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En Italie aussi, le loup fait débat

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En Italie, si le loup n’a jamais disparu, l’animal colonise de nouveaux territoires, notamment dans le nord du pays, ce qui est source de conflit. Pourtant, le débat est moins enflammé qu’en France, et les éleveurs cherchent à faire de la pédagogie.

Mère nourricière de Romulus et Remus, la louve tient une place centrale dans la mythologie de la capitale italienne, qui doit sans doute jouer un rôle dans la relation entre l’homme et l’animal sur la péninsule. Contrairement à la France, le loup ici n’a jamais disparu ; il a toujours fait partie du paysage des éleveurs. Mais le prédateur a proliféré ces dernières années, mettant en péril l’équilibre entre faune sauvage et élevage. La population atteindrait 1 800 individus, sans compter les « hybrides » (croisement de loups et de chiens errants, nombreux en Italie). Ainsi les attaques se sont multipliées sur toutes les zones montagneuses : Piémont, Emilie-Romagne, Abruzzes, Marches…

Améliorer la protection et les indemnisations

Une situation qui a contraint Coldiretti, le syndicat agricole majoritaire (de centre droit), à tirer la sonnette d’alarme, parlant « de carnage dans l’indifférence générale », ce qui a permis l’adoption par le Parlement italien d’un plan loup en 2016. « Nous attendons maintenant que les énergies positives qui se sont mobilisées à cette occasion se traduisent par un engagement concret, avec des systèmes de défense appropriés et un remboursement rapide et proportionné des dommages, sans "si" ni "mais" », poursuit Coldiretti. Le loup cause d’autant plus de dégâts quand il colonise des territoires nouveaux et rencontre ainsi des éleveurs qui n’avaient pas ou plus l’habitude de s’en protéger et se retrouvent dépourvus. « Le loup rend le pastoralisme plus onéreux et plus complexe », résume le syndicat.

« Tu aimes les loups ? Adopte un berger »

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Les abattages de régulation ont été proposés dans le nouveau plan loup, mais sans être mis en application pour l’instant car ils ont provoqué un véritable tollé chez les écologistes. Les syndicats agricoles, eux, jouent plutôt la modération et cherchent un compromis constructif. Coldiretti a lancé l’an passé une opération de crowdfunding « ami i lupi, adotta un pastore », littéralement « si tu aimes les loups, adopte un berger ». Il s’agit d’une collecte de fonds qui offre la possibilité aux amis des loups (touristes, écologistes) de s’impliquer concrètement dans la vie du berger. Les contributeurs recevront des produits du terroir ou seront accueillis sur la ferme.

Une occasion de renouer le dialogue car souvent, les écologistes ont des positions radicales, à l’instar d’Alessandro, propriétaire d’une structure touristique d’altitude dans les Abruzzes. « Le loup ne fait quasiment aucun dégât et quand c’est le cas, les éleveurs sont remboursés. Les chasseurs détestent le loup bien plus que les agriculteurs », assure-t-il, avant d’accuser à demi-mot certains éleveurs peu scrupuleux d’offrir aux loups des bêtes malades afin de pouvoir se faire indemniser. Bref, le chemin est sans doute encore long pour réconcilier agriculteurs et écologistes. Et c’est bien tout l’enjeu de cette opération qui démarre timidement. « Car avant le volet financier, c’est d’abord un moyen de communiquer et de sensibiliser l’opinion sur les difficultés de la vie de berger », conclut Massimiliano Volpone, directeur de Coldiretti à L’Aquila.

Coldiretti a lancé une opération de crowdfunding auprès des amis des loups pour s’impliquer dans la vie des bergers