Malgré une amélioration, les soutiens publics aux agriculteurs continuent de fausser la production et les échanges, estime l’OCDE dans son rapport annuel sur les politiques agricoles. Dans l’UE, les soutiens se sont stabilisés autour de 20 % des recettes du secteur depuis 2010, dont 45 % sont considérés comme faussant le marché, les soutiens couplés en particulier.
Dans son évaluation 2018 des politiques agricoles, publiée le 26 juin, l’OCDE estime que les soutiens aux exploitations agricoles dans le monde ont représenté, avec environ 556 milliards € par an, 15,5 % des recettes du secteur en 2015-2017 (contre 21,4 % vingt ans auparavant). Mais, déplore-t-elle, en moyenne deux tiers de ces soutiens (dans les 51 pays couverts) se font par le biais de mesures qui « faussent la production et le commerce ». Dans les pays de l’OCDE, ce type de soutiens est moins important (52 %) que dans les pays émergents (75 %). La part des aides qui potentiellement faussent le plus le marché a diminué au fil du temps, principalement en raison d’une réduction globale des mesures de soutien des prix. Conséquence : une réduction des effets distorsifs des politiques actuelles, reconnaît l’OCDE, qui ajoute que « toutefois, les progrès réalisés dans de nombreux pays restent partiels et, dans certains pays, le recours à des mesures qui faussent la production et les échanges est même en augmentation ».
45 % des aides européennes faussent le marché
En moyenne, le soutien aux producteurs dans les pays de l’OCDE a atteint 18 % en 2017 (19 % en 2016) avec des différences très importantes d’un pays à l’autre, allant de 160 % en Suisse, 93 % au Japon et 82 % en Corée à moins de 15 % en Australie, au Chili et en Nouvelle-Zélande. Dans l’UE, les soutiens se sont stabilisés autour de 20 % depuis 2010 dont 45 % sont considérés comme faussant la production et le commerce (notamment des paiements couplés). Aux États-Unis, l’OCDE estime que ces soutiens atteignent 12 % dont 32 % qui faussent les échanges. Dans les pays émergents et en développement, le niveau de soutien varie de 1 % au Viet Nam à 30 % aux Philippines.
Les paiements liés à la surface, au nombre d’animaux ou au revenu augmentent dans les pays de l’OCDE, constate le rapport. En 2015-2017, ces paiements représentaient une part importante du soutien aux producteurs dans l’UE (64 %), aux États-Unis (45 %), en Norvège (40 %), en Australie (54 %) et en Suisse (32 %) et ils augmentent aussi en Chine (14 %) et au Kazakhstan (15 %). Ils restent néanmoins peu fréquents dans les économies émergentes et en développement, où ils représentant moins de 5 % en moyenne.
Autre constat : dans les pays de l’OCDE, les prix payés aux agriculteurs sont, en moyenne, supérieurs de 10 % aux prix mondiaux avec de grandes différences selon les produits : celui du riz y est le double du prix mondial, tandis que les prix du sucre sont supérieurs de 37 %, du tournesol de 20 % et du lait et de la viande bovine de 15 %.
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Suppression des quotas de sucre dans l’UE : « une étape importante »
Avec d’autres pays comme le Chili, la Colombie, la Corée, l’Afrique du Sud et même la Suisse, l’Union européenne a fait « des progrès substantiels » dans l’alignement de ses prix à la production sur le marché mondial, note également le rapport. L’OCDE se félicite en particulier, de la fin des quotas de production de sucre dans l’UE en 2017 dans laquelle elle voit « une nouvelle étape importante pour s’éloigner des mesures de distorsion ».
Autre bon point distribué à l’Europe : environ 50 % des aides aux producteurs sont subordonnées à des contraintes environnementales obligatoires.
Selon le rapport, dans les pays étudiés, près de 80 % des soutiens publics à l’agriculture ont été payés aux producteurs individuels (88 % dans l’UE), alors qu’une « faible proportion, seulement 14 % (12 % dans l’UE), a financé des services généraux comme la recherche et le développement ou les infrastructures, qui sont nécessaires pour préparer le secteur agricole à faire face aux défis futurs ».
Pour l’OCDE, l’accent « devrait être clairement mis sur l’accroissement durable de la productivité, l’amélioration de la performance environnementale, en particulier dans le contexte du changement climatique, et de la capacité des agriculteurs à gérer les risques liés aux conditions météorologiques, au marché ou à d’autres chocs qui ne peuvent pas toujours être anticipés ». De quoi alimenter les réflexions pour la future Pac post-2020.