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Consommation En Inde, le végétarisme est une pratique minoritaire

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Le végétarisme est pratiqué par une minorité de la population indienne, plutôt issue des hautes castes, explique le géographe Michaël Bruckert. Ce chercheur au Centre d'études de l'Inde et de l'Asie du Sud rappelle que 80% de la population indienne n'est pas végétarienne, et que parmi elle, 20% mange de la viande bovine. En Inde, manger de la viande, c'est essentiellement « un truc de pauvre ».

C'est seulement au Ve siècle avant JC, sous la pression de cultes concurrents (bouddhisme, jaïnisme...) opposés au sacrifice des animaux, que les leaders du culte hindouiste, les brahmanes, sont devenus végétariens, et avec eux, le haut de l'échelle sociale de la société hindoue indienne, a expliqué le géographe Michaël Bruckert (CNRS / EHESS), lors du colloque « Des animaux et des hommes », le 27 novembre à Paris. L'Inde n'est pas majoritairement végétarienne. Au contraire, c'est plutôt un fait minoritaire. 80% de la population indienne est non végétarienne, et parmi elle, 20% mange de la viande bovine.

La viande : un marqueur de classe et de caste

Contrairement à l'Europe, le végétarisme est, en Inde, moins un devoir moral qu'un marqueur de classe et de caste, explique le chercheur. « On trouve des végétariens en haut de l'échelle sociale et ceux qui mangent de la viande bovine en bas de l'échelle sociale, explique-t-il. Il apparaît même normal pour les hautes castes que les basses caste, considérées comme impures, mangent de la viande ». La consommation de viande bovine se retrouve chez « les intouchables, les musulmans et les chrétiens qui mobilisent cette pratique à des fins identitaires et à l'encontre des hautes castes, considérées comme dominantes ou hégémoniques ».

Tous les bovins terminent à l'abattoir

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Qu'en est-il de l'abattage des bovins et des buffles ? Les premiers sont considérés comme sacrés – ce qui n'empêche pas les éleveurs hindous de les revendre aux bouchers musulmans – et les seconds comme « sales », explique le Michaël Bruckert. Globalement « tous les bovins terminent à l'abattoir », assure-t-il. La Constitution de l'Etat fédéral, et en particulier l'article 48, prône « la compassion pour les animaux ». Il s'agît d'orientations, de directives à l'intention des Etats-régions. Ces directives n'ont d'ailleurs « rien à voir avec l'hindouisme », mais plus avec un argumentaire agronomique héritier de l'époque coloniale, et elles sont appliquées de façon très diverses selon les Etats. Cette réglementation multiforme engendre pour les bovins, de longs transports, dans des conditions souvent déplorables, à destinations des régions où l'abattage est le plus libre, notamment vers le Kérala, au sud du pays.

La viande bovine est issue d'animaux de réforme

L'originalité de la viande bovine indienne, c'est qu'elle issue uniquement d'animaux de réforme, qu'ils aient travaillé à la production laitière ou aux travaux des champs. Ce n'est pas, par exemple, le cas du poulet, dont la production de chair en Inde s'est largement développée et industrialisée ces dernières années. Contrairement aux bovins, « la consommation du poulet s'est sécularisée, explique le chercheur. Le poulet est devenu une substance, une protéine, dans laquelle on investit désormais de nouvelles symboliques, comme la modernité ». Et de conclure qu'il n'y a rien de figé dans le statut des animaux, et que si l'extension des circuits économiques érode, en Inde, certaines significations rituelles, elle ouvre aussi de nouveaux horizons.