Les représentants des groupements et coopératives de producteurs de porcs bio ont demandé à l’État, fin octobre, un plan d’aide d’urgence pour soutenir leur filière en grave crise.
Le porc bio en France est désormais au pied du mur, avec une offre supérieure « de 20 à 30 % à la demande », selon l’estimation d’Antoine Foret, président de Bio Direct, premier groupement de producteurs en France (20 % de parts de marché, 80 éleveurs, 52 000 porcs charcutiers bio commercialisés en 2021). « C’est une crise plus grave que celle dans laquelle se trouve la filière depuis deux ans », poursuit celui qui est également le référent porc de Forébio, fédération de 19 organisations économiques, dont quatre en porc bio. Comment la filière en est-elle arrivée là ? Les lanceurs d’alerte sur le rythme de croissance effrénée n’ont pas été entendus et les courbes ont fini par se croiser. Il y avait 11 000 truies en production en 2017, elles étaient 18 300 en 2021. Le niveau d’abattage a été multiplié par deux durant cette période, à 282 000 porcs, selon les données de Forébio. Mais la demande en bio, elle, s’est tassée – et pas seulement en porc. Le coup de grâce pour le cochon a été la fermeture progressive cette année du marché allemand vers lequel les opérateurs avaient trouvé un débouché de substitution au marché français.
Entre 20 et 30 % de cochons déclassés
Sur les 703 éleveurs de porcs en bio en France à fin 2021, tous ne sont pas logés à même enseigne. Les deux tiers qui travaillent uniquement en vente directe avec moins de dix truies souffrent moins de la situation. Pour les autres en revanche (environ 300 éleveurs), c’est la douche froide. Les groupements ne recrutent plus depuis deux ans. Ils incitent désormais les producteurs en place à baisser leur production et déclassent jusqu’à 20 à 30 % de porcs bio – habituellement vendu autour de 3,70 € le kilo de carcasse – en conventionnel, à un prix deux fois inférieur.
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Jusqu’à présent, ce sont les groupements et coopératives qui faisaient le tampon, continuant de payer leurs éleveurs au prix du bio, bien qu’ils ne parviennent pas à valoriser leur viande sur le marché. Il leur fallait maintenir leur potentiel de production dans l’attente d’un retour à la normale. Mais ces structures arrivent en bout de course. Pour éviter l’effondrement du système – le porc bio ne représente pourtant que 1,45 % des truies présentes en France –, des représentants de Forébio et de la Coopération agricole ont sollicité en octobre auprès du ministère de l’Agriculture un plan d’aides d’urgences en trois axes.
« Accompagner l’arrêt de 100 éleveurs »
« Nous demandons un plan d’accompagnement des structures (une dizaine) que nous avons chiffré à 16 millions d’euros, explique Antoine Foret, une enveloppe “cessation d’activité” pour les éleveurs proches de la retraite (25-30 millions) pour accompagner l’arrêt de 90-100 éleveurs et un budget d’une quarantaine de millions d’euros sur cinq ans pour “déconvertir” momentanément des producteurs, le temps que le marché se redresse. » Au 9 novembre, les professionnels n’avaient pas encore eu de retour du ministère.