« Une première bête a été abattue [le 25 février] dans un abattoir mobile en Loire-Atlantique », a annoncé Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne, à Agra Presse le 26 février. L'animal concerné – une vache – a été abattue dans un caisson mobile en présence des services vétérinaires. Contrairement à un abattoir mobile complet (installé dans un camion), le caisson permet de réaliser uniquement la mise à mort et la saignée. La bête est ensuite transportée " en peau " vers un abattoir de proximité, où elle est découpée.
Au niveau national, Nicolas Girod fait état d'au moins « 20 à 25 projets d'abattage mobile en cours, à des degrés d'avancement divers ». La très grande majorité de ces projets passe par l'utilisation d'un caisson.
C’est la loi Egalim qui a instauré l'expérimentation de l'abattage mobile, jusqu'en 2023, sous l’égide de la DGAL (ministère de l'Agriculture). Le décret d'application 2019-324 du 15 avril 2019 est ensuite venu préciser ses modalités et son évaluation.
Pas encore d'agrément de la DGAL
À l’heure actuelle, « aucun agrément n’a encore été reçu », affirme Émilie Jeannin, éleveuse et représentante de la Confédération paysanne à Interbev (interprofession). Elle-même porte un projet de camion d’abattage mobile avec 150 éleveurs en Côte-d’Or. Regroupant plusieurs associations de producteurs, cette démarche vise à proposer aux agriculteurs un « service clé en main » allant jusqu'à la commercialisation, sous la marque Le Bœuf éthique. « Nous n'avons pas encore de date de démarrage », explique l'éleveuse, qui compte sur des financements publics pour lancer son projet.
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L'abattage mobile fait encore face à plusieurs freins, techniques et sanitaires notamment. Même si plusieurs pays européens pratiquent déjà cette forme d'abattage, les producteurs français ne souhaitent pas calquer ces méthodes mais bien « se les approprier », selon Nicolas Girod. Quant au cadre sanitaire, il fait l'objet d'une « co-construction avec le ministère », se félicite le porte-parole de la Conf'. Le principe ? « Les objectifs [sanitaires] sont les mêmes que pour les abattoirs fixes, mais les moyens sont adaptés aux volumes. »
Modèle économique alternatif
Là où le bât blesse, c'est du côté économique. La rentabilité de l'abattage mobile est encore « compliquée », reconnaît Nicolas Girod, qui plaide pour « un appui politique et réglementaire ». « Le plus compliqué, c’est de trouver des fonds publics » pour accompagner les projets, confirme Émilie Jeannin. « L’État a pris une loi, mais ne nous donne pas les moyens de mener l’expérimentation. On ne demande pas de tout financer, mais de montrer un signe fort », martèle l’éleveuse bourguignonne.
« Nous devons respecter les mêmes normes que les abattoirs fixes, mais nous n’avons pas accès aux mêmes aides », regrette-t-elle, déplorant des « pressions » de la part des acteurs historiques de l’abattage. Car, au-delà du bien-être animal, l’abattage mobile porte un autre modèle économique, selon ses promoteurs. Il s’agit, selon Émilie Jeannin, de « respecter le travailler des éleveurs en abattant bien des bêtes qui ont été bien élevées ». Mais aussi de mieux rémunérer les producteurs : « Il y a de la marge, à condition de réduire les intermédiaires et de travailler différemment. »
« L’État a pris une loi, mais ne nous donne pas les moyens »