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Énergie : une ébauche de plan pour réduire la dépendance de l’UE qui table sur le biogaz

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La Commission européenne a présenté le 8 mars une série de propositions visant à réduire les importations de gaz russe de l’UE dès cette année. Pour y parvenir, Bruxelles propose notamment de doubler la production européenne de biométhane d’ici 2030.

La Commission européenne a présenté le 8 mars une série de propositions visant à réduire de deux tiers les importations de gaz russe de l’UE dès cette année. Pour y parvenir, deux principales pistes sont évoquées dans ce plan REPowerEU : la diversification des sources d’approvisionnement d’une part, et l’accélération de la sortie des combustibles fossiles, d’autre part, en renforçant l’efficacité énergétique et en accélérant le développement des énergies renouvelables parmi lesquelles le biogaz. Bruxelles propose de porter la production européenne à 35 milliards de m3 de biométhane d’ici 2030 contre un objectif actuel de 17 milliards de m3 « en utilisant des sources de biomasse durables telles que les déchets et résidus agricoles. ». Les entreprises, en particulier les industries à forte consommation d’énergie, ainsi que le secteur agroalimentaire, seront confrontés à des coûts de production plus élevés, convient la Commission européenne. « Et il est clair qu’il y aura une augmentation des prix de la nourriture », a ajouté son vice-président Frans Timmermans. Il espère néanmoins que des solutions communes, à l’échelle de l’UE, pourront être trouvées, comme celles qui ont été mises en place durant la pandémie de Covid-19. La Commission européenne présentera une communication sur la sécurité alimentaire le 23 mars qui apportera un certain nombre de réponses à ces questions, notamment sur le prix des engrais.

Accélérer l’octroi de permis pour les projets d’énergie renouvelable

Selon la Commission européenne, la mise en œuvre complète des propositions déjà faites pour atteindre l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 55 % d’ici 2030 permettrait de réduire notre consommation de gaz de 30 %, soit l’équivalent de 100 milliards de mètres cubes. Et les mesures du plan REPowerEU pourraient aboutir à une économie supplémentaire de plus de 25 milliards de mètres cubes par an. En comparaison : en 2021 le volume importé par l’UE de gaz russe s’est élevé à 155 milliards de mètres cubes.

Lire aussi : Énergie et engrais : la Commission européenne prépare des mesures pour limiter la hausse des prix

Outre le biogaz, la Commission table également sur le déploiement accéléré de l’énergie solaire, éolienne et des pompes à chaleur. En mai, la Commission publiera une recommandation sur l’octroi rapide de permis pour les projets d’énergie renouvelable et s’efforcera de soutenir l’utilisation de toutes les flexibilités déjà accordées par la législation européenne et la suppression des obstacles restants quelle que soit leur origine. Une proposition qui vaut principalement pour les parcs éoliens mais aussi les installations de production de biogaz.

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Atténuer la hausse des prix

Pour faire face à l’envolée des prix de l’énergie, la Commission européenne devrait autoriser les États membres à exceptionnellement introduire des mesures fiscales visant à capter une partie des bénéfices que réalisent certains producteurs d’électricité. Des mesures qui pourraient permettre de dégager jusqu’à 200 milliards d’euros en 2022. De plus, les règles de l’UE en matière d’aides d’État pourront soulager à court terme les entreprises et les agriculteurs touchés par la hausse des prix de l’énergie, et les aider à réduire leur exposition à la volatilité des prix de l’énergie à moyen et long terme, souligne Bruxelles. Dans le secteur agricole, ces règles, en cours de révision, autorisent déjà les aides à l’investissement dans les énergies durables. Enfin, la Commission et la Banque européenne d’investissement concluront en 2022 des mécanismes de financement adaptés pour promouvoir le développement des contrats d’achat d’électricité en Europe. Une consultation publique en la matière est en cours et les orientations devraient être publiées avant l’été.

La Commission européenne va désormais devoir concrétiser cette ébauche de plan, préparé dans l’urgence, au fil des prochaines semaines.

Les professionnels regrettent l’absence de soutien aux biocarburants

Les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) se sont félicitées, dans un communiqué du 9 mars, du doublement de l’objectif européen de production de biogaz proposé par la Commission européenne. Il s’agit, pour le Copa-Cogeca, d’un « segment qui présente encore un grand potentiel pour rendre la consommation de gaz de l’UE plus durable tout en atténuant sa dépendance vis-à-vis de la Russie ». Mais, prévient l’organisation, pour passer à 35 milliards de mètres cubes en quelques années, « il faudra mobiliser comme jamais auparavant des matières premières durables et certifiées issues de la biomasse, principalement des déchets et résidus agroalimentaires, et construire des milliers de nouvelles unités ». Le Copa-Cogeca se dit, par contre, déçu par « l’absence de référence aux autres formes de bioénergie comme les biocarburants et la bioénergie solide » dans la proposition de la Commission européenne. Une position que rejoint ePure, le lobby de l’industrie européenne de l’éthanol : « Alors que l’UE vise à accroître son indépendance énergétique et intensifie ses ambitions en matière de lutte contre le changement climatique, elle ne devrait pas négliger le potentiel de l’éthanol renouvelable européen. » Et de rappeler que « pour chaque tonne d’éthanol renouvelable produite dans l’UE, il y a également une tonne d’aliments pour animaux à haute valeur métabolique, sans OGM, contribuant à la sécurité alimentaire en réduisant la nécessité d’importer ces aliments ». Le comité européen des fabricants de sucre (CEFS) demande pour sa part de pas dresser de nouveaux obstacles « à l’utilisation par les sucreries du biogaz produit à partir de résidus de betteraves sucrières ». Les plans stratégiques nationaux de la Pac devront prévoir, estime l’organisation, des financements pour la transition énergétique des sucreries de betteraves vers la production et l’auto-utilisation du biogaz.