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Eaux/acquisition En reprenant Saint-Amand, Alma devient le challenger français de Danone et de Nestlé

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Le Crédit Agricole Nord de France vient de revendre au groupe Alma une partie des parts qu’il détenait dans les Eaux Minérales de Saint Amand. Alma renforce ainsi sa position de n°3 français derrière Danone et Nestlé, les deux majors mondiaux des eaux embouteillées. Cette acquisition devrait permettre au groupe de Pierre Papillaud de conforter son leadership sur les eaux plates à marque de distributeurs et premiers prix. Cette opération est toutefois soumise au feu vert de l’autorité de la Concurrence en France.

Le Crédit Agricole Nord de France, dont le siège social est à Lille, vient de décider « de revendre une partie des parts qu’il détenait dans la société des Eaux Minérales de Saint-Amand (SEMSA) au groupe Alma ». C’est ce que vient d’annoncer le banquier régional le 6 avril dernier. L’une des caisses régionales les plus puissantes de France est en effet le partenaire historique du N°4 des eaux embouteillées qui représente 11% du marché français derrière Alma qui commercialise des marques comme Cristaline, Vichy-Célestin, Saint-Yorre ou Chateldon.
Cette opération, qui nécessite encore le feu vert de l’Autorité de la concurrence, devrait conforter la position de celui qui s’affiche désormais comme le futur N°3 français des eaux embouteillées derrière Nestlé et Danone.
Pour la banque nordiste, « cette opération s’avère la meilleure solution pour préserver l’outil industriel d’un fleuron de l’économie régionale du Nord-Pas de Calais ». Avec ce rachat, Pierre Papillaud, qui détient 51% du groupe Alma (les 49% restants appartenant au japonais Otsuka), devrait également conforter son leadership sur les eaux plates à marque de distributeurs et premiers prix.

Sept sites de production
Alma, via sa filiale Roxane Nord, possède trois établissements de production d’eaux dans le Nord (Pérenchies, Mérignies, et Busigny), notamment sous marques Cristaline et Saint-Léger, ainsi qu’une usine de recyclage de PET (polyéthylène téréphtalate). L’usine Roxpet, construite à Lesquin en 2009 sur 5000 m2 avec le soutien de la Communauté Urbaine de Lille, lui permet aujourd’hui de produire des préformes de bouteilles à partir de PET recyclé. Elle alimente les trois sites nordistes ainsi que ceux de Belgique et du sud de l’Angleterre et possède une capacité de production de 10 000 tonnes de PET recyclé par an.
Le groupe Eaux de Saint-Amand (SESMA) dispose quant à lui de sept sites de production (12 sources) dont un en Belgique situé à Villers près de Charleroi. Outre les deux sites de Saint-Amand les Eaux, il possède en France deux sites dans les Alpes (Chorges et Montclar), un site dans les Pyrénées (Montcalm) et un site dans l’Aveyron (Saint-Antonin). Il a produit environ 500 millions de cols/an en 2010 dont les deux tiers sous MDD et un tiers sous différentes marques propres. Il employait 275 salariés en 2010 dont 160 à Saint-Amand et a réalisé un chiffre d’affaires de 100M€. Absent du segment « premier prix », le groupe avait lancé en février 2011 une eau de source à la marque Opaline estampillée « Saveurs en’Or » à moins d’un euro le pack de six et captée dans l’une des cinq sources de Saint-Amand les Eaux.

Calmer le jeu des cessions
Créée en 1967 par Fernand Chantraine sur la base de la petite société de la source du clos de l’Abbaye de Saint-Amand (59), la société familiale des Eaux Minérales de Saint-Amand a été fortement développée par son fils Francis qui en a considérablement élargi le périmètre. Elle était détenue majoritairement par les quatre enfants du fondateur (Francis Chantraine et ses trois sœurs) à travers la holding familiale SFAC. A côté de cette holding, figuraient depuis 2005 des fonds d’investissements liés à la banque verte entrés à la faveur d’un LBO et qui permirent d’assurer le développement du groupe.
Pour faciliter la consolidation de son actionnariat, Francis Chantraine avait envisagé en juillet 2008 de racheter les actions de ses trois sœurs, mais la crise financière a fragilisé le projet, obligeant le dirigeant à rechercher un repreneur extérieur. A l’époque, des bruits de rachat par Danone ou Nestlé… voire les eaux belges de Spa, avaient couru ! Mais les offres ne s’étaient pas montrées satisfaisantes.
En janvier 2010, le Crédit Agricole Nord de France décide d’entrer au capital de l’entreprise tout en affirmant à l’époque que son opération n’avait pas vocation à être durable mais permettait d’apporter « une solution de moyen terme ». Pour la banque verte, « il s’agissait avant tout de stabiliser l’actionnariat et de calmer le jeu des cessions ou recherche de partenaires ».

De nombreux défis à relever
La holding de tête ainsi constituée permettait à la banque verte d’obtenir 43% des parts aux côtés de la famille (35%) et de trois fonds d’investissement qui lui sont liés (Participex Gestion, Vauban Finance et Crédit Agricole Private Equity) pour 21%. Parallèlement à cette recomposition du capital, la forme juridique de la société est modifiée en septembre 2009. Depuis le départ de Francis Chantraine, le groupe était en effet piloté par un tandem constitué de François-Pierre Martin, président du directoire, et de Jean-Marc Chantraine, petit-fils du fondateur et fils de Francis Chantraine, membre du directoire et directeur financier.
Ancien cadre dirigeant de Danone passé chez Evian pendant 12 ans et 8 ans dans les produits laitiers du groupe, François-Pierre Martin comptait faire repartir le N°4 des eaux minérales après la dépression rencontrée par le secteur des eaux minérales de 2007 à 2010.
François-Pierre Martin se devait de relever de multiples défis. Industriel d’abord, pour réduire les coûts et développer l’innovation (eaux gazeuses, boissons sucrées…). Commercial ensuite, pour conforter sa présence sur tous les segments de marché et développer l’exportation, tout en accroissant sa clientèle. Mais aussi environnemental, en réduisant ses coûts logistiques (plus de 30 000 camions/an) ainsi que ses coûts d’emballage pour être beaucoup plus cohérent avec « une activité par nature écologique ».
Le groupe avait notamment investi 2 M€ pour introduire plus de PET recyclé et déployé beaucoup d’efforts pour alléger ses emballages. Le poids de ses bouteilles plastiques Opaline est ainsi passé en 5 ans de 37g à 23 g. « Nous avons été la première société à développer avec Système U une bouteille fabriquée à 100% en PET recyclé dès novembre 2010 », lançait en effet cet ancien de chez Danone en mars 2011 et qui voulait que Saint-Amand soit « l’outsider de l’eau minérale en MDD ».

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