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Engrais azotés liquides : Bruxelles se prépare à imposer des droits antidumping définitifs

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Les États membres n’ont pas donné de signal clair à la Commission européenne, mais celle-ci devrait quand même mettre prochainement en place des mesures antidumping définitives sur les importations d’engrais azotés liquides en provenance de Russie, de Trinidad et Tobago et des États-Unis. Une décision qui inquiète les agriculteurs européens, en particulier les producteurs de grandes cultures.

La Commission européenne devrait prochainement adopter des mesures antidumping définitives sur les importations d’engrais d’urée et de nitrate d’ammonium en solution originaires de Russie, de Trinidad et Tobago et des États-Unis (1). Lors d’un vote le 11 septembre, dans le cadre du comité des instruments de défense commerciale de l’UE, aucune majorité qualifiée ne s’est dégagée entre les États membres. Quinze délégations ont voté pour la proposition de Bruxelles, neuf contre et trois se sont abstenues (Il faut 16 voix représentant 65 % de la population européenne pour atteindre la majorité qualifiée). En l’absence d’avis clair (pour ou contre), la Commission devrait donc adopter son projet de règlement. Ces mesures définitives pourraient être mises en place à partir du 11 octobre.

Après enquête préliminaire, la Commission européenne avait décidé au mois de mars d’instaurer des droits antidumping provisoires (allant à 16,3 à 39,3 %) sur ces importations et de les soumettre à un enregistrement obligatoire. Bruxelles considère que les industriels de ces pays bénéficient de dispositif leur permettant de pratiquer des prix à l’exportation inférieurs à ceux pratiqués sur leur marché intérieur.

Des alternatives difficiles à utiliser

Une décision que dénoncent vivement les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca). « Un nouveau coup dur potentiel pour de nombreux agriculteurs en Europe. Une telle approbation pourrait avoir une incidence sur notre compétitivité », écrit, dans une tribune relayée par le Copa-Cogeca, Cédric Benoist de l’Association française des producteurs de blé (AGPB). Et de poursuivre : « Le raisonnement de la Commission visant à appliquer des mesures de protection pour soutenir les entreprises européennes d’engrais repose sur une analyse incomplète et ne laissera aux agriculteurs qui utilisent des engrais d’urée et de nitrate d’ammonium en solution d’autre choix que de payer les prix élevés (une fois encore…). »

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La Commission avait fait valoir que les agriculteurs européens pourraient utiliser des alternatives à ces engrais. Mais Cédric Benoist répond que les agriculteurs ont investi dans des équipements pour stocker et pulvériser ce type spécifique d’engrais qui sont par ailleurs très efficaces et s’adaptent aussi très bien aux outils et technologies de l’agriculture de précision.

Pour le Copa-Cogeca il est difficile de comprendre que l’UE accorde une protection supplémentaire à « une poignée d’entreprises européennes d’engrais qui sont déjà fortement protégées par des droits d’importation ». Selon les estimations de l’organisation agricole, ces droits, qui seront directement répercutés aux agriculteurs, leur coûteront 2,8 milliards € sur une période de cinq ans. Mais la Commission européenne considère que l’impact global sur le secteur n’est pas « exagérément élevé ». Verdict dans les prochaines semaines.

(1) Voir n° 3707 du 09/09/2019