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Production laitière Entre désir et crainte, le 31 mars a vu la fin des quotas laitiers en France

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Les quotas laitiers ont été enterrés le 31 mars. Bien que prévue depuis longtemps, cette décision plonge les producteurs de lait français dans la circonspection. Entre le désir de produire plus et la crainte de produire trop, les syndicats se battent pour trouver des solutions.

«Surproduction généralisée » et « hyper concurrence à l'échelle mondiale » avec effondrement des prix aux producteurs, tels sont les risques dénoncés par les chambres d'agriculture (APCA) de France, dans un communiqué de presse du 31 mars, avec la fin des quotas. Pour autant, « l'opportunité pour les producteurs français de mieux se positionner sur les marchés est réelle, tant sous l'angle du savoir-faire que sous celui des productions sous signes de qualité », rappelle également l'APCA. Un discours entendu régulièrement sur le terrain. La fin des quotas libère les producteurs dans leur entreprenariat, mais une certaine crainte subsiste au point que Christophe Lafougère, directeur général du cabinet de conseil Gira, s'exclame à l'assemblée général de Syndifrais, le 2 avril : « La France a peur du lait et risque d'être la variable d'ajustement des autres pays européens » en termes de production. Face aux risques, chaque syndicat a fait entendre sa voix le 31 mars. « L'après-quota sera ce que l'on en fera », revendique, dynamique, la FNPL dans un communiqué. « La question aujourd'hui n'est pas de regretter les quotas qui n'ont d'ailleurs pas protégé les producteurs de lait de la grave crise laitière de 2009. » Elle s'interroge plutôt sur la mise en place « d'une véritable politique laitière » par l'Europe avec des outils de gestion « efficaces, réactifs et réalistes ». « La contractualisation n'est pas une politique. Le marché, rien que le marché, non plus. S'affranchir des quotas laitiers n'est pas une fuite en avant si l'Europe joue son rôle », estime-t-elle.

Définir des indicateurs de crise

Pour l'APCA, les réponses apportées par la Commission européenne – « contractualisation, fonds de mutualisation, Observatoire européen des prix, marchés à terme, ainsi que la réactivation possible du stockage et du prix d'intervention » – sont « largement insuffisantes ». Mais elle n'en donne pas d'autres. Marche funèbre et feux de détresse, les producteurs de l'Organisation des producteurs de lait (OPL) et de la Coordination Rurale ont manifesté, de leur côté, à Bruxelles et aux quatre coins de France (laiteries, DDT, Chambres d'agriculture), le dernier jour d'existence des quotas. Selon Véronique Le Floc'h, présidente de l'OPL, près de 200 personnes étaient présentes à Bruxelles avec 25 tracteurs pour dénoncer « les conséquences désastreuses de la fin des quotas ». D'après elle, « le prix payé au producteur sera la résultante des marchés. S'ils produisent trop, le prix baissera et à un moment, nous perdrons trop de producteurs ». L'OPL a donc défendu encore une fois son Programme de responsabilisation du marché, visant à définir des indicateurs signalant une crise laitière en Europe et établissant des mécanismes d'intervention. Une idée également partagée par Marie-Thérèse Bonneau, secrétaire générale à la FNPL, puisque lors du congrès annuel de son syndicat, elle avait insisté sur l'importance d'établir des indicateurs précis pour pouvoir agir à la suite des données fournies par l'Observatoire européen du marché du lait. « Observer c'est bien, mais il faut pouvoir agir et définir des politiques » afin de gérer au mieux d'éventuelles « crises et leurs modalités d'intervention ».

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« La solution émanera de notre capacité à nous structurer » pour Florian Salmon

Les Jeunes agriculteurs ont souhaité communiquer sur l'importance des organisations de producteurs (OP), le 31 mars, dernier jour des quotas laitiers. « La solution émanera de notre capacité à nous structurer », estime Florian Salmon, responsable JA du dossier lait. « Du côté de la production, c'est la voie du regroupement entre producteurs qui doit être privilégiée. Seul 1/3 des producteurs livrant à des entreprises privées sont regroupés en OP pour le moment. Jeunes Agriculteurs en appelle à davantage de mutualisation pour augmenter leur pouvoir de négociation face aux géants industriels laitiers qu'ils ont en face d'eux », est-il écrit sur le communiqué. Les JA en prônant le développement des Associations d'OP et le regroupement des OP par bassins de production, rejoignent les positions de la FNPL, tout comme avec la nécessité que les contrats laitiers soient non cessibles d'un producteur à l'autre. Ils alertent sur la nécessité d'installer 1 000 jeunes en plus par an pour répondre à l'« ambition de production de 500 millions litres de lait supplémentaires par an […], partagée par l'ensemble des collèges du Cniel ».

Lire le dossier paru en Evenement d'Agra Presse n° 3489 du 23 mars 2015