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UE/Russie En Russie, des barrières sanitaires à connotation politique

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Les autorités russes ont interdit toute importation de produits laitiers de Lituanie, sur fond de tensions grandissantes entre Moscou et Vilnius, qui, présidant actuellement l’UE, milite pour un rapprochement avec d’ex-républiques soviétiques. Les barrières sanitaires instaurées régulièrement par la Russie sur les produits agricoles et alimentaires de l’Union semblent de plus en plus motivées par des raisons d’ordre politique.

«Les restrictions sanitaires et phytosanitaires à l’encontre de l’UE et de nos États membres sont à la hausse depuis plus d’un an », a constaté le commissaire européen au commerce, Karel De Gucht, devant le Parlement européen le 8 octobre, au lendemain de la mise en oeuvre en Russie d’une interdiction d’importer des produits laitiers de Lituanie à cause de risques sanitaires. Moscou serait aussi en train de renforcer les contrôles sur la viande et le poisson en provenance de cet État membre de l’Union.
Le service russe de contrôle vétérinaire et phytosanitaire, Rosselkhoznadzor, a par ailleurs fait part de ses « préoccupations » quant au manque de contrôles de la viande dans l’UE, affirmant avoir constaté de nombreuses infractions. Et, le 9 octobre, il a critiqué la qualité sanitaire des produits laitiers néerlandais, son directeur, Sergueï Dankvert, affirmant que « les résultats préliminaires de l’audit qui va être mené par les experts russes jusqu’au 12 octobre ne sont pas satisfaisants ».
 
« Une série d’infractions »
Le 6 octobre, l’agence russe de protection des consommateurs, Rospotrebnadzor, avait expliqué avoir « constaté une série d’infractions à la réglementation témoignant d’un affaiblissement des contrôles en Lituanie et de la nécessité d’introduire des restrictions sur les importations de produits laitiers lituaniens », qui représentent, selon elle, 1 % seulement des importations russes dans ce secteur.
En fait, Bruxelles « a été informée par les autorités lituaniennes que des restrictions aux frontières de la Russie sur les marchandises lituaniennes sont appliquées aux points de passage depuis le 12 septembre 2013 », a indiqué Karel De Gucht aux députés européens.
Cette question « a été inscrite à l’ordre du jour du prochain Conseil du commerce des marchandises de l’OMC, qui se tiendra le 18 octobre à Genève, en tant que violation potentielle des règles » multilatérales, a annoncé le commissaire au commerce aux députés européens, affirmant qu’il « n’hésiterait pas », si nécessaire, à recommander « l’action appropriée sur la base des dispositions de l’Accord général de l’OMC sur les tarifs douaniers et le commerce ».
Toutefois, selon le bureau des douanes russe, le président Vladimir Poutine a ordonné la suppression au 10 octobre des contrôles renforcés des marchandises et véhicules lituaniens à la frontière.
 
Tensions
L’interdiction d’importer des produits laitiers lituaniens intervient alors que la tension monte entre Moscou et la Lituanie, qui exerce actuellement la présidence de l’UE et milite en faveur d’un rapprochement entre l’Union et des ex-républiques soviétiques, au premier rang desquelles l’Ukraine. Les 28 et 29 novembre se tiendra à Vilnius le sommet du Partenariat oriental qui doit resserrer les liens entre l’UE et six pays issus de l’ex-URSS (Arménie, Azerbaïdjan, Belarus, Géorgie, Moldavie et Ukraine). Des pays avec lesquels la Russie veut construire sa propre alliance commerciale.
En août, Moscou avait renforcé provisoirement ses contrôles à la frontière avec l’Ukraine, officiellement en raison de griefs concernant la qualité des biens destinés au territoire russe. Mais un conseiller du Kremlin, Sergueï Glaziev, avait indiqué que ces mesures étaient destinées à montrer à Kiev ce qui l’attendait en cas de rapprochement « suicidaire » avec Bruxelles.
La Russie a également suspendu ses importations de vin de Géorgie ou Moldavie. En compensation, la Commission européenne a proposé le 25 septembre d’ouvrir totalement le marché de l’UE aux vins en provenance de ce dernier pays (1).
Quant à la mise en cause par Moscou de la qualité des produits laitiers néerlandais, elle intervient au lendemain de vives protestations de la Russie après l’interpellation d’un de ses diplomates à La Haye.
 
(1) Voir n° 3415 du 30/09/13

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