président de la FNC. Les partenaires vont donc lancer, courant 2012, un groupe thématique « réglementation », afin de faire remonter les propositions et de les faire porter par la FNSEA et l’APCA jusqu’aux décideurs. Bernard Baudin se disait « conscient des difficultés des exploitations agricoles », mais estime que, avec l’arrivée des problématiques trames vertes et bleues, aires protégées, bien-être animal, les agriculteurs peuvent démontrer, à travers les retours d’expériences d’Agrifaune, qu’ils sont « une partie de la solution en ce qui concerne la biodiversité ».

Développer des partenariats

2012 devrait aussi voir naître un groupe thématique « financements », pour aider les porteurs de projets à trouver des ressources. Enfin, l’un des chantiers des cinq prochaines années sera de développer de nouveaux partenariats, un moyen de mutualiser les connaissances et d’asseoir les démarches portées par le réseau Agrifaune. Les prochains partenariats à l’étude concernent l’Institut de l’élevage, notamment pour son travail de création d’indicateurs de biodiversité en milieux prairiaux, mais aussi l’Acta pour son expertise en matière de bases de données agricoles et de pesticides, un sujet qui pourrait prendre de l’ampleur au sein d’Agrifaune. Enfin l’Inra pourrait aussi devenir un partenaire, notamment dans le cadre du groupe technique national du réseau Agrifaune qui travaille sur les bordures de champs.
Les porteurs du programme Agrifaune entendent aussi miser sur la communication, auprès des agriculteurs, du public et des pouvoirs publics. Comme cela est déjà le cas, des brochures continueront d’être publiées pour diffuser les résultats techniques du réseau auprès des agriculteurs ; des journées techniques de démonstration seront organisées, au moins 100 en 2012, ambitionnent les partenaires.
Le mouvement est déjà bien lancé : à travers des partenariats locaux, de nombreux sujets sont étudiés et mis en pratique : intercultures, haies, cultures fourragères, pastoralisme de montagne, prévention des dégâts... À l’échelle nationale, quatre groupes techniques ont été mis en place, pour recenser, étudier et tester les démarches innovantes sur quatre sujets : viticulture, intercultures, bordures de champs et machinisme.

Des sujets de clivage

Certes, le travail en commun semble possible et fructueux, mais des sujets de clivage existent : « Nous aurons toujours des accrochages sur les dégâts de gibier ou sur les pratiques, mais ne nous trompons pas d’adversaire : nous devons nous rappeler ce qui nous rapproche », soulignait, pragmatique, Jean-Pierre Boisson, de l’APCA. Plusieurs questions restent en effet posées. Faut-il revendiquer une Pac contraignante sur le premier pilier pour soutenir les agriculteurs qui sont allés dans le sens de la préservation de la biodiversité, comme le revendique Bernard Baudin, de la FNC ? Faut-il demander des indemnisations pour les surcoûts résultant des contraintes environnementales ou raisonner « en rémunération pour positiver les efforts entrepris », comme il le souligne encore ? Ou au contraire mettre l’accent sur les efforts réalisés jusqu’à maintenant, au lieu de vouloir lancer de nouveaux programmes, comme l’augure l’annonce présidentielle d’une prochaine conférence environnementale, plaidait de son côté Christiane Lambert, vice-présidente de la FNSEA, présente dans la salle ? Pour porter des revendications fortes et des retours de terrain probants, un vocabulaire et un argumentaire communs doit encore être trouvé entre les partenaires d’Agrifaune. Le chantier est lancé, pour qu’Agrifaune poursuive son rôle de réseau destiné à faire, mais aussi à convaincre.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

faune sauvage
Suivi
Suivre