Favorables à la préservation de l’environnement et bien payés, les protéagineux restent trop peu intéressants pour l’agriculteur au regard des céréales. Les surfaces devraient poursuivre leur baisse en 2008, notamment en pois. Mais pour l’Unip, la tendance pourrait s’inverser en 2009.
Ils n’ont pas besoin d’apports azotés, ils permettent de casser une rotation céréalière et de faciliter la lutte contre les mauvaises herbes, ils ont des acheteurs. Que demander de plus ? A l’heure où la presse frémit encore des conclusions du Grenelle de l’environnement, les protéagineux tels le pois et la féverole pourraient apparaître comme des cultures modèles. Sauf que personne ne les a mis en valeur dans le cadre des négociations. Si le Grenelle avait abordé sérieusement la question des engrais, la donne aurait peut-être été différente. La baisse des surfaces, particulièrement marquée en 2007 (170 000 hectares de pois contre 236 000 hectares en 2006, 56 000 ha de féverole contre 78 000 ha en 2006), devrait donc se poursuivre.
Les protéagineux ne font pas le poids face aux céréales
« Les prix se sont redressés, mais ils restent insuffisants pour les producteurs dans la mesure où les rendements sont très inférieurs à ceux des céréales », indique Pascal Chauvet, chez Champagne céréales. Le calcul est vite fait : 270 euros la tonne pour un rendement de 45 q/ha en pois ne valent pas les 240 euros/t offerts pour un blé qui produit au moins 75 q/ha. La promotion est d’autant plus difficile à faire sur le territoire de la coop que le pois enregistre cette année des résultats médiocres : 40 q/ha en moyenne, un chiffre qui se situe en bas de la fourchette habituelle des 40 à 45 q/ha. La féverole s’en sort mieux cette année, avec des rendements de 55 à 60 q/ha… Mais la culture demeure risquée et moins facile à conduire qu’une céréale. Si les prix qui dépassent les 330 euros/t peuvent séduire certains, Pascal Chauvet estime qu’au mieux, les surfaces enregistreront une légère hausse. La coop n’encourage ni ne décourage les producteurs. « C’est vrai que le groupe ne possède pas directement d’outils de transformation comme en orge ou en maïs », observe toutefois le conseiller. Dans l’Aisne, zone traditionnelle de production, les arguments agronomiques ne portent pas plus que dans la Marne. « Les surfaces de blé vont progresser de 7 à 8 %, évalue Pascal Noaillon, responsable protéagineux chez Ax’ion. Ce seront autant de terres qui ne seront pas disponibles au printemps pour les protéagineux ».
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Maïs ou orge de printemps plutôt que pois
De toute façon, les producteurs préféreront très probablement au pois de printemps ou à la féverole l’orge de brasserie, dont les cours explosent, ou le maïs, dont les rendements atteignent des records cette année. « On ne peut pas aller contre ces arguments économiques », observe le conseiller. Même l’installation de Roquette dans la région, qui a implanté une usine de fabrication d’ingrédients à forte valeur ajoutée, n’a pas suffi à relancer la culture. L’industriel a finalement fait le choix d’importer du pois canadien. « Il faut dire qu’aucune prime n’a été offerte aux agriculteurs », remarque toutefois Pascal Noaillon. En féverole, la situation n’est guère plus simple. « Nous avons des problèmes de brûches, signale-t-il. Or nous visons le débouché égyptien qui achète pour l’alimentation humaine et se montre très exigeant. Et si nous vendons en alimentation animale, il faut compter 100 euros/t de moins ».
La mode pourrait se retourner
L’Unip (Union nationale interprofessionnelle des plantes riches en protéines) est bien consciente de ces difficultés. « La hausse des prix bouleverse le contexte économique », reconnaît Benoît Carrouée, de l’Unip. Pour le moment, les protéagineux sont dans un mauvais cycle. Les organismes stockeurs doivent gérer de petits volumes sur lesquels leurs marges sont plus étroites. Et les fabricants d’aliments, qui restent en volume le principal débouché de ces productions, préfèrent des matières premières plus disponibles. Mais la mode peut changer. Pour l’Unip, la simplification des assolements due au choc de la réforme de la Pac de 2003 va trouver ses limites. Car des rotations plus courtes réduites aux céréales à paille et au colza ne sont pas durables. En Europe, les légumineuses ne représentent que 3 % de la sole contre 15 à 20 % chez les principaux pays producteurs mondiaux… Ce qui signifie que les surfaces doivent augmenter, pour parvenir à un équilibre. L’Unip ne s’attend pas à un retournement de situation pour 2008. Elle mise davantage sur 2009. Une fois que le gouvernement aura mis en œuvre une stratégie de réduction des phytos, qui obligera les agriculteurs à faire davantage d’agronomie, par exemple.