Avec la révision en cours de la directive Énergies renouvelable, la mélasse pourrait devenir une source intéressante pour la production de bioéthanol. Une perspective qui inquiète le secteur des fabricants de levure pour qui la mélasse est une matière première essentielle dont les prix ont déjà bondi récemment.
Dans le contexte actuel d’envolée des prix de l’énergie et les nouveaux objectifs de décarbonation du secteur des transports, toute matière première pour la production de carburants alternatifs est bonne à prendre. La mélasse (coproduit de l’industrie sucrière) fait partie de ces ressources convoitées. Mais les secteurs qui utilisent déjà cette matière première s’en inquiètent. C’est le cas des producteurs européens de levures (réunis au sein de la Cofalec) pour lesquels la mélasse est la principale matière première, mais aussi des fabricants européens d’alimentation animale (Fefac). Or, la révision en cours de la directive Énergies renouvelables pourrait la rendre encore plus attractive pour la production de bioéthanol. Surtout si c’est la voix du Parlement européen qui est entendue. Dans leur position adoptée mi-septembre, les eurodéputés estiment que tous les sous-produits doivent bénéficier d’un taux d’émissions carbone de zéro, sans faire de différence entre les résidus, qu’ils soient utilisables en alimentation ou pas.
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Dans sa proposition initiale, reprise par le Conseil de l’UE, la Commission européenne précise pourtant que les émissions des résidus utilisés pour l’alimentation humaine et animale sont ramenées à leur substitut le plus proche. « Pour la mélasse, les seuils restent quand même attractifs », remarque Diane Doré, secrétaire générale de la Cofalec. Ce substitut le plus proche est en effet l’éthanol à base de sucre, contribuant à une réduction de 79 % des émissions de GES par rapport au combustible fossile. « Et le Parlement a fait sauter cette toute petite protection », déplore Diane Doré. Elle espère que « cette phrase qui protège un peu » son secteur pourra être maintenue à l’issue des négociations en trilogue qui viennent de débuter entre les institutions européennes. La prochaine réunion de négociation est prévue le 8 novembre avec l’objectif pour la présidence tchèque du Conseil de finaliser le dossier à l’issue de deux réunions programmées en décembre.
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Biocarburants avancés et biogaz
Toute demande supplémentaire de mélasse au sein de l’UE exacerberait considérablement la grave tension qui existe déjà sur l’approvisionnement en mélasse, l’UE devant importer jusqu’à un tiers de ses besoins, et les prix ayant doublé en 2022 depuis l’invasion de l’Ukraine, prévient la Cofalec.
Et d’autres menaces pèsent sur le secteur. Pour Diane Doré, « le scenario du pire », qui n’est pas sur la table actuellement, serait de voir la mélasse rejoindre l’annexe IX du règlement Énergies renouvelables en étant considérée comme source de biocarburants dits avancés. Ces biocarburants bénéficient d’un objectif incitatif minimum de 2,2 % dans le bouquet énergétique des transports à l’horizon 2030. Autre inquiétude : les velléités du Parlement européen de promouvoir l’utilisation de ces coproduits pour la production de biogaz afin de décarboner le secteur sucrier par exemple. Une demande pour laquelle les fabricants de sucre européens (CEFS) poussent fortement. Cela conduirait, alerte le Cofalec, à un déficit structurel encore plus important de l’offre de mélasse dans l’UE et à des distorsions du marché.