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Engrais : divergences d’analyse sur l’impact du MACF

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L’impact de l’entrée en vigueur du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières suscite des analyses opposées entre le Copa-Cogeca qui s’alarme de l’effondrement des importations d’engrais en janvier, et Fertilizers Europe qui souligne le niveau record des approvisionnements en décembre en anticipation.

Dans un communiqué du 13 février, les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) s’alarment de « l’effondrement spectaculaire et sans précédent des importations d’engrais azotés de l’UE suite à l’entrée en vigueur du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) ». Selon leurs données, en janvier 2026, l’UE n’a importé que 179 877 tonnes d’engrais azotés, contre 1,2 Mt en janvier 2025. « Les engrais azotés, directement concernés par le mécanisme de compensation des prix des engrais (MACF), représentent environ 46 % de la consommation totale d’engrais de l’UE, dont plus de 30 % sont traditionnellement importés », rappelle-t-il. Et d’ajouter que parallèlement, les prix des engrais sur le marché intérieur continuent d’augmenter (+ 25 % en janvier 2026 par rapport à la moyenne de 2024) et « les niveaux de stocks sont tout aussi préoccupants » (seulement 45 à 50 % des besoins en engrais des agriculteurs pour la récolte 2026 sont couverts). Le Copa-Cogeca exige, une nouvelle fois, « la suspension immédiate du MACF sur les engrais » ainsi que des mesures structurelles pour garantir la disponibilité et l’accessibilité financière des engrais à long terme.

Deux salles, deux ambiances

Une analyse que réfute l’industrie européenne des engrais, Fertilizers Europe. Dans un document publié le 16 février, Fertilizers Europe qualifie ces données d’« incomplètes et trompeuses ». L’association explique le faible niveau des importations en Europe en janvier par « l’afflux sans précédent au 4e trimestre 2025 afin d’anticiper le MACF ». En décembre, les importations d’engrais ont même connu « leur plus haut niveau jamais enregistré ». Et d’ajouter que « l’impact du MACF sur les prix est surestimé ». Elle précise que celui-ci devrait « rester relativement modeste, de l’ordre de 45 € par tonne d’urée (soit environ 8 % du prix livré à la ferme) ». Par conséquent, la réponse appropriée aux turbulences du marché consiste en « un soutien direct aux agriculteurs et non en la suspension du MACF ».

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De son côté, Bruxelles a déjà pris des mesures pour atténuer l’impact du MACF sur les agriculteurs avec un taux forfaitaire réduit à 1 % par an pour les valeurs par défaut servant à calculer la charge carbone des engrais. De plus, la proposition de révision du règlement MACF permettant de suivre son impact sur le marché intérieur et de le suspendre temporairement en cas de circonstances imprévues est en cours d’examen par les colégislateurs. Bruxelles s’est engagée à ce qu’une fois adopté cette disposition puisse entrer en vigueur de manière rétroactive au 1er janvier. Enfin, la Commission européenne est en train de finaliser un plan d’action sur les engrais qu’elle devrait présenter dans les prochains mois.