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Arnaud Montebourg, président des Équipes du Made in France « En France, il n’y a pas d’investisseurs agricoles »

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Après Bleu Blanc Ruche et la Compagnie des amandes, l’ancien ministre du Redressement productif et célèbre promoteur du Made in France, Arnaud Montebourg, va créer une entreprise de commercialisation de glaces à la ferme intitulée la Compagnie des glaces paysannes, dont il dévoile les contours à Agra Presse. Sur le même modèle original qu’il développe en amandiculture, cette société investira aux côtés des agriculteurs, cette fois dans des outils de transformation du lait. Reconverti dans le secteur agricole depuis deux ans, l’ancien député de Saône-et-Loire en livre, au passage, sa vision et défend notamment les vertus d’une ouverture des exploitations aux investisseurs.

Après Bleu Blanc Ruche et la Compagnie des amandes, l’ancien ministre du Redressement productif et célèbre promoteur du Made in France, Arnaud Montebourg, va créer une entreprise de commercialisation de glaces à la ferme intitulée la Compagnie des glaces paysannes, dont il dévoile les contours à Agra Presse. Sur le même modèle original qu’il développe en amandiculture, cette société investira aux côtés des agriculteurs, cette fois dans des outils de transformation du lait. Reconverti dans le secteur agricole depuis deux ans, l’ancien député de Saône-et-Loire en livre, au passage, sa vision et défend notamment les vertus d’une ouverture des exploitations aux investisseurs.

Votre arrivée dans l’agriculture a pu surprendre. Qu’est-ce qui vous a attiré ?

C’est une histoire personnelle d’abord. On ne peut entreprendre que dans les endroits qui suscitent votre curiosité, que vous aimez. Je ne suis pas issue d’une famille d’agriculteurs mais d’une famille de bouchers-charcutiers. Mon grand-père allait acheter ses vaches lui-même avec son tube Citroën et il m’emmenait. Mon histoire, c’est d’abord l’histoire d’une vie rurale avant d’être envoyé à Paris pour mes études.

Ensuite, j’ai été élu en Saône-et-Loire, dans la Bresse bourguignonne. La plus grande ville avait 6 000 habitants. J’ai donc toujours été mêlé au monde agricole et rural. Les concours de labour, les comices agricoles et les assemblées générales de la FDSEA ne me sont absolument pas inconnus. Pendant mes mandats, avant d’être au gouvernement, j’ai vu l’affaissement lent de l’agriculture française avec ses souffrances et ses déceptions.

Vous semblez alarmiste, mais le chiffre d’affaires de la Ferme France est relativement stable sur le long cours, et partagé par moins d’agriculteurs.

Les chiffres de l’agriculture française sont alarmants. Certes, le système coopératif a assuré la résistance mais il y aurait 20 % de la surface agricole utile qui n’est pas cultivée aujourd’hui, 60 000 fermes en quasi-faillite*. Sans l’État et le Crédit Agricole, elles seraient en redressement judiciaire. Par ailleurs, nous subissons des défaites à l’exportation de plus en plus fortes. Il n’y a plus de politique agricole commune digne de ce nom. Les paysans européens, et donc français, ont été mis sur les marchés mondiaux, alors que leurs facteurs de production ne sont pas compétitifs. La structure foncière liée à la polyculture familiale, c’est-à-dire les pays de bocage, n’a aucune chance d’entrer dans une compétition mondialisée.

Le nombre d’agriculteurs disparus est le signe de la mauvaise santé de l’agriculture. Un secteur en croissance devrait recruter de la main-d’œuvre, développer ses capacités de production, avoir des prix en hausse. Or, les prix stagnent, les revenus baissent et la consolidation augmente contre la nature et l’histoire de la géographie française. Reconnaissons-le.

Comment vos actions d’entrepreneur s’inscrivent-elles dans ce contexte ?

C’est un projet de société. C’est de la politique par d’autres moyens. Mon choix a été de construire des nouveaux modèles économiques dans l’agriculture. Nous innovons en partageant la valeur avec le producteur et l’agriculteur en contrepartie de bénéfices qualitatifs offerts aux consommateurs et de garantie, de traçabilité qu’il ne peut pas avoir aujourd’hui dans les produits agroalimentaires.

J’ai toujours défendu des stratégies de valorisation des produits agricoles car ils ne sont pas assez payés. C’est le seul secteur où l’on travaille gratuitement. C’est impossible et inadmissible. Le circuit court a une valeur dans la tête du consommateur. Il est prêt à le payer.

Quel est le point commun entre les trois entreprises dont vous êtes le président ?

Notre modèle économique est toujours le même. Nous avons décidé de créer une sorte de société d’entraide économique entre le consommateur et le producteur, à la façon dont a procédé Nicolas Chabanne, auquel je rends toujours hommage car il a été pionnier dans le lait avec C’est qui le patron.

Les producteurs restent maîtres chez eux. Nous n’achetons pas la terre ni ne prenons le contrôle de l’exploitation. Ce n’est pas un contrat mais une association en capital. Nous investissons ensemble. Lui apporte son travail, nous le capital. Puis, ensemble nous partageons les fruits de la valorisation du circuit court.

Quels en sont les bénéfices ?

Nous payons mieux nos apiculteurs, nos arboriculteurs parce que nous nous associons avec eux. Nous partageons à 50 à 50 avec l’agriculteur, le bénéfice de ses investissements et du travail au lieu de lui acheter au prix du marché. Le prix mondial de l’amande est à 5 euros et nous avons déjà des demandes pour acheter nos amandes françaises à 10 euros le kilo. Dans le miel c’est la même chose.

Ce modèle ne risque-t-il pas de ne pas être compétitif ?

Mais nous ne faisons pas la compétition mondiale. Nous défendons des prix décorrélés des prix mondiaux ; donc antimondialisation. Il y aura de l’amande française pour ceux qui veulent de l’amande « made in France ». Nos prix seront élevés et permettront de rémunérer les producteurs.

Ce qui est original, c’est que vous investissez directement dans le capital des exploitations agricoles. Qu’est-ce que ce modèle apporte à l’agriculture ?

Premier avantage, sortir l’agriculteur de sa solitude. Deuxième avantage, limiter l’endettement puisque l’on investit en fonds propres. Troisièmement, l’investisseur ne capture pas la valeur. Il la partage et rémunère le travail. Il est incompréhensible que l’agriculteur veuille continuer à travailler seul dans le monde actuel.

Qui sont vos investisseurs ?

Beaucoup d’étrangers qui aiment la France.

N’est-ce pas antinomique de faire du made in France avec des investissements étrangers ?

En France, il n’y a pas d’investisseurs agricoles. Donc nous n’avons pas d’outils. Et les étrangers veulent investir. Comme nous n’achetons pas la terre, il n’y a pas de risque de prise de contrôle et nous veillons à équilibrer le capital entre les différents actionnaires.

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Face à l’auditoire du LFDay en juin, vous avez annoncé un développement rapide du commerce équitable. Qu’est-ce qui vous fait penser que ce marché va sortir de l’état de niche ?

Je ne crois pas que ce soit une niche. Bout à bout, cela ressemble plutôt à un immeuble. Par ailleurs, nous sommes en plein bouleversement de la relation avec la nourriture. Il y a un mouvement de plus en plus important de prise de conscience que les agriculteurs ont été amenés dans des situations qui aujourd’hui sont des impasses économiques et sociétales. Les agriculteurs sont eux-mêmes en train d’évoluer.

C’est une bonne chose puisque les consommateurs font de plus en plus attention aux conditions de production et de fabrication des produits. Il y a aujourd’hui une sorte de nouvelle alliance qui est en train de se construire entre l’agriculteur et le consommateur. Nous pouvons le voir avec l’explosion de vente directe, l’épidémie de conversion vers le bio, l’usage de l’application Yuka, la valorisation des produits bio parfois au-delà du raisonnable qui trouve pourtant un acheteur.

Tout cela, construit un phénomène de transition alimentaire. Ce mouvement, je pense, va aboutir à une remontée structurelle des prix agricoles en contrepartie de la qualité.

N’est-ce pas injuste que certains agriculteurs soient mieux payés que d’autres grâce au commerce équitable, pour le même travail effectué ?

Ce n’est pas le même travail car il y a des contreparties à la rémunération. On monte en gamme. Sur les amandes, l’objectif est qu’à terme tout le verger soit biologique. Sur le modèle Bleu Blanc Ruche, il y a un engagement de développement du cheptel.

Le seul produit actuellement disponible est le miel. Où en êtes-vous ?

Bleu Blanc Ruche, c’est 45 apiculteurs sous contrat en France. En 2018, nous avons acheté 94 tonnes de miel. Le chiffre d’affaires était de 142 000 euros. Cette année, il devrait être compris entre 400 000 et 500 000 euros. Pour une deuxième année, c’est une très bonne progression.

Lors du LFDay, vous avez annoncé investir dans des glaces bio. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Avec la Compagnie des glaces paysannes, nous allons créer une myriade d’ateliers décentralisés de fabrication de glace chez les éleveurs.

Avec un important réseau de boulangerie japonais, nous avons décidé d’investir dans les glaces bio. Selon le même modèle que Bleu Blanc Ruche et la Compagnie des amandes, nous nous associons avec des éleveurs laitiers bio et les rémunérerons pour leur travail. Nous achèterons leur lait 80 centimes. Et nous installons des sorbetières directement dans les fermes. La Compagnie de glaces paysannes se charge ensuite de référencer le produit auprès de la grande distribution et nous partagerons le résultat de la vente avec les agriculteurs. Les distributeurs sont très intéressés.

Sous la direction technique d’un meilleur ouvrier de France maître glacier, nous allons former nos agriculteurs à fabriquer la glace sur place. Tous les additifs chimiques sont éliminés. La première ferme en cours de test est dans l’Yonne. La marque sera bientôt lancée.

Et demain ?

De nouveaux projets. Mon objectif est de changer le cours des choses. Et de montrer que c’est possible dans tous les secteurs de l’alimentation. Maintenant, une entreprise naissante c’est modeste. Toutefois nous espérons aller plus loin. Nous avons en préparation d’autres projets dans l’agriculture car il y a appétit de l’investissement pour ce secteur.

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* absence de source

« J’ai vu l’affaissement lent de l’agriculture française »

« Nous ne faisons pas la compétition mondiale »

« Nos investisseurs sont beaucoup d’étrangers qui aiment la France »

Biodiversité : les vertus de Bleu Blanc Ruche contestées par des chercheurs

« Mettre plus de ruches, c’est aussi augmenter la concurrence entre les abeilles domestiques et les abeilles sauvages, ainsi que les autres pollinisateurs », expliquait, au Monde, Bertrand Schatz, chercheur au CNRS et directeur du groupement de recherche Pollinéco qui réunit 130 chercheurs français spécialistes de la pollinisation. Il critiquait ainsi l’une des missions portées par la société Bleu Blanc Ruche d’augmenter significativement le nombre de ruches en France. Selon le chercheur cela « risque d’aggraver un peu plus le déclin de la biodiversité ». Un argument qu’Arnaud Montebourg balaye, le 18 septembre interrogé par Agra Presse. « C’est un débat théorique mais non pratique, réagit-il. Vu la disparation du nombre d’insectes, le sujet ce n’est pas de savoir si la renaissance d’une apiculture va chasser l’autre mais de savoir comment les abeilles, qu’elles soient domestiques ou sauvages, renaissent ». Un argumentaire que partageraient des chercheurs du Muséum d’histoire naturelle, assure l’ancien ministre.