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Pommes de terre/Conjoncture En 2013, la pomme de terre sera très convoitée par les industriels

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La demande industrielle en pommes de terre s’accroît en Europe dans un contexte d’une baisse de la production des cinq principaux pays d’environ 17%. Les industriels européens, qu’ils soient allemands, hollandais, belges, anglais ou français, revoient le prix de leurs contrats à la hausse. Des hausses qui se situent parfois à des niveaux jamais rencontrés et qui se situent aux environs de 20 à 25€/T. En France, certains industriels, comme Nestlé et Intersnack, n’ont pas encore finalisé leurs accords avec les producteurs.

La baisse de la récolte européenne de pommes de terre provoque quelques tensions sur le prix des contrats proposés par les industriels européens pour cette campagne 2013.
Publiés le 17 décembre dernier, les chiffres de la production européenne faisaient en effet état d’une récolte des cinq plus gros pays producteurs passant de 26,7Mt à 22,3Mt entre 2011 et 2012. Cette baisse d’un peu moins de 17% intervient à un moment où la demande en produits transformés s’accroît, tant à l’échelle européenne que mondiale.
En France, si l’approvisionnement des industriels français est resté stable depuis deux ans (1,1Mt dont 68% contractés), la situation devrait être quelque peu différente dans les prochaines années. « L’augmentation constante de la consommation et du commerce de produits transformés à base de pommes de terre en Europe (…), entraînent une demande accrue de pommes de terre destinées à l’industrie », soulignent les responsables de l’UNPT (1) dans un communiqué du 14 janvier dernier.
Quasiment toutes les entreprises accroissent leurs capacités de production. C’est le cas de McCain qui a indiqué voici un an vouloir renforcer ses capacités en Europe Continentale à terme de 5 ans. Le N°1 mondial des produits surgelés aura ainsi besoin de 600 000T de tubercules supplémentaires, notamment pour fournir ses nouveaux marchés d’Afrique du Sud et du Moyen-Orient. Et après avoir acquis le hollandais Cela Vita, il devrait finaliser celle du belge Lutosa d’ici quelques semaines.
En France, des usines se créent à l’image de la nouvelle implantation ardéchoise du breton Altho. L’usine du N°3 de la chips française (derrière Lays et Intersnack) devrait être opérationnelle d’ici 2014…

Des prix de contrat qui passent de 85 à 110€/T

Depuis plusieurs campagnes, Nestlé (dans ses établissements picards de Rosières (80) et d’Itancourt (02)), Intersnack avec la marque Vico dans sa filiale française de Vic-sur-Aisne (02), ainsi que McCain négociaient des prix de contrat stables, voire en légère régression avec les producteurs français (2).
Depuis novembre dernier, la tendance s’est complètement inversée. Le premier signal est venu de l’étranger. Le belge Clarebout, implanté à Nieuwkerke près de Bailleul (59), annonçait en effet ses nouveaux prix de contrat à l’occasion d’Interpom, salon spécialisé de la pomme de terre qui se tient une fois tous les deux ans à Courtrai.
Outre que le fait soit inhabituel dans une filière plutôt peu habituée à ce type de transparence, les chiffres publiés représentaient une hausse de 30%, les prix de contrat passant de 85€/t à 110€/t en l’espace d’un an.
Les industriels de l’Europe du Nord, notamment le belge Muyshondt (qui s’approvisionne en France), Lamb-Weston, Aviko, Farm Frites… savaient à quel niveau placer la barre !
La plupart des industriels européens ont ainsi décidé d’augmenter le niveau de leurs contrats. Aviko aurait décidé une hausse de 20 à 25€/T. On parle d’une augmentation de 35 à 40% pour Farm Frites, ce qui représente la plus forte hausse de ses contrats depuis 25 ans !
Globalement, l’UNPT relève une augmentation du prix des contrats de l’ordre de 1000€/ha (ou de 20€/T), un chiffre qui peut varier selon la destination des tubercules (chips ou produits surgelés), des variétés et des périodes de livraison…

Des contrats encore en négociation

Depuis quelques campagnes, Clarebout fait figure d’aiguillon pour Mc Cain. Le N°1 mondial, qui avait baissé le prix de ses contrats de 1 à 2% l’an passé, aurait ainsi négocié une hausse moyenne de plus de 20€/T pour les contrats 2013. Elle sera présentée en détail le 7 février prochain lors de l’assemblée générale des producteurs-livreurs qui se tiendra à Arras.
Mais tous les industriels français du secteur ne sont pas prêts à consentir de telles hausses. Les accords entre Nestlé ou Intersnack ne sont toujours pas finalisés à ce jour.
De son côté, l’UNPT met la pression pour de réelles revalorisations de prix qui permettent « d’assurer les investissements nécessaires à la viabilité et à la pérennité de la production et préserver la rémunération du producteur à un juste niveau ».
Le message devrait être entendu par les industriels français qui n’ont pas encore conclu, et ceci d’autant plus qu’il n’est pas exclu que certains producteurs de pommes de terre puisent se détourner d’une production au profit de cultures de céréales moins contraignantes et plus rémunératrices. Au moins dans les 3 ans qui viennent !

(1) Union Nationale des Producteurs de Pommes de Terre
(2) Sur les 1,1MT de tubercules français destinés à la transformation, 68% sont contractualisés.

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