Le groupe SDHF envisage la fermeture de la sucrerie de Pont d'Ardres, dans le Pas-de-Calais, qu'il avait rachetée lors du démantèlement de Béghin-Say en 2002.
C’est en lisant l'ordre du jour de la réunion du Comité central d'entreprise des Sucreries Distilleries des Hauts de France (SDHF) que les salariés ont pris connaissance d’un « projet de fermeture du site de Pont d'Ardres ». Leur surprise a été totale car l'unité, autrefois exploitée par Béghin-Say, avait été rachetée par le groupe en 2002. De surcroît, au début de 2003, quelque 2,5 millions d'euros ont été investis dans la réfection d'un silo et des toitures de l'usine, et 1,3 million supplémentaire consacré à l'amélioration de la sécurité des installations.
Né de l'absorption par la sucrerie de Lillers, près de Béthune, de l'établissement d'Attin, situé lui aussi dans le Pas-de-Calais, SDHF s'était porté acquéreur, lors du démantèlement de Béghin-Say, des usines d'Abbeville et de Pont d'Ardres. Il a dépensé pour ces rachats 200 millions d'euros, dont 125 millions pour les outils et 75 millions pour le refinancement de la dette de Béghin-Say. Les planteurs qui ont souscrit à l'opération ont apporté 36 millions tandis que SDHF a facilement emprunté les 164 millions restants grâce à sa bonne santé financière : le groupe n'affichait en effet aucune dette à moyen ou long terme et disposait de 125 millions d'euros de fonds propres.
10 % de la production nationale de sucre
Grâce à cette opération, SDHF a vu le nombre de ses adhérents coopérateurs progresser de 3 300 à 5 700 et sa production de sucre doubler à 500 000 tonnes pour un chiffre d'affaires de 250 millions au lieu de 120 millions précédemment. Il est ainsi devenu le numéro cinq du sucre en France, représentant 10 % de la production nationale, et le numéro deux en part de quota sucre national, derrière Tereos (ex-Union SDA/Béghin-Say) et devant Saint Louis Sucre (groupe Südzucker).
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Les quatre sucreries du groupe disposent d'une capacité de traitement de 37 500 tonnes de betteraves par jour sur une campagne de 100 jours, dont 13 000 tonnes à Lillers, 9 500 à Pont d'Ardres, 9 000 à Abbeville et 6 000 à Attin. Le groupe accuse désormais des surcapacités, d'autant que les surfaces emblavées en betteraves ne cessent de décroître dans sa région (- 9,3 % en 2003, -6,7 % prévus en 2004). « Cette année, déclare Didier Reffet, directeur général de SDHF, nous prévoyons une activité de 27 500 tonnes par jour sur une campagne de 100 jours. Il nous faut des outils tournant à pleine capacité. Trois usines peuvent donc suffire ».
Expertise
Comment choisir alors au sein du dispositif industriel l'usine qui devra fermer ses portes ? Si le choix devait porter sur le site le plus petit, Attin en l'occurrence, la question se pose de ce qu'il adviendrait dans le cas où le groupe se verrait un jour contraint de fermer l'unité d'Abbeville, enclavée dans la ville. Ne disposant plus alors de sucrerie dans le sud de la région betteravière où il s'approvisionne, SDHF aurait à faire face aux coûts de transport. S'il choisit dès lors de préserver ses établissements du sud, il ne saurait condamner l'unité de Lillers, qui, en plus d'être la plus importante, approvisionne la grosse unité de Coca-Cola de Socx, dans le Nord. Reste donc Pont d'Ardres.
Le comité central d’entreprise s’est réuni le 26 janvier à Lillers. Roland Vasseur, délégué CFTC et secrétaire du CCE, avait convenu avec ses collègues d'écouter sans intervenir la lecture du « livre IV » qui expose les raisons de la fermeture, puis de demander la nomination d'un expert, le cabinet parisien Sogex, qui rendra ses conclusions le 8 février. Un nouveau Comité central d'entreprise se tiendra le 16 février.