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Bière/Stratégie En élargissant son offre, la brasserie Castelain vise l’export

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Réputée pour sa bière du Ch’ti bien connue au nord de Paris, la brasserie Castelain passe la vitesse supérieure. Elle s’est fixée comme objectif d’atteindre les 50 000 hectolitres en 2009, soit dix fois plus qu’il y a trente ans. La PME de la région de Lens, qui table sur un chiffre d’affaires de 6 millions d’euros en 2007, vient de lancer coup sur coup deux nouveaux produits : une bière bio destinée à la chaîne britannique Sainsbury et une nouvelle bière de spécialité, la Maltesse. La brasserie Castelain élargit ainsi son offre commerciale et vient de se hisser en 7 position des brasseries françaises dans un marché de la bière toutefois de plus en plus difficile.

Elles ne sont plus qu’une poignée de brasseries françaises à défendre bec et ongle leur indépendance. La brasserie Castelain fait partie de celles-là. « On a réussi à échapper aux fermetures et on espère rester indépendant le plus longtemps possible », expliquent Annick et Yves Castelain. En 1978, ils ont succédé à Roland Castelain, leur père, à la tête de cette petite affaire familiale implantée en plein cœur du bassin minier lensois et qui a construit sa réputation sur la fameuse « Ch’ti ». Même si Yves Castelain a déjà été approché voici quatre ans, il tient plus que tout à l’indépendance de sa brasserie. « Ce n’est pas la peine d’avoir mouillé la chemise pendant 36 ans pour sortir de cette façon-là », insiste t-il.

Avec la brasserie des Enfants de Gayant de Douai (59), la brasserie Duyck à Jenlain (59), et la brasserie Saint-Sylvestre à Saint-Jans-Cappel au cœur de la Flandre française, la brasserie Castelain compte parmi les dernières représentantes des brasseries françaises historiques et indépendantes. Sur son site de Bénifontaine (62), elle devrait brasser 40 000 hectolitres de bière en 2007. Mais, désormais, ses capacités de production lui permettraient d’en brasser 10 000 hl de plus. Avec 30 salariés, elle se place ainsi au 7 e rang des brasseries françaises et a réalisé 5,2 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2006 (+3 %).

Créée en 1926, propriété de la famille Castelain depuis 1966, l’entreprise a donné naissance en 1978, sous la houlette de Yves et Annick Castelain, à « un produit qui correspond aux goûts des consommateurs et qui leur apporte du plaisir », la Ch’ti, qui a eu aussitôt les faveurs des consommateurs, même si le prix proposé était supérieur de 30 % !

Depuis cette date, la brasserie a conduit son développement sur ce seul produit qui a été décliné en blonde, ambrée, brune, blanche et spéciale et qui représente désormais 80 % des volumes fabriqués comme du chiffre d’affaires. Depuis 1986, Castelain produit également la Jade, la première bière biologique française.

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Sortir d’une image trop régionale

Aujourd’hui, l’entreprise familiale change de braquet, développe son offre commerciale et vient d’annoncer coup sur coup la mise sur le marché de deux nouveaux produits. Depuis quelques jours, elle fournit une bière bio dénommée « la Sainsbury’s SO organic french lager » aux magasins de la chaîne britannique Sainsbury et prévoit d’en commercialiser entre 1 000 et 2 000 hl par an. Et le 30 mai elle lance en GMS une nouvelle bière à la marque Maltesse, qui se positionne sur le créneau des bières apéritives (elle titre 7,7 degrés d’alcool). Ce nouveau produit permet surtout à la brasserie de Bénifontaine de s’affranchir d’une marque – la Ch’ti – fortement ancrée sur une région et d’élargir son offre commerciale pour s’implanter sur 87 % du territoire français, via la grande distribution. Actuellement, la grande distribution représente la moitié des volumes commercialisés et le hors domicile 30 %. 13 % des volumes sont vendus à l’export et 7 % dans la boutique de la brasserie. « Cela fait trois ans que nous avions le désir de lancer un nouveau produit dans le créneau des bières de spécialité », explique Yves Castelain. « Avec un taux de développement de 7 % par an, c’est le seul segment qui tire le marché de la brasserie française », ajoute-t-il.

« Nous avions un plan d’investissement stratégique de l’ordre de 20 % de notre chiffre d’affaires sur la période 2003-2006 », explique le brasseur. Selon Alain Lemenu nouveau directeur commercial depuis septembre 2006, l’entreprise devrait « produire 1000 hl de Maltesse dès la première année et atteindre les 3 à 5000 hl d’ici trois ans ». Un objectif ambitieux quand on sait que la Goudale, le produit phare d’un des concurrents français, aura mis dix ans pour produire ses 10 000 hl. « On a encore beaucoup à faire à l’exportation », souligne Alain Lemenu qui compte sur la nouvelle bière pour développer les ventes hors de France.

(1) Il faudrait ajouter également à cette liste la brasserie Météor implantée à Hochfelden en Alsace.