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Vignerons indépendants de France Environnement et terroir au cœur des Rencontres

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Pour leurs Rencontres 2009, qui se sont tenues du 28 au 30 avril à Colmar en Alsace, les Vignerons indépendants de France (VIF) ont choisi des thèmes axés sur l’environnement tels que préservation du terroir, réduction des usages des produits phytosanitaires et recherches d’alternatives à ces produits. En toile de fond, une réflexion sur le terroir, socle des AOC dont la réforme inquiète.

Alors que le monde viticole se montre très discret sur les questions d’environnement, les Vignerons indépendants ont choisi d’en faire le centre de leur débat, invitant des experts français et étrangers pour faire le point de la situation, comprendre et chercher des solutions. Les experts étaient d’accord pour reconnaître qu’il faut faire évoluer les pratiques.

« Il faut viser l’objectif zéro herbicide pour être durable. L’herbe permet de maîtriser la vigueur de la vigne, de donner plus de portance au sol, de prévenir l’érosion et limiter le ruissellement », a constaté le Dr Maarten Van Helden, (entomologiste) de l’UMR Inra-Enita santé végétale, invitant les viticulteurs à recréer de la biodiversité par l’enherbement de leur vigne et la création de haies composées d’essences locales. Herbe et haies fournissent des habitats pour une grande variété d’insectes et favorisent un équilibre limitant le développement des insectes nuisibles.

Des racines jusqu’à 75 mètres de profondeur

Claude Bourguignon, agronome, a ensuite pris la parole pour analyser le lien entre terroir et goût du vin.

« Il y a trois types de vins : les vins de cépages, les vins technologiques et les vins de terroir. Ce sont trois choses différentes. Les vins de terroir se laissent entraîner vers la dérive technologique », a t-il analysé.

La France est sans doute le pays au monde qui détient le plus grand nombre et la plus grande diversité de terroirs à vin (schiste, granit, calcaire…). L’homme au fil des siècles a adapté la vigne à ces terroirs. Il a surtout appris à en développer les racines.

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« La vigne est la seule culture dont on gère les racines car ce sont elles qui, en prélevant les éléments du sol en profondeur, vont permettre au vin après fermentation d’exprimer le terroir. Les racines de la vigne peuvent descendre à 75 m de profondeur ».

C’est pourquoi, explique Claude Bourguignon, les modes de cultures qui favorisent le développement des racines en surface sont contraires à l’expression du terroir. Et de citer l’utilisation d’engrais (la vigne aime les sols pauvres) et d’herbicide ainsi que l’irrigation. Les racines de surface, en outre, sont soumises à des stress de températures qui affaiblissent le cep.

Stimulation des défenses naturelles : produits à fort potentiel

Analysant la conduite de la vigne, Frédéric Schwaerzler, conseiller de la Chambre d’agriculture du Haut Rhin, a listé les moyens de réduire les volumes de pesticides utilisés : taille, épamprage, écartement des rangs, gestion de la vigueur et du feuillage. Il a rappelé qu’un réglage de pulvérisateur peut permettre d’économiser 20% à 30% de produit. L’anticipation, la qualité de l’eau des mélanges, l’hygrométrie lors de l’épandage jouent également un rôle important.

Quid des méthodes alternatives ? Sophie Godard, chercheuse à l’Agroscope de Changins Wädenswill (Suisse), a évoqué les recherches menées en laboratoire sur les stimulateurs de défenses naturelles. « Sur 26 produits testés contre les maladies cryptogamiques, trois sont à fort potentiel : l’extrait de bourdaine, la racine de rhubarbe et l’aloe véra. Après un test en laboratoire, il nous reste à comprendre les mécanismes d’action et à tester les produits au champs avant d’affirmer qu’ils représentent une alternative », a conclut Sophie Godard.