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Interprofession Enfin un accord sur le prix du lait

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Producteurs de lait et industriels ont conclu, dans la nuit du 25 au 26 janvier, un accord portant recommandation nationale d’évolution du prix du lait en 2006. Pour le premier trimestre, il prévoit une nouvelle baisse du prix du lait payé aux producteurs. Il engage aussi la filière dans une véritable politique d’adaptation avec la création d’un « comité de sages » chargé de traiter le cas des secteurs en crise et de faciliter leur restructuration. Ainsi, l’interprofession qui semblait en panne depuis des mois sur ce dossier essentiel peut-elle repartir d’un bon pied.

Tenant compte des données réelles de marché, l’accord qui a été conclu le 26 janvier à la Maison du Lait a supposé de fortes concessions de la part à la fois de la FNPL pour les producteurs, de la FNCL pour les coopératives et de la FNIL pour l’industrie privée. Rien que pour le premier trimestre de 2006, la recommandation prévoit une baisse du prix payé aux producteurs de 8,9 euros pour mille litres. Des principes de calcul ont été adoptés pour la suite de l’année qui devraient aboutir à une baisse de 9,9 euros /1000 litres en 2006, ce qui correspond à une baisse de 4 % en moyenne du prix auquel les fabricants de produits laitiers achètent leur matière première.

L’accord se base en effet sur un système de prise en compte objective de la difficile valorisation des produits industriels (beurre, crème et poudre), directement touchés par la réforme de la PAC telle que décidée en 2003 et qui s’est traduite notamment par une réduction importante des soutiens des marchés (aides internes et subventions) et par un transfert progressif des aides aux produits, versées aux entreprises, vers des subventions directes allouées aux producteurs (de l’ordre de 12 euros/1000 litres).

Flexibilité poussée au maximum

Dans les nouvelles règles de calcul la réalité des pertes de valorisation de ces produits industriels est introduite dès le premier litre transformé, et là est la nouveauté par rapport au système de flexibilité introduit partiellement en septembre 2004.

Ce qui veut dire que la flexibilité sera appliquée pour les entreprises dont le mix produit dépasse 20% de produits industriels par tranches de 2,5%. Les calculs sont plafonnés à 45% afin d’éviter de trop grandes disparités de prix entre les producteurs selon l’entreprise à laquelle ils livrent (chaque tranche de flexibilité se situe à environ -1 euro/1000 litres).

Trois autres principes ont été définis :

– la remise à zéro de la perte beurre-poudre pour une entreprise réalisant 20% de son activité en produits industriels : au premier trimestre cela permet une baisse de 8,4 euros/1000 litres (20% des 42 euros de perte constatée sur douze mois) ;

– l’impact des PGC exportés est de -3,5 euros/1000 litres au premier trimestre et serait de -3,2 euros sur l’année ;

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– et un ajustement négocié par la FNPL se chiffre à +1,6 euro/1000 litres en moyenne sur l’année (+3 euros au 1er trimestre).

La combinaison de ces éléments aboutit à la baisse de 8,9 euros recommandée pour le 1er trimestre.

Au total, les trois familles de l’interprofession, industriels, coopératives et producteurs, ont préservé le principe de conversations nationales destinées à aboutir à un accord unique que pourront respecter les entreprises sans qu’il définisse réellement un prix moyen unique servant de base aux discussions au sein des interprofessions régionales. Cette « nouveauté » va dans le sens de ces derniers mois puisque les transformateurs offraient déjà une grande diversité d’évolutions du paiement du lait à leurs producteurs. Si l’on n’est pas exactement dans un système de double prix tel que l’ont un moment prôné les industriels, il reste que les entreprises individualiseront dans leur comptabilité le lait destiné aux produits industriels et celui destiné au marché des PGC : le premier pourra être payé environ 40 euros de moins par 1000 litres, ce qui restaurera un tant soit peu leur compétitivité mise à mal sur les marchés internationaux par la réduction des soutiens communautaires.

Résorption possible des laits flottants

« Cet accord prend en compte les conséquences de la réforme de la PAC et les difficultés de valorisation des produits industriels », souligne en effet l’interprofession.

En résorbant la quasi-totalité des pertes liées à la fabrication des produits industriels, l’accord contribuera à résoudre la difficile problématique des laits flottants, qui a empoisonné les relations internes à la filière ces dernières années, et à prévenir autant que possible les risques d’abandon de collecte et les « effets dominos » sur les marchés des PGC.

Ne se contentant pas de résoudre la difficile question de la feuille de paye des producteurs, l’interprofession a jeté les bases d’autres évolutions. Elle s’est ainsi engagée à constituer un comité des sages chargé d’examiner le financement de projets de restructuration et de développement des entreprises dans les secteurs en crise, l’idée étant aussi de tenir compte de cette particularité pour leur donner plus de souplesse pour appliquer la recommandation nationale.

Enfin les trois familles de l’interprofession se sont donné pour objectifs de travailler au renforcement de la maîtrise de la production et d’étudier tout instrument permettant d’améliorer l’organisation de la filière.