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Négociations commerciales Encore des divergences sur la hausse du prix du lait

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Un compromis semblait être trouvé le 26 avril pour une hausse du prix du lait payé aux producteurs, mais les industriels de la transformation, qui aimeraient profiter de l’augmentation, remettent en cause ses modalités. Les éleveurs attendent le paiement de leur collecte d’avril, qui doit arriver mi-mai, pour en savoir plus.

La hausse du prix du lait payé aux producteurs pour faire face à la hausse de leurs coûts de production est en train de devenir une arlésienne. Jean-Marc Ayrault l’avait annoncée le 18 avril, démenti le lendemain par certains distributeurs. Le 26 avril, c’est Francis Amand, le médiateur des relations commerciales, qui publiait les bases d’un accord. Mais cette fois, ce sont les industriels de la transformation qui rechignaient.
Alors que nous mettons sous presse le 8 mai, rien ne semble acquis, industriels et distributeurs n’étant toujours pas sur la même longueur d’onde. « J’ai proposé un compromis qui me semblait être acceptable pour tous, au bénéfice des éleveurs », se justifie Francis Amand, qui se dit « très optimiste sur le fait que la situation des éleveurs puisse s’améliorer à court terme ».

Les industriels veulent profiter du dispositif

Dominique Chargé, président de la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL), tempère cet optimisme : « On est complètement favorables à l’esprit du dispositif et à une hausse des prix qui va aux producteurs, mais on veut quelque chose de plus équilibré ». C’est-à-dire qui prenne également en compte les difficultés des transformateurs, lésés dans l’affaire selon lui : alors que la hausse de 25 euros les 1 000 litres de lait payé au producteur doit se faire en moyenne annuelle, celle du prix payé par les distributeurs aux industriels débute seulement en juin : « Les entreprises doivent aller piocher la différence dans leurs marges. Ca représente entre 1 et 1,5% des marges nettes des entreprises, alors qu’en 2012, la marge nette était inférieure à 1%. On leur demande de se mettre en déficit pour payer le lait », calcule t-il.
« Il faut que le médiateur propose une hausse plus importante de la part des distributeurs vers les transformateurs depuis janvier, ou alors il faut nous donner la possibilité de passer une autre hausse en septembre », réclame Dominique Chargé. Chaque entreprise décidera ce qu’elle fait, mais « si les choses ne sont pas plus équitables, la plupart des coopératives devraient faire des avances de trésorerie pour permettre aux producteurs de passer le cap », au lieu des augmentations.

Les éleveurs en attente

Le médiateur Françis Amand rappelle qu’il a été mandaté pour sauver les éleveurs, pas pour reconstruire les marges des transformateurs. Il regrette « la réticence » de certains industriels à appliquer le dispositif : « La mise en œuvre du compromis bute sur le caractère très hétérogène des industriels. Certains ont effectivement des difficultés économiques, mais d’autres ont des marges importantes », développe-t-il, révélant qu’il n’avait pas encore eu de réponse de tous les transformateurs.
Selon nos informations, Soodial aurait accepté une hausse pour les mois d’avril et mai, sans garantie pour la suite. Le groupe, tout comme la Fédération nationale des industries laitières (FNIL), n’a pas souhaité faire de commentaire. Lactalis a seulement annoncé qu’ « une première communication partira vers les présidents de groupement ».
À la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), on attend encore de savoir qui applique le dispositif et sous quelle forme, alors que le règlement du lait d’avril devrait arriver entre le 15 et le 20 mai. « Les discussions se poursuivent, mais on n’acceptera pas d’avoir seulement une avance sur trésorerie », explique Serge le Doaré, éleveur dans le Finistère et membre du bureau de la FNPL.

La distribution d’accord

L’ensemble des enseignes de la grande distribution semble approuver la hausse technique. Carrefour et Auchan l’ont confirmé. Michel-Édouard Leclerc, sur son blog, dit accepter le principe mais demande aux industriels de certifier l’origine de leurs approvisionnements et d’exclure du dispositif les produits élaborés à partir de lait importé. Pour Système U, Didier Devercher, chef du pôle laitier, rappelle que son groupe « est prêt et a été moteur sur le dossier ». Mais la hausse « ne peut pas être appliquée seulement par Système U, elle le sera seulement si toutes les enseignes le font».
Dernier maillon de la chaîne, le consommateur pourrait également avoir à mettre la main au porte-monnaie. Auchan s’était engagé « à ne pas répercuter ces hausses aux consommateurs ». Si Système U n’a pas encore pris de décision, Didier Devercher explique que « la hausse du prix d’achat par les distributeurs représente 3 ou 4% sur le rayon crémerie, soit plus que leur marge ».

Réfléchir à l’équilibre global de la filière

Autre question soulevée par Dominique Chargé de la FNCL, « le problème lié à la validité juridique par rapport au droit à la concurrence, qui pourrait être considéré comme une entente ». C’est pour cette raison qu’aucun accord national ne peut être signé, explique Françis Amand, et que les discussions doivent se faire entreprise par entreprise. « Rendre le dispositif plus efficace, c’est probablement contrevenir au droit à la concurrence », admet Francis Amand, qui anticipe ce que pourrait être la suite : « La hausse très substantielle que les distributeurs ont promis va améliorer les choses pour les prochains mois, mais dans un deuxième temps, il faudra peut-être faire une seconde table ronde concernant l’équilibre global de la filière, avec ou sans médiateur, peut être dans le cadre de l’interprofession ».

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