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Lait En Europe, la modération de la collecte se fait attendre

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Partie sur les chapeaux de roues au 1er semestre, la collecte de lait commence à décélérer en France, et en Europe. Elle reste néanmoins supérieure aux débouchés, constate l'Institut de l'élevage. Le syndicat European Milk Board (EMB) demande une baisse de la production laitière européenne de 2 à 3%. En France, la FNPL demande toujours une « vraie » politique laitière européenne pour l'après quotas.

L A collecte de lait a commencé à décroître en France et en Europe fin 2014, indique l'Institut de l'Élevage dans une note de conjoncture, parue le 13 janvier. Pas assez vite au goût du syndicat de producteurs de lait European Milk Board (EMB) qui demande une baisse de la production laitière européenne de 2 à 3% « afin de réaligner l'offre sur la demande », dans un communiqué paru le 15 décembre. L'EMB estime que « la menace d'un tsunami laitier plane à nouveau », et remarque que « partout en Europe les prix dévissent. En Belgique, aux Pays-Bas, en Irlande, en France, les prix ont dégringolé sous la barre des 30 centimes en ce début d'année ».

Collecte en hausse de 5,5% en France

De leur côté, les producteurs français commencent, en effet, à décélérer après d'importantes collectes en début d'année. En octobre et novembre, les collectes françaises n'étaient respectivement supérieures que de 2,5% et 1% à celles de 2013, alors qu'en septembre elle était encore supérieure de 7%. En décembre, la collecte aurait même retrouvé son niveau de 2013, affirme l'Institut de l'Élevage, selon des sondages de FranceAgriMer. « Les laiteries, en prise avec un marché déprimé, cherchent à limiter leur collecte », expliquent les analystes. Sur l'ensemble de l'année, la collecte devrait tout de même atteindre 25,3 Mt, soit un surplus de 1,3Mt par rapport à 2013 (+5,5%). « Mais après une année 2013 de recul où l'on avait perdu 550 000 litres », rappelle Gérard You, chef du service conjoncture laitière à l'Institut de l'élevage.

Plusieurs pays ne ralentissent pas

A l'échelle européenne, la collecte ralentit mais « reste supérieure aux débouchés », constate l'Institut de l'élevage. La collecte d'octobre était encore supérieure de 3% à celle de 2013. Tous les pays n'appuient pas, comme la France, sur le frein en cette fin d'année. Le Royaume-Uni (+5% en novembre), la Pologne (+6% en octobre), l'Irlande, l'Espagne et la Belgique (+4% en octobre) ne fléchissent pas. Pour l'EMB, « la présente conjoncture démontre que les instruments actuels (...) s'avèrent inadaptés à la gestion de crises graves ». Même constat en France, de la part du syndicat majoritaire, la FNPL.

La collecte américaine prend le relais de la collecte européenne

SI la collecte européenne a décéléré fin 2014, « la collecte américaine a pris le relais », remarque l'Institut de l'élevage une note de conjoncture Tendances, parue le 13 janvier. Timide en début d'année en raison de limitations climatiques, sa progression s'est accélérée cet été, et a atteint +3,5% entre juillet et novembre. « Rien ne garantit un ralentissement sensible à court terme », estiment les analystes. En effet, le ratio prix du lait / prix de l'aliment reste aux Etats-Unis à « un niveau record, toujours très incitatif ». La collecte de Nouvelle-Zélande s'est maintenue en progression de près de 5% par rapport à 2013. Mais la révision des prix, annoncée par la coopérative Fonterra, pourrait ralentir la croissance sur la seconde moitié de campagne 2014-2015. En Australie, la collecte s'est nettement redressée en 2014 (+5% en septembre et octobre), et il semble, selon l'Institut, que « la menace de la sécheresse dans le sud-est du pays se soit atténuée avec les précipitations de décembre». Globalement, la collecte cumulée des 5 principaux exportateurs mondiaux affiche une hausse de 4% par rapport à 2013 sur les dix premiers mois de l'année.

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Etats-Unis : plus de la moitié des producteurs laitiers souscrivent au programme de couverture des marges

PLUS de la moitié de des exploitations laitières des Etats-Unis (plus de 23 000) ont souscrit au programme de protection des marges mis en place dans le cadre du Farm bill entré en vigueur en 2014 (1). « Ce nombre d'inscriptions pour la première année d'entrée en application a dépassé largement nos attentes », s'est félicité le secrétaire américain à l'agriculture Tom Vilsack. Le département américain de l'agriculture (USDA) a mené de nombreuses actions de communication pour convaincre les éleveurs de rejoindre ce dispositif volontaire. Il fournit une aide financière aux agriculteurs participants lorsque leur marge – la différence entre le prix du lait et des aliments frais – tombe sous le niveau de couverture choisi par l'agriculteur. Les éleveurs peuvent choisir de couvrir entre un minimum de 25% de leur production annuelle et un maximum de 90% et également opter pour un niveau de couverture supérieur, moyennant des cotisations plus élevées. Plus de la moitié des demandeurs ont choisi une couverture plus élevée que le niveau de base. Les éleveurs dont la production annuelle augmente plus fortement que la moyenne nationale (qui progresse d'environ 1,5% par an) ne peuvent pas bénéficier de ce système d'assurance.

(1) Voir n° 3433 du 03/02/2014

La FNPL demande une « vraie politique laitière »

« Nous attendons de l'Europe qu'elle nous dise qu'une politique laitière est indispensable », a rappelé le président de la FNPL, Thierry Roquefeuil, lors des vœux à la presse du syndicat spécialisé, le 13 janvier. « Tous les grands bassins de production ont une vraie politique laitière à part l'Europe. » Ces divergences de trajectoire en Europe ne sont pas nouvelles. Sur la période 2005-2014, les Pays-Bas, l'Allemagne et le Danemark enregistrent une hausse de production à deux chiffres, tandis que la hausse en France atteint « seulement » 8%.