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Agriculture africaine Encore d’importants freins à l’investissement agricole en Afrique

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Avec plus de 200 millions d’hectares cultivables mais non cultivés, le continent africain dispose d’un potentiel gigantesque en termes d’investissements agricoles. Si les capacités de productions se développaient, le premier débouché de l’agriculture africaine serait les marchés locaux ou régionaux dont les croissances sont plus que prometteuses. Cependant, de nombreux freins à l’investissement subsistent, qu’ils soient politiques ou liés au manque d’infrastructures, mais les responsables nationaux ou régionaux s’organisent et trouvent des soutiens du côté d’institutions internationales comme la Banque mondiale.

«Le premier débouché de l’agribusiness en Afrique subsaharienne est le continent lui-même et représente près de 300 milliards de dollars », explique Vincent Palmade, économiste en chef du développement des secteurs privés et financiers en Afrique pour la Banque mondiale (BM). Il souligne que ce marché est prometteur puisque, selon lui, il pourrait plus que tripler d’ici 2030 et atteindre les 1 000 milliards de dollars. L’explosion de la démographie, couplée à une hausse des revenus, à une stabilisation politique et à l’urbanisation soutiendrait cette tendance d’après Vincent Palmade. Si les opportunités sont là, les freins à l’investissement sont encore nombreux.

Un manque d’infrastructures et de règles pénalisent l’investissement

« L’un des principaux freins à l’investissement agricole en Afrique est le manque de titres de propriétés sur le foncier », indique Charles Vilgrain, président du directoire d’AgroGeneration, une entreprise qui cultive près de 60 000 hectares de grandes cultures, principalement en Ukraine, mais aussi en Argentine. Selon lui, « les baux garantissent l’investissement sur plusieurs années », une condition essentielle pour l’exploitation de terres agricoles. Il souligne cependant que « l’agriculture ne pourra se développer partout en Afrique aussi en raison d’un manque d’eau ». « Mais le potentiel est là, notamment en Afrique du Sud et de l’Est, mais aussi de l’Ouest, et la cible numéro un est le marché local. L’Afrique n’est pas un désert, il y a de l’eau et de la terre et le développement de l’agriculture sur le continent est un vrai challenge pour les prochaines années », insiste l’entrepreneur qui n’exclut pas d’y réaliser des projets dans le futur. D’ailleurs les choses évoluent sur le continent africain et Vincent Palmade indique « qu’il y a un potentiel de triplement des rendements sur les terres déjà cultivées en Afrique si l’irrigation, ainsi que l’accès aux intrants et aux marchés, s’y développaient ».

La Banque mondiale soutient les partenariats publics/privés

« L’eau est au cœur de la stratégie de la BM pour le développement économique en Afrique », explique Vincent Palmade. Pour la Banque mondiale, la construction de barrages permet l’irrigation et le développement de l’agribusiness, ainsi que la production d’énergie. La banque soutient d’ailleurs la mise en place de partenariats public/privé pour créer des infrastructures portuaires, routières ou d’irrigations. « Huit pays d’Afrique, Soudan, Sud Soudan, Congo RDC, Mozambique, Madagascar, Zambie, Angola et Tanzanie, principalement à l’est, disposent des deux tiers des réserves en terres agricoles pas encore exploitées du continent », souligne Vincent Palmade qui insiste sur le fait que l’Afrique de l’Ouest a aussi une carte à jouer. Il cite en exemple le Sénégal, qui, dans la région de Saint Louis, a développé un « cluster », soit un groupe d’exploitations organisées en maraîchage qui concurrence désormais sur les productions de tomates cerises, de maïs doux ou d’asperges, les productions péruviennes à destination de l’Europe. Leur atout majeur, l’expédition par bateau, bien plus économique que les produits expédiés par avion depuis le Pérou. Mais le marché régional africain doit rester une des cibles principale des productions étant données ses potentialités. Ainsi, Vincent Palmade évoque le barrage de Bagré au Burkina Faso qui en plus de produire de l’électricité permet d’irriguer 10 000 hectares qui pourraient être consacrés au riz. « L’Afrique de l’Ouest importe 50% du riz qu’elle consomme d’Asie, et cette consommation ne fait que progresser », indique-t-il. Autre exemple, le Nigéria qui consomme 4 millions de tonnes (Mt) de riz par an dont la moitié est importée d’Asie, et qui d’ici vingt ans pourrait en consommer 20 Mt. « L’Asie ne pourra pas fournir », explique Vincent Palmade qui souligne que l’Afrique de l’Ouest peut produire du riz compétitif vis-à-vis des pays asiatiques si la région dispose d’intrants, de semences et de l’irrigation.

Des investissements d’abord africains

Pour des raisons de connaissances du contexte, Vincent Palmade indique que les premiers investisseurs sur le continent africain sont des sociétés d’origine africaine, notamment d’Afrique du sud. « La Banque Mondiale appuie les investisseurs et les communautés rurales dans une optique gagnant-gagnant », souligne Vincent Palmade. La Banque Mondiale propose un appui aux études de faisabilité des projets, « véritable goulot d’étranglement au niveau des États notamment pour les projets de barrages », souligne Vincent Palmade. La Banque apporte aussi un support technique à la définition d’un cadastre dans les pays et un soutien dans les négociations avec les investisseurs en interface avec les agences d’État. La Banque Mondiale soutient aussi l’implémentation de projets miniers en Afrique pouvant amener des effets collatéraux pour l’agribusiness comme la construction de routes, le long desquelles l’agriculture peut se développer, ou le développement d’infrastructures portuaires à usage multiples. Des pays comme l’Inde, la Chine ou ceux du Moyen-Orient investissent aussi dans l’agriculture en Afrique, ainsi que des fonds d’investissement ou des grosses multinationales de l’agroalimentaire souhaitant sécuriser leurs approvisionnements. Enfin, le marché ayant le plus de potentialités de croissance étant le plus proche, Vincent Palmade indique aussi le développement d’une agroforesterie périurbaine en Afrique, désormais plus compétitive que la coupe illégale de bois de chauffage trop éloignée des centres.

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