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Engrais, sucre : Macron propose un pacte de décarbonation aux industriels

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Alors que se tient la Cop27 en Égypte, les représentants des cinquante sites industriels français les plus émetteurs de gaz à effet de serre ont été reçus à l’Élysée, afin de les encourager à accélérer leur décarbonation.

Emmanuel Macron a proposé le 8 novembre un pacte de décarbonation aux industriels les plus émetteurs de CO2 en France, avec un doublement de l’aide publique à 10 milliards d’euros en échange d’un doublement de leur effort en la matière. Parmi ces industries figuraient notamment les fabricants d’engrais Yara et Borealis mais aussi les sites de production de sucre Tereos et Cristal Union, d’ores et déjà engagés dans la décarbonation.

Aujourd’hui, l’industrie – hors transports et production d’énergie – représente « à peu près 20 % des émissions de gaz à effet de serre », a indiqué l’Élysée à l’AFP. À eux seuls, « les cinquante sites représentent la moitié des émissions de l’industrie, soit 10 % des émissions totales du pays », a indiqué l’Élysée à l’AFP. « Si des projets et des sites sont identifiés d’ici 18 mois […] si on arrive à passer des 10 millions de tonnes de CO2 évités à 20 millions instruits, nous doublerons les moyens consacrés à cet enjeu et passerons l’enveloppe à 10 milliards d’euros d’accompagnement », a lancé le chef de l’État aux industriels réunis à l’Élysée. Ces cinq milliards d’euros supplémentaires s’ajoutent aux 5 milliards déjà prévus dans le plan France Relance pour la décarbonation de l’industrie.

Une planification à six mois, « filière par filière »

Pour parvenir à cela, le chef de l’État – de retour de la conférence mondiale sur le climat à Charm el-Cheikh en Égypte –, a demandé que des « contrats de transition écologique » soient signés pour asseoir les efforts promis, sous l’égide du ministre de l’Industrie. Il a également annoncé que le gouvernement allait dérouler une planification précise à six mois et dans les années à venir, « filière par filière ». Celle-ci devra se faire « par la technologie », grâce à notamment à l’hydrogène – pour lequel la France a par ailleurs prévu neuf milliards d’euros d’investissement –, au développement de la biomasse pour remplacer le gaz, à l’électrification des ports maritimes et fluviaux pour l’acheminement des marchandises, ou à la capture et la réutilisation du CO2.

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Pour Nicolas Broutin, président de Yara France, « l’enjeu est structurel et implique un accompagnement de la part de l’État » pour développer les infrastructures nécessaires. Par exemple, « l’hydrogène vert qui nécessite de l’électricité ne peut se penser à l’échelle seule de l’industrie ». Lors de différentes présentations, les industriels présents ont de leur côté beaucoup insisté pour avoir accès à une source d’électricité « stable » et « massive », alors que les déboires techniques d’EDF dans ses centrales nucléaires sont encore loin d’être résolus, précise l’AFP.

Une concurrence exacerbée des États-Unis

Lors de cette réunion, Emmanuel Macron a surtout pointé la concurrence exacerbée de puissances économiques comme les États-Unis qui promettent des subventions publiques massives pour la décarbonation. De quoi affecter la compétitivité de l’industrie française et faire planer la menace de délocalisations. À ce propos, le chef de l’État a promis de mettre le sujet sur la table lors de sa visite d’État début décembre à Washington. Promulgué en août, l’Inflation Reduction Act (IRA) prévoit de débloquer 370 milliards de dollars ces dix prochaines années pour accélérer la baisse des émissions de gaz à effet de serre, tout en créant un taux d’imposition minimal pour les grosses entreprises. Face à cette mesure « très protectionniste » de la part des États-Unis, Nicolas Broutin estime que « les industries ont besoin de sentir le soutien de l’État, mais aussi celui de l’Union européenne ». Dès la semaine prochaine, les industries les plus émettrices de gaz à effet de serre sont attendues autour de la table pour évoquer des projets de décarbonation concrets avec Roland Lescure, ministre de l’Industrie.

Si les industries redoublent d’efforts, les aides doubleront