L'Arabie Saoudite ne cherche plus à atteindre l'autosuffisance alimentaire. L'irrigation, soutenue par les pétrodollars, a épuisé la quasi-totalité des ressources en eau, élément indispensable pour cultiver les terres arides du pays.
« L'Arabie Saoudite va supprimer totalement les aides à la culture du blé à partir de 2016 », explique Eckart Woertz, chercheur senior au Barcelon Center for International Affairs. Même avec des subventions, cultiver en Arabie Saoudite est un gouffre financier. Un banquier saoudien, Lilel Hadj, a fait le calcul du coût de production d'une tonne de blé en Arabie Saoudite, explique Matthieu Brun, chercheur en politiques agricoles et alimentaires à l'Iddri (1). « Sur la période 1984-2000, elle coûtait 790 euros contre 95 euros en Europe », poursuit-il. Cette différence est liée aux conditions de production extrêmement défavorables sur la péninsule arabique. Les difficultés pour s'approvisionner en eau et développer les systèmes d'irrigation ont pénalisé dès le départ l'agriculture saoudienne. « À partir des années 1970, le royaume donnait des aides aux familles des différentes provinces pour qu'elles développent les systèmes d'irrigation et l'agriculture », relate Matthieu Brun, rappelant qu'à l'origine, c'était aussi pour fixer les bédouins qui transhumaient à travers le désert avec leur troupeau en leur donnant du travail « sédentaire ». L'électricité pour faire fonctionner les motopompes, les crédits bonifiés, les machines agricoles… tout cela était payé par la rente pétrolière « redistribuée ». Les provinces du Nord et de l'Est du pays ont été les plus grandes bénéficiaires de ces aides. Même aujourd'hui, ce sont les régions où subsiste l'agriculture à grande échelle. Cette dernière s'est construite par concentration et agrandissement des multiples fermes dirigées par les tribus des différentes provinces. L'objectif du Royaume était devenu par la suite très clair : atteindre l'autosuffisance alimentaire. En 1992, l'Arabie Saoudite est devenue exportatrice de blé. « Le pays était au 4e rang mondial des pays exportateurs. Il n'avait même pas assez de capacité de stockage », souligne le spécialiste.
Marche arrière forcée
Le système a fonctionné tant que la ressource en eau était disponible. Sauf qu'elle ne l'était pas. « L'Arabie Saoudite a sérieusement épuisé ses ressources en eau fossile pour son agriculture irriguée », assure Eckart Woertz. D'autant que l'irrigation de l'agriculture utilise les deux tiers de l'eau fossile, selon les experts. A partir de 2003, l'eau et l'agriculture sont devenues un problème public. Les ministères concernés regrettaient que tout l'argent soit dédié à l'achat du blé local par l'Etat et à l'approvisionnement en eau. L'agriculture saoudienne sous perfusion de subventions et d'irrigations ne convainc plus. « En 2008, le ministère de l'Agriculture arrête d'acheter le blé produit localement à prix préférentiels », expliquent Matthieu Brun. L'Arabie Saoudite n'a plus pour objectif d'atteindre l'autosuffisance alimentaire.
La nouvelle stratégie du pays pour subvenir aux besoins alimentaires viendra de l'extérieur (3). Et pour ce qui est de l'agriculture entre les frontières du pays, les autorités entendent se concentrer sur des productions à haute valeur ajoutée. « Il s'agit de la production laitière et des fruits et légumes », conclut le spécialiste.
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(1) institut du développement durable et des relations internationales
(2) organisation des nations unies pour l'agriculture et l'alimentation
(3) voir l'article du même numéro « Almunajem prend 25% du capital de Doux »