Voici les temps forts de l'édition 2016 du Salon de l'agriculture qui a débuté samedi 27 février dans un climat particulièrement complexe pour les professionnels de l'agroalimentaire, sur fond de négociations commerciales tendues et de revendications des éleveurs pour une meilleure rémunération de leurs productions.
SAMEDI 27 FÉVRIER Négociations commerciales: Stéphane Le Foll confirme une modification de la LME
Le ministre de l'Agriculture a expliqué que la Loi de modernisation de l'Economie (LME) sera bien modifi ée dans le cadre du projet de loi Sapin 2. « Le président l'a annoncé ce matin », expliquait Stéphane Le Foll lors d'un point presse. La révision du texte vise à intégrer des éléments propres aux producteurs (coût de production, prix payé) dans les négociations commerciales entre industriels et distributeurs. Le ministre a par ailleurs déploré l'action de la FRSEA Ile-de-France qui avait visé quelques heures plus tôt le stand de son ministère.
Serge Papin (Système U) s'engage auprès des éleveurs à payer 0,34 € le litre de lait
Serge Papin, PDG de Système U, a déclaré le 26 février au micro de RTL, s'être engagé auprès des éleveurs français à leur payer le litre de lait 34 centimes minimum. Il a demandé aux différents maillons de la fi lière de bien vouloir jouer le jeu afi n qu' « il y ait la certitude que le paiement des 34 centimes soit bien fait aux producteurs ». Serge Papin a tenu des propos modérés quant à la course aux prix bas, s'interrogeant : « S'il faut faire des prix, au motif de détruire des emplois ou l'agriculture, quel est l'intérêt ? »
Xavier Beulin estime à 3 Mrd€ les investissements nécessaires dans les filières animales
« Il faut 3 milliards de réinjection de moyens dans nos filières animales », a déclaré Xavier Beulin, le président de la FNSEA, le 26 février, invité sur le plateau de BFM TV. Une somme qu'il estime nécessaire pour redonner de la compétitivité à l'agriculture française. A la veille du Salon de l'agriculture, il a rappelé que la part des dépenses alimentaires des ménages dans leurs dépenses totales ne représente que 10%, et « quand on enlève l'emballage, le marketing, […] à l'agriculteur, il ne lui reste quasiment plus rien ». Xavier Beulin a enfoncé le clou, indiquant que sur 100€ de courses alimentaires, 7,50€ seulement fi nissent dans la poche des agriculteurs.
« S'il faut faire des prix, au motif de détruire des emplois ou l'agriculture, quel est l'intérêt ? »
L'étiquetage de l'origine des viandes est sans intérêt selon les industriels charcutiers
L'étiquetage de l'origine des viandes utilisées dans les charcuteries n'est pas la solution à la crise, estime la Fédération française des industriels charcutiers, traiteurs, transformateurs de viandes (Fict) qui s'est adressée à François Hollande dans une lettre ouverte le 25 février. « Plus de 50% de nos charcuteries mentionnent l'origine. […]. Nous n'avons pas constaté de niveau de ventes différent entre produits étiquetés et non étiquetés », témoigne la Fict. Elle préconise plutôt, du côté des opérateurs, une meilleure connaissance des marchés français et étrangers et plus de compétitivité. Elle demande aux pouvoirs publics de « faciliter les solutions individuelles de soutien et de reconversion pour les éleveurs en péril », de « faire respecter les lois sur le commerce », « faciliter les exportations », « simplifi er les réglementations » et « harmoniser au niveau européen les prélèvements fi scaux et sociaux ».
DIMANCHE 28 FÉVRIER Les coopératives laitières affirment leur adhésion à la charte laitière des producteurs
Plutôt réticentes à adhérer jusqu'à présent à la charte laitière de la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait), les coopératives du secteur, adhérentes de la FNCL (Fédération nationale des coopératives laitières), affi rment y adhérer et pourraient la signer individuellement. Selon un communiqué de la FNCL, celle-ci « et les coopératives adhérentes s'engagent au respect du principe et des objectifs de la charte ». Elles « s'engagent à mettre en œuvre son contenu, qui incarne les valeurs coopératives de pérennité, de transparence et de solidarité. Et de préciser : « sous réserve que l'issue des négociations (commerciales en cours avec les grandes surfaces, NDLR) permette de concrétiser les objectifs de la charte en termes de valeur au profi t des associés coopérateurs, chaque coopérative laitière pourra, désormais, individuellement, la signer et la mettre en œuvre avec ses clients distributeurs ».
Le stand Charal (Bigard) assailli par des manifestants de la FNB
Une quinzaine d'éleveurs de la Fédération nationale bovine (FNB) ont mené une action sur le stand de Charal, du groupe Bigard, au Salon de l'agriculture le 28 février. Vêtus de t-shirts indiquant le message « Notre métier a un prix », ils ont jeté de la farine et vidé des extincteurs sur le stand de l'industriel afi n de dénoncer Charal qui « étouffe les producteurs ». « Quand vous payez la viande entre 17 et 20€ le kilos, sachez qu'on nous la paye à nous 2,50 à 3€ », commentait au mégaphone Pierre Vaugarny, secrétaire général de la FNB, qui appelait à la manifestation avec le soutien de la FNSEA, représentée par son secrétaire général Dominique Barrau.
Stéphane Le Foll veut la réorganisation des filières malgré une PAC « hyper libéralisée »
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« Entre la grande distribution et les industriels, on ne sait jamais qui dit la vérité. Tout le monde se renvoie la balle est c'est le producteur qui paie à la fi n » a déclaré Stéphane Le Foll, à propos de la fi lière laitière, au micro de France Info le 26 février. « Il n'y a pas d'interprofession, on ne discute pas ! », a-t-il poursuivi. « Alors on vient voir le ministre de l'Agriculture ou le premier Ministre pour solutionner des problèmes qui devraient être discutés et mieux solutionnés dans des interprofessions ». Le ministre a insisté sur la nécessité de changer « l'organisation des fi lières » et rappelé son engagement « pour trouver des solutions à une crise qui dépasse largement la France », concédant au passage que la PAC est « hyper libéralisée ».
« Plus de 50% de nos charcuteries mentionnent l'origine. […]. Nous n'avons pas constaté de niveau de ventes différent entre produits étiquetés et non étiquetés. »
LUNDI 29 FÉVRIER Négociations commerciales, la FNPL attend la fin du salon pour tirer des conclusions
« Comme dit le proverbe, c'est à la fi n de la foire que l'on compte les bouses ! », lance Thierry Roquefeuil, président de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), le 29 février lors d'une conférence de presse, au sujet des négociations commerciales et du Salon de l'agriculture. Si les relations commerciales concernant les grandes marques doivent se clôturer le même jour, il reste prudent quant à leurs résultats. Selon lui, bien que certaines entreprises aient reconduit leur prix de 2015 pour 2016 (marché intérieur), « le sujet ne sera pas fi ni ce soir ». Les négociations sur les marques de distributeurs et premier prix, un marché conséquent, doivent encore revenir régulièrement sur le tapis tout au long de l'année. « Les pouvoirs publics ont compris que certains industriels étaient en train de se garder les marges », explique-t-il au sujet de l'intérêt de la charte laitière de valeur. « Elle a permis de focaliser sur les sujets » qui posent problème et « d'alerter les pouvoirs publics », estime-t-il avant de conclure : « Les producteurs sont excédés. Surtout quand ils voient que certains industriels ont des résultats bien meilleurs en 2015 alors qu'eux sont en train de signer pour des années blanches ».
Stéphane Le Foll annonce une boite à outils pour les achats publics en restauration collective
Stéphane Le Foll a annoncé sur le site internet du ministère de l'Agriculture, le 29 février, la création d'une boîte à outils pour la restauration collective afi n de « favoriser l'approvisionnement local et la qualité ». Il s'y était engagé, il y a presque un an, lors des tables rondes réunissant les fi lières viande bovine et lait. Cette boite à outil, utilisable en juillet prochain, regroupera des fi ches techniques et méthodologiques, trois guides et des formations. Le 17 février, un guide intitulé Favoriser l'approvisionnement local et de qualité en restauration collective avait déjà été publié sur le site du ministère. Dans les fi lières lait et viande, le syndicalisme majoritaire prône l'approvisionnement français de la restauration hors domicile, notamment des collectivités publiques, un marché conséquent pour ces deux fi lières et dont les appels d'offre dépendent de l'Etat. « Cela dépend des élus », note un membre d'une de ses fi lières qui explique qu'entre ce que décide le gouvernement et ce qu'appliquent les élus locaux, il y a parfois un décalage. Reste, selon lui, à mettre la pression sur ces élus et « la restauration hors foyer ne pourra que suivre la démarche ». Les appels d'offre ne peuvent, afi n de respecter la libre concurrence européenne, privilégier explicitement l'origine d'un produit dans leur contenu.
« Les producteurs sont excédés. Surtout quand ils voient que certains industriels ont des résultats bien meilleurs en 2015 alors qu'eux sont en train de signer pour des années blanches »
MARDI 1ER MARS
Prix du lait : « la course à la baisse des prix » serait enrayée selon Stéphane Le Foll
Les négociations commerciales annuelles qui se sont terminées le 29 février, se seraient conclues sur un accord de stabilité pour le prix du lait. « Je suis incapable de vous dire quel est le niveau de prix fi xé, puisque ce n'est pas moi qui le fi xe », a témoigné Stéphane Le Foll au micro d'Europe 1 le 1er mars. Cependant « l'engagement qui avait été demandé par le gouvernement à la grande distribution et aux industriels de stopper la course à la baisse des prix a semble-t-il […] été tenu », a ajouté le ministre de l'Agriculture. Il a par ailleurs estimé que le fait que Lactalis ne publie pas ses comptes n'était « pas normal » et qu' « une loi » allait permettre à ce sujet « de renforcer les sanctions ».
Blé : McDonald's pérennise sa contractualisation jusqu'à la récolte 2018
« L'engagement qui avait été demandé par le gouvernement à la grande distribution et aux industriels de stopper la course à la baisse des prix a semble-t-il […] été tenu », assure Stéphane Le Foll
McDonald's a pérennisé le 1er mars la contractualisation dans sa fi lière blé jusqu'à la récolte 2018, avec comme nouveau partenaire la coopérative Terris Union. La chaîne de fast-food a signé avec les coopératives Valfrance, France Gâtinais Céréales, Axéréal et Terris Union un nouvel accord concernant l'achat de 17 000 t de blé à prix fi xe pour les récoltes 2017 et 2018. Cette contractualisation pluriannuelle repose sur un prix de 185€/t équivalent Matif, contre 180€/t lors du lancement en 2012. Une prime de 15€/t (contre 7 €/t) y est associée, à condition de réduire l'impact de la fertilisation azotée, des phytos, de favoriser le maintien de la biodiversité et de mettre en place des indicateurs relatifs à l'environnement. « On double le montant de la prime pour la récolte 2016 afi n de favoriser les bonnes pratiques et les indicateurs de suivi », a déclaré Rémi Rocca, directeur Achat, Qualité et Logistique chez McDonald's. Tous les agriculteurs sous contrat doivent notamment calculer leur IFT (Indice de fréquence de traitement). Autres obligations : utiliser des outils d'aide à la décision en matière de fertilisation azotée, de phytos, tester des pratiques nouvelles et innovantes. Agra Presse