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Encore sous le choc, la FNSEA doit préparer la succession de Xavier Beulin

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Trois semaines avant le congrès de la FNSEA, qui se déroulera du 28 au 29 mars, les élus de la FNSEA sont encore sous le choc du décès brutal de Xavier Beulin. Aucun candidat ne s’est encore officiellement déclaré à la présidence, mais la candidature de l’actuelle présidente par intérim Christiane Lambert est pressentie, et déjà perçue par beaucoup d’élus comme « naturelle », même si certains émettent des réserves sur sa capacité à déléguer. Dans ce contexte délicat, auquel s’ajoute une conjoncture très difficile dans de nombreuses filières, beaucoup d’élus souhaitent éviter une guerre de succession.

Le décès brutal de Xavier Beulin, le 19 février, laisse sous le choc un syndicat majoritaire qui se préparait vraisemblablement à reconduire son président pour un troisième mandat. « Nous sommes encore un peu assommés par le départ brutal de Xavier, rapporte Denis Nass, président de la FDSEA du Haut-Rhin. Il est difficilement remplaçable, une telle envergure et une telle compétence dans les dossiers vont nous manquer ». Comme lui, beaucoup d’élus se préparent à un congrès 2017 « au goût particulier » et à une succession à laquelle ils n’étaient pas préparés. « On est tous pris de court, tout le monde était en ordre serré derrière Xavier Beulin, confie Joel Limouzin, vice-président de la FNSEA. Il va falloir reconstruire une équipe en un temps record ! »
Pour beaucoup d’élus, « le contexte » impose une exigence : éviter une guerre de succession. « Vu le contexte, on n’est pas là pour se chamailler, estime Denis Nass. Il n’y aura pas de débat de personne, je suis serein ». « Dans le contexte économique dans lequel nous sommes, les batailles internes seraient préjudiciables », étaye un président de FDSEA de l’Ouest, qui appelle à « une solidarité complète ». « Je ne vois pas un congrès difficile de ce point de vue, je vois mal le syndicat se déchirer », analyse un autre élu du Massif Central.

« Nous en parlerons la semaine prochaine »

Officiellement aucun candidat à la présidence ne s’est encore déclaré. « Nous en parlerons en bureau et en conseil d’administration, la semaine prochaine », annonce la présidente par intérim Christiane Lambert, dont la candidature est pressentie. « Nous n’avons pas encore abordé le sujet en bureau », confirme le vice-président, viticulteur du Rhone, Robert Verger.
En théorie, des candidats peuvent se présenter jusqu’à la dernière minute, et à chaque poste du bureau (président, 1er vice-président, secrétaire général…). Le prochain bureau sera élu, le 13 avril, lors de la première réunion du conseil d’administration, lui-même fraîchement élu lors du congrès le 29 mars. Lors de ce conseil d’administration, le bureau sera élu poste par poste, la présidence étant la première soumise au vote.
Il peut arriver que le président une fois élu propose lui-même une liste de membres du bureau. Il est aussi arrivé que deux personnes se présentent à un même poste de vice-président.
Pour l’actuel bureau, l’exercice des prochaines semaines va consister à rassembler une nouvelle équipe et désigner un nouveau candidat à la présidence, à proposer au futur conseil d’administration. Ce qui n’exclut pas que le bureau n’arrive pas à se mettre d’accord sur un seul candidat à la présidence comme ce fut le cas en 2011, ou que des candidatures émergent en dehors du bureau.

Sur le fond, « la voie est tracée »

Il s’agit de trouver « un équilibre, au-delà des personnes, entre les régions, les filières, explique le vice-président de l’Ouest Joël Limouzin. Pour l’instant, ça discute ». « Ça se fait dans un très bon état d’esprit, avec l’équipe formée autour de Xavier, rapporte le vice-président de l’Oise, Luc Smessaert. Nous n’avons pas le temps de perdre du temps, il y a beaucoup de travail sur la table, que nous avait laissé Xavier ».

Sur le fond, Xavier Beulin avait produit, ces derniers mois, un ouvrage, Notre agriculture est en danger, et un rapport d’orientation sur le thème de l’Europe en vue du congrès de la FNSEA, co-écrit avec trois co-rapporteurs. Et pour tous les élus interrogés, ces deux ouvrages doivent constituer une ligne directrice pour la future équipe. « Notre président a écrit un livre qui est un testament que l’on doit faire vivre », explique par exemple le secrétaire général adjoint Daniel Prieur. « Avec le rapport d’orientation, la voie est tracée pour le mandat, étaye Robert Verger. Il y a peu de marge de manœuvre en dehors de cette ligne directrice ».

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Pour Joël Limouzin, qui avait soutenu la candidature de Dominique Barrau en 2011, « il y a une ligne directrice commune dont Xavier Beulin était le porte-voix. Je m’appuie sur cette ligne. […] Xavier Beulin avait fait un vrai travail de délégation, et avec Dominique Barrau, ils avaient su faire l’amalgame ». Le rapport d’orientation est en cours de présentation auprès du réseau FNSEA, qui doit l’amender, avant un vote et un débat lors du congrès à Brest.

« Elle a les qualités naturelles »

Pour la majorité des élus interrogés, Christiane Lambert représente un « candidat naturel ». « C’est un secret de polichinelle qu’elle a les qualités naturelles pour être un bon porte-voix, estime Daniel Prieur. Pour moi, les choses se construisent autour de Christiane », dont il met notamment en avant « une capacité de communication énorme ». « Si c’est Christiane qui y va, nous serons tous derrière elle », réagit également un président de FDSEA. « La candidature de la vice-présidente paraît naturelle », renchérit un autre.
La plupart voient en elle une personnalité « très compétente, qui connaît ses dossiers » et qui bénéficie d’une bonne image auprès des adhérents. Un élu avance par exemple qu’elle permettrait de « montrer qu’on n'est plus des vieux machos. Ça casserait les vieux clichés ». Un autre, éleveur, se félicite qu’elle « incarne l’élevage ».
Toutefois certaines critiques émergent sur sa capacité à déléguer, par exemple de la part de Robert Verger : « Il faudra qu’elle évolue, elle a tendance à s’approprier certains sujets ». « La fonction vous oblige à vous dépasser, on devient le président de tout le monde », relativise un président de FDSEA, plutôt indifférent au choix du nouveau patron.

Un choix important ou pas

« Moi elle ne m’a pas convaincu, lâche un président de FDSEA, sous couvert d’anonymat. Elle risque de monopoliser le pouvoir, elle aura du mal à faire la synthèse ». Lui plaide pour un « viticulteur », qui permettrait selon lui de « sauvegarder l’unité de la FNSEA, en sortant de l’opposition élevage - grandes cultures ». Il rappelle que dans son département « certains disaient qu’ils ne reprendraient pas leur carte tant que Xavier Beulin était à la tête du syndicat ». À tort, selon lui.
D’autres élus estiment que l’opposition éleveur - céréalier « s’est normalisée ». « On est sortis de ce schéma d’appréciation, je ne pense pas que ce soit le filtre principal, même s’il y aura toujours des discussions sur l’alchimie des territoires, estime un président de FDSEA. Il y a eu des moments difficiles pour Xavier Beulin pendant la crise de l’élevage. Mais depuis, il avait fait un gros travail dans les départements ».
Pour lui, la question du président est presque accessoire. « La machine FNSEA fonctionne au-delà de la personnalité du président, elle est complexe, elle a des garde-fous. C’est plus une question d’équilibre global dans la structure. Et l’équilibre n’est pas seulement le fait du président ». Comme lui, beaucoup d’élus relativisent l’importance de la présidence, pour mettre en avant le « bureau » et « l’équipe ».

Quelle que soit son importance, l’élection du futur président reste encore, à un mois de l’élection, relativement ouverte.