Le prix du CO2 est « insuffisant » pour accélérer le développement des énergies renouvelables, a indiqué le Syndicat des énergies renouvelables (Ser) lors de son colloque annuel qui s’est tenu le 31 janvier. Plusieurs intervenants, dont les représentants de candidats à l’élection présidentielle, ont soutenu cette position. Dans ce contexte, la taxation des biocarburants comme s’ils étaient d’origine fossile est considérée comme une aberration.
Le prix du CO2 « est fixé à un niveau insuffisant » pour accélérer le développement des énergies renouvelables, a déclaré le 31 janvier Jean-Louis Bal, président du Ser, lors d’un point presse. Cette position est partagée par bon nombre d’intervenants à ce colloque. Déjà, la plupart des partis politiques dans la course aux présidentielles ont souligné l’effet incitatif qu’entraînerait un prix du CO2 plus élevé pour les énergies renouvelables.
Prix du CO2 : un dossier qui doit être traité au plus haut niveau
Lors d’une table ronde en fin de matinée, Christian de Perthuis, professeur à l’université Paris-Dauphine, a estimé qu’il est « urgent qu’on prenne à bras-le-corps cette question du prix du carbone », ajoutant que « cela ne peut se faire sans l’implication des chefs d’État ». Pour l’instant ce sujet n’est pas traité de façon dynamique parce qu’il « passe par des mains de techniciens qui rajoutent des dispositions au jour le jour », a-t-il regretté. Christian de Perthuis, qui a été un organisateur de la Cop 21 et précédemment président du Comité pour la fiscalité écologique, s’est exclamé : « Si l’on veut réussir la transition écologique, il faut associer au coût des fossiles le coût climatique de l’émission de CO2 ».
La table ronde de l’après-midi sur le thème « les énergies renouvelables dans les différents programmes politiques », a illustré ce rôle décisif du prix du CO2 pour faire décoller les ENR (énergies renouvelables) pour les responsables politiques. « Si on n’aboutit pas à un prix du carbone relativement élevé, on n’arrivera pas à transformer notre modèle énergétique », a indiqué Bertrand Pancher, député de la Meuse, représentant de François Fillon. « Il faut tout faire pour remonter le prix du carbone. Ça doit être une stratégie du futur président. Un tel sujet mérite un conseil européen formel », a-t-il ajouté. Son homologue auprès de Jean-Luc Mélenchon, Jean-Marie Brom, chercheur au CNRS en physique des particules, s’est exclamé : « Les 5-6 € la tonne de CO2 (sur le marché des quotas de CO2, voir encadré), c’est ridicule. Au-delà de 30 € (de taxation, voir encadré), ça commence à avoir un sens ». Quant à Yannick Jadot, député européen pour la formation Europe Écologie les Verts, et lui-même candidat à la présidence de la République, il a plaidé pour « un prix qui réoriente l’investissement » énergétique des combustibles fossiles vers les ENR. « Avec le niveau du prix actuel européen, ça ne marche pas ».
Un cas particulier d’inapplication du prix du CO2 les biocarburants
Sur ce dossier du prix du CO2, les biocarburants sont un cas particulier. Alors que Jean-Louis Bal indiquait à la conférence de presse qu’il « faut un engagement qui soit pris par les candidats sur le prix du CO2 », il a enchaîné sur une situation « contradictoire » : les biocarburants sont taxés comme s’ils étaient d’origine fossile. Pourtant, la loi de transition énergétique (LTE) est explicite : elle indique que la taxe carbone doit s’appliquer aux fossiles, a relevé le président du Ser. Cette précision ne peut être opérante que si elle est reprise par une loi de finances, explique-t-on au Ser. Il faudrait agir au niveau européen pour que cet objectif désigné par la LTE soit appliqué, selon Jean-Louis Bal.
Par ailleurs, la filière du biodiesel a plaidé la cohérence des biocarburants de première génération, produits à partir de matières premières agricoles alimentaires. « Le colza est une plante qui contient 60 % de protéines et 40 % d’huile. Réduire la dépendance protéique de l’Europe vis-à-vis du soja OGM américain est un objectif stratégique, qui a été réalisé grâce à la politique d’énergies renouvelables », a indiqué Michel Boucly, directeur général délégué du groupe Avril. Abaisser le taux de biocarburants de première génération des 7 % actuels à 3,8 %, comme le propose la Commission européenne, « reviendrait à détruire tout cet échafaudage », pour lequel la France a investi 2 milliards d’euros dans les années 2000, a rappelé Kristell Guizouarn, administratrice au Ser et présidente d’Estérifrance, le syndicat des producteurs de biodiesel français. « Il ne faut pas que l’Europe détruise cette industrie assise sur la production de carburants renouvelables », a appuyé Jean-Louis Bal lors de la conférence de presse.
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Enfin, à l’occasion de ce colloque, le trophée des énergies renouvelables a été remis à un industriel de l’agroalimentaire : le groupe Roquette. L’amidonnier spécialisé dans la nutrition-santé a été récompensé pour son choix en faveur de la géothermie et de la biomasse. Soutenue par l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), la réalisation des centrales géothermique et bois-énergie permet une alimentation énergétique 100 % renouvelable du site de production du groupe Roquette à Beinheim en Alsace.
« Les 5-6 € la tonne de CO2, c’est ridicule. Au-delà de 30 € (de taxation, voir encadré), ça commence à avoir un sens ».
Le prix du CO2 : de quoi parle-t-on ?
Tour à tour, les professionnels et les représentants politiques emploient le même terme « prix du CO2 » pour deux réalités différentes : il peut s’agir du prix à payer par une taxe carbone quand on émet du CO2 ; il peut s’agir aussi du prix de marché du système des quotas de carbone.
Quand Jean-Louis Bal a évoqué le prix du CO2 de 22,50 € la tonne pour 2017, puis de 56 en 2020, puis de 100 en 2030, il s’agit d’un prix défini par la Commission européenne et repris par la LTE, explique Damien Mathon, délégué général du Ser. Cette taxe vise les émissions de CO2 induites par la consommation diffuse, celle du particulier qui remplit son réservoir de voiture à la pompe.
Dans le système d’échange des crédits de carbone, les prix de marché de la tonne de CO2 sont actuellement de l’ordre de 5-6 €. Ce système concerne les industries fortement émettrices : sidérurgie, cimenterie, papeterie, verrerie, centrales thermiques. Les industriels de ces secteurs ont des quotas de CO2. Lorsque l’un d’entre eux n’utilise que 80 tonnes sur 100 tonnes que lui alloue son quota, il peut vendre les 20 tonnes non utilisées à un industriel qui serait en dépassement de son quota. À 5 € la tonne, on ne change rien sur le système électrique, selon Damien Mathon : les énergies renouvelables ne percent pas. Il faut un prix de 30 € pour que les centrales à charbon commencent à basculer vers le gaz comme source d’énergie, le gaz étant moins émetteur que le charbon. Et pour soutenir les ENR, il faut un prix de la tonne de 80 à 100 € pour la production d’électricité renouvelable.